À Dakar, la transmission prendra place au même niveau que la compétition. Du 31 octobre au 13 novembre 2026, les Jeux olympiques de la jeunesse réuniront au Sénégal des sportifs âgés de 15 à 18 ans, souvent confrontés pour la première fois à l’exposition internationale. Pour les accompagner, plusieurs champions africains quitteront le rôle de concurrents pour devenir guides, interlocuteurs et repères.

Le dispositif des « Athletes Role Models » repose sur une idée simple : un jeune athlète écoute autrement une personne qui a déjà connu les sélections, les blessures, les défaites et la pression des grands rendez-vous. Le programme du Comité international olympique prévoit des échanges avec les participants, des visites d’entraînement, des activités éducatives et des rencontres autour de la préparation mentale ou de la construction d’une carrière. Les athlètes retenus doivent être présents à Dakar 2026 pendant au moins cinq jours. Le cadre officiel du programme des athlètes modèles précise également que leur engagement peut se poursuivre après les Jeux.

Une première olympique pour le continent

Dakar 2026 ne sera pas une édition ordinaire. Il s’agira du premier événement sportif olympique organisé sur le sol africain. Les compétitions se dérouleront entre Dakar, Diamniadio et Saly. Cette organisation donne aux Jeux une portée nationale, mais aussi régionale, dans une Afrique de l’Ouest où la pratique sportive reste souvent dépendante de moyens limités, de parcours individuels et de réseaux associatifs.

Le Sénégal accueille ces Jeux dans une trajectoire sportive marquée par la recherche d’une relève plus structurée. Le pays dispose d’une forte culture du football, de la lutte et du basketball. Il cherche aussi à mieux exposer des disciplines moins visibles, comme le canoë-kayak, l’escrime, la natation ou le tir à l’arc. Dakar 2026 doit donc servir de scène internationale, mais aussi de point d’appui pour les fédérations sénégalaises et ouest-africaines.

La dimension régionale est importante. Le Sénégal appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui facilite la coopération entre quinze pays de la région. Les jeunes participants ne viendront pas seulement chercher un résultat. Ils entreront dans un espace de rencontres où les expériences sportives, les langues et les méthodes d’entraînement circuleront au-delà des frontières.

Des champions africains face à une nouvelle responsabilité

Ruth Gbagbi incarne particulièrement bien ce passage d’une génération à l’autre. La taekwondoïste ivoirienne avait 16 ans lorsqu’elle a participé aux premiers Jeux olympiques de la jeunesse, à Singapour, en 2010. Elle a ensuite disputé quatre éditions des Jeux olympiques et remporté deux médailles de bronze, à Rio en 2016 puis à Tokyo en 2021.

À Dakar, son expérience ne se mesurera donc pas seulement au nombre de médailles. Elle pourra parler du changement de statut, de la pression qui accompagne une sélection olympique et de la manière de durer dans un sport exigeant. Sa désignation comme athlète modèle a été relayée par l’Union africaine de taekwondo et par des médias ivoiriens.

Kaylia Nemour apporte un autre type de récit. À 17 ans, la gymnaste algérienne a remporté le titre olympique aux barres asymétriques à Paris, en 2024. Cette victoire a marqué l’histoire de la gymnastique africaine aux Jeux olympiques. Elle montre qu’un très jeune athlète peut atteindre rapidement le sommet mondial, à condition de bénéficier d’un encadrement technique, médical et psychologique solide.

Son rôle auprès des participants de Dakar sera toutefois plus large que la célébration d’un exploit. Les jeunes gymnastes pourront l’interroger sur la répétition quotidienne, la gestion du risque et la concentration nécessaire dans une discipline où une erreur infime peut modifier tout un classement. World Gymnastics a confirmé sa participation au programme des athlètes modèles.

La Nigériane Blessing Oborududu représentera une autre trajectoire. Quatre fois olympienne, elle a remporté l’argent à Tokyo en 2021 dans la catégorie des moins de 68 kg. Elle apporte aux jeunes lutteurs une expérience construite sur la durée, avec ses cycles de préparation, ses changements de catégorie et les exigences particulières d’une carrière internationale.

Le Sénégal au cœur du dispositif

Le pays hôte sera notamment représenté par Jean-Pierre et Yves Bourhis. Jean-Pierre a participé aux Jeux de Rio en 2016 et de Tokyo en 2021 en canoë-kayak slalom. Son frère Yves lui a succédé au plus haut niveau. À Paris, en 2024, il a atteint la finale du canoë slalom et terminé douzième.

Cette performance a retenu l’attention au Sénégal. L’Agence de presse sénégalaise a rapporté que le sportif espérait offrir une médaille à son pays. Son parcours peut parler aux jeunes compétiteurs d’une réalité souvent absente des cérémonies : atteindre une finale constitue déjà un accomplissement, même lorsque le podium échappe encore.

La présence de six athlètes sénégalais dans le groupe des modèles donne aussi une visibilité particulière aux parcours construits depuis Dakar. Elle permet aux participants locaux de rencontrer des sportifs qui connaissent les réalités du pays, les contraintes de déplacement, les différences d’accès aux équipements et la nécessité de combiner entraînement, études et obligations familiales.

Au-delà des médailles, les questions qui comptent

Les autres athlètes annoncés viennent de plusieurs régions du continent. L’Ouganda sera représenté par la championne du monde du 800 mètres Halimah Nakaayi et la nageuse Jamila Lunkuse. L’Égypte comptera notamment Dina Meshref, Doaa Elghobashy, Jomana Elsaiy et Yasser Hefny. La Kényane Sheila Chajira et le Ghanéen Forrester Osei figurent également parmi les profils retenus.

Leur utilité tiendra aux sujets rarement visibles pendant une finale. Comment reprendre après une blessure ? Comment réagir à une défaite ? Comment préserver sa santé mentale lorsque les résultats deviennent une obligation ? Comment poursuivre ses études quand les compétitions imposent de longs déplacements ? Ces questions concernent directement les adolescents qui seront présents à Dakar.

Halimah Nakaayi connaît cette tension entre formation et sport. Après sa participation aux Jeux de la jeunesse de Singapour, elle a poursuivi ses études et obtenu un diplôme en informatique avant de devenir championne du monde en 2019. Son parcours rappelle qu’une carrière sportive ne doit pas enfermer les jeunes dans une seule identité.

Le dispositif ne garantit pas automatiquement une influence durable. Son efficacité dépendra du temps accordé aux échanges, de la disponibilité réelle des champions et de la capacité des fédérations à prolonger le suivi après novembre 2026. La transmission ne peut pas remplacer les infrastructures, les entraîneurs formés ou l’accès régulier aux compétitions.

Mais Dakar 2026 ouvre une possibilité concrète : rapprocher une génération qui commence et une autre qui a déjà traversé les principales étapes du haut niveau. Pour le Sénégal, l’enjeu sera de faire de ces rencontres un héritage sportif. Pour l’Afrique, il sera de montrer que ses champions ne sont pas seulement les visages de la réussite. Ils peuvent aussi devenir les passeurs d’une expertise, d’une discipline et d’une confiance collective.