Le continent africain a franchi un cap important en 2025, mais ce résultat ne doit pas masquer une réalité plus contrastée. Les capacités renouvelables ont progressé rapidement, surtout dans l’Est, tandis que plusieurs régions restent très loin d’une offre électrique capable d’accompagner la croissance démographique, industrielle et urbaine.
Une progression africaine supérieure à la moyenne mondiale
Selon les statistiques 2026 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Afrique disposait de 82 gigawatts (GW) de capacités renouvelables à la fin de 2025. Le continent a ajouté 11,3 GW en un an, soit une hausse de 15,9 %.
Cette progression dépasse légèrement la moyenne mondiale, établie à 15,5 %. À l’échelle internationale, les capacités renouvelables ont atteint 5 149 GW après l’installation de 692 GW supplémentaires en 2025. L’Afrique ne représente donc qu’une part réduite du parc mondial, malgré ses vastes ressources solaires, éoliennes, hydrauliques et géothermiques.
La performance africaine constitue toutefois un record annuel pour le continent. Elle s’inscrit dans une dynamique portée principalement par l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Ces trois pays disposent de marchés électriques plus structurés et de projets de grande taille, capables de modifier rapidement les statistiques régionales.
Les données détaillées sont publiées dans le rapport Renewable Capacity Statistics 2026 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables.
L’Afrique de l’Est concentre une grande partie des nouvelles capacités
La répartition régionale révèle une forte concentration des investissements. L’Afrique de l’Est a ajouté environ 5,6 GW en 2025. Cette hausse représente près de la moitié des nouvelles capacités renouvelables installées sur le continent.
Le parc renouvelable de la région atteint ainsi 18,7 GW. Il a progressé de 42 % sur un an. Cette évolution s’appuie notamment sur l’hydroélectricité et la géothermie, deux filières déjà importantes dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. L’Éthiopie joue un rôle central grâce à ses grands barrages. Le Kenya, de son côté, conserve une position particulière avec une production électrique largement appuyée sur la géothermie, l’hydraulique, l’éolien et le solaire.
L’Afrique australe arrive derrière avec 3,5 GW supplémentaires. L’Afrique du Sud explique une part importante de cette progression. Le pays combine un vaste marché électrique, une forte demande industrielle et des appels d’offres réguliers dans le solaire et l’éolien. Il doit aussi répondre à la fragilité de son système électrique, marqué ces dernières années par des délestages et des difficultés de production.
L’Afrique du Nord a ajouté environ 1,9 GW. L’Égypte reste l’un des principaux moteurs régionaux, avec une combinaison de centrales solaires, de parcs éoliens et de projets hydrauliques. Le Maroc poursuit également le développement de l’éolien et du solaire à grande échelle, dans le cadre d’une stratégie visant à réduire la dépendance aux importations d’énergie.
À l’inverse, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ont ajouté ensemble moins de 0,4 GW. Ce faible niveau ne traduit pas une absence de ressources. Il reflète plutôt des obstacles persistants : réseaux électriques limités, accès difficile au financement, risques perçus par les investisseurs et faible capacité des opérateurs publics à garantir l’achat de l’électricité produite.
Le défi ne se résume pas au nombre de gigawatts
Le triplement mondial des capacités renouvelables d’ici à 2030 constitue l’un des engagements issus du consensus des Émirats arabes unis adopté lors de la COP28. Pour l’Afrique, appliquer mécaniquement cette cible ne suffirait pas à mesurer les besoins réels.
Un triplement à partir d’un parc de 82 GW donnerait une progression spectaculaire en pourcentage. Il pourrait pourtant rester insuffisant pour alimenter les ménages, les entreprises, les services publics et les nouvelles activités industrielles. La question centrale est donc celle du volume d’électricité disponible, mais aussi de sa régularité, de son coût et de sa distribution.
Une centrale solaire ou éolienne ne produit pas automatiquement une électricité utile à tous les territoires. Elle doit être raccordée à un réseau capable d’absorber sa production. Elle doit aussi être complétée par du stockage, de l’hydroélectricité, des interconnexions ou des centrales d’appoint lorsque les conditions météorologiques changent.
Cette contrainte est particulièrement visible dans les pays où la production existe, mais où les lignes de transport restent insuffisantes. Les capitales et les grands pôles économiques peuvent attirer les nouveaux projets. Les zones rurales, les villes secondaires et les régions enclavées risquent alors de bénéficier plus tardivement des investissements.
Le développement des mini-réseaux et des systèmes solaires autonomes peut réduire ce décalage. Ces solutions permettent d’alimenter des villages, des centres de santé, des écoles, des ateliers et des petites entreprises sans attendre la construction d’un réseau national complet. Elles ne remplacent toutefois pas les infrastructures de transport nécessaires à l’industrialisation.
Une transition énergétique liée à l’industrialisation
La montée des renouvelables répond à plusieurs priorités africaines. Elle peut réduire la facture des importations de carburants. Elle peut aussi améliorer la sécurité énergétique et soutenir la transformation locale des matières premières.
Pour les ménages, l’enjeu est d’abord l’accès à une électricité fiable et abordable. Pour les entreprises, il s’agit de limiter les pertes liées aux coupures et au recours aux groupes électrogènes. Pour les États, la priorité consiste à construire des réseaux capables d’accompagner l’urbanisation et l’essor de nouveaux secteurs, comme l’agro-industrie, les télécommunications, les services numériques et la production de matériaux.
Les investissements devront donc dépasser la seule construction de centrales. Ils devront financer les lignes électriques, les systèmes de stockage, la maintenance, la formation technique et la modernisation des compagnies nationales. Ils devront aussi mieux associer les banques africaines, les fonds régionaux et les investisseurs privés du continent.
Un signal régional à surveiller jusqu’en 2030
Le bilan de 2025 confirme que l’Afrique peut accélérer ses capacités renouvelables lorsque les projets disposent d’un cadre réglementaire clair, d’un acheteur solvable et d’un financement adapté. Il confirme aussi que la croissance reste très inégale entre les régions.
L’Afrique de l’Est apparaît comme le principal moteur de l’année, mais cette avance devra être consolidée. La région devra renforcer ses réseaux transfrontaliers et mieux répartir l’électricité entre les zones de production et les centres de consommation. L’Afrique australe devra, elle aussi, transformer ses nouveaux projets en capacité réellement disponible pour les ménages et l’industrie.
Le prochain indicateur à suivre ne sera donc pas seulement le nombre de GW installés. Il faudra observer la quantité d’électricité effectivement produite, le nombre de nouvelles connexions, la baisse des coupures et la capacité des réseaux à soutenir l’activité économique. C’est à cette condition que la progression des renouvelables deviendra un véritable levier de développement panafricain.