À Kinshasa, la transformation numérique commence à toucher des problèmes très concrets : les embouteillages, le suivi des recettes publiques, l’organisation des parkings et la valorisation du patrimoine urbain. Mais entre une intention politique et un service réellement accessible, la capitale de la République démocratique du Congo devra encore franchir plusieurs étapes.
Une coopération envisagée autour des services urbains
Le ministre provincial chargé notamment du Plan, du Budget et des Transports, Jésus-Noël Sheke, a rencontré le lundi 5 octobre 2026 le directeur général d’Africell RDC, Kory Webster. D’après les éléments communiqués à l’issue de cette réunion, les échanges ont porté sur plusieurs usages possibles du numérique dans la gestion de Kinshasa.
La ville souhaite notamment avancer sur la numérisation de son administration et de ses finances. L’objectif consiste à mieux suivre certaines opérations, à limiter les circuits manuels et à améliorer la traçabilité des recettes provinciales. Aucun calendrier public ni montant d’investissement n’a toutefois été annoncé pour ce partenariat envisagé.
Les transports occupent également une place importante dans les discussions. La modernisation des parkings destinés aux motos et aux taxis figure parmi les pistes examinées. Dans une ville où les déplacements quotidiens dépendent largement des transports collectifs, des taxis et des motos-taxis, l’enjeu dépasse la seule question du stationnement. Il concerne aussi l’identification des véhicules, la sécurité, la circulation et la collecte des droits municipaux.
Kinshasa a par ailleurs présenté le Kin City Guide, un guide touristique disponible en version papier et numérique. La province veut aussi développer un parcours de tourisme mémoriel consacré à plusieurs sites historiques de la capitale. Cette orientation cherche à mieux faire connaître l’histoire urbaine congolaise, tout en diversifiant l’offre destinée aux visiteurs et aux habitants.
La ville veut connecter ses données à ses recettes
La rencontre avec Africell intervient dans une séquence plus large de digitalisation des services publics à Kinshasa. Le 24 avril 2026, la ville-province et la Régie de distribution d’eau, la REGIDESO, ont signé une convention destinée à mutualiser certaines bases de données et à numériser la collecte de plusieurs recettes, dont les impôts fonciers et locatifs. L’Agence pour le Développement du Numérique a présenté cet accord comme un moyen d’améliorer l’identification des contribuables et la traçabilité des paiements.
Le dispositif s’appuie notamment sur les données issues de la plateforme REGI-RELEVE, utilisée par les agents de la REGIDESO pour effectuer électroniquement les relevés de compteurs. Une première communication consacrée au projet évoquait une base de plus de 800 000 habitations recensées dans la ville. Ce chiffre provient des informations relayées par les acteurs du programme et doit être compris comme une base opérationnelle, non comme un recensement exhaustif de la population de Kinshasa. Les premières discussions institutionnelles sur cette mutualisation remontent à février 2026.
Pour les autorités provinciales, l’intérêt est double. Une meilleure connaissance des quartiers et des occupants peut élargir l’assiette fiscale. Des paiements numériques peuvent aussi réduire les pertes liées aux procédures en espèces. Mais l’utilisation de données issues d’un opérateur public impose des garanties précises : protection de la vie privée, accès limité aux fichiers, sécurisation des échanges et possibilité de contestation pour les contribuables.
Le numérique ne supprimera pas, à lui seul, les difficultés de la fiscalité locale. Il peut cependant fournir des outils de contrôle plus efficaces, à condition que les bases soient régulièrement mises à jour et que les administrations disposent de personnels formés.
La mobilité urbaine comme premier terrain d’application
Le projet intervient alors que Kinshasa réorganise progressivement sa circulation. La première phase du nouveau plan de circulation est entrée en vigueur le 20 septembre 2026 sur un périmètre reliant notamment Kintambo Magasin à la Gare centrale, avec des axes connectés au boulevard du 30 Juin et à l’avenue de la Libération. Le déploiement de cette première zone s’accompagne d’une installation progressive de dispositifs de balisage et de nouvelles règles de circulation.
La numérisation pourrait compléter ce chantier par des outils de suivi du trafic, de localisation des parkings ou d’identification des véhicules autorisés. Elle pourrait aussi aider la province à mesurer les effets d’une décision sur les différents quartiers. Une modification de circulation qui fluidifie le centre peut, par exemple, déplacer les ralentissements vers des communes périphériques.
La question des motos-taxis illustre cette complexité. À Mont-Ngafula, les autorités locales ont interdit en septembre la circulation des motos-taxis non identifiés, en accordant un délai de mise en conformité aux conducteurs. La mesure annoncée par les autorités locales associe sécurité et identification administrative. Elle touche directement un secteur essentiel pour les déplacements dans les zones où l’offre de transport reste limitée.
Les outils numériques devront donc être conçus avec les professionnels du transport. Sans concertation, une application d’identification ou de paiement peut être vécue comme une nouvelle formalité, voire comme une source supplémentaire de tracasseries. Pour les conducteurs et les petits opérateurs, le coût du téléphone, de la connexion et des démarches compte autant que la technologie elle-même.
Un opérateur télécom qui cherche de nouveaux marchés
Pour Africell, ces échanges s’inscrivent dans une évolution de son positionnement en République démocratique du Congo. L’opérateur, présent dans le pays depuis 2012, ne se limite plus aux services mobiles destinés au grand public. Il développe aussi des solutions pour les entreprises et les institutions, notamment la fibre, l’Internet dédié, les réseaux privés ainsi que des services VPN et APN.
La branche Africell Business vise ainsi des organisations qui ont besoin d’une connectivité plus stable et de réseaux séparés des usages ordinaires. Dans le cas de Kinshasa, cette infrastructure pourrait servir à relier des services provinciaux, des parkings, des centres administratifs ou des plateformes de paiement. À ce stade, rien ne permet toutefois d’affirmer qu’un contrat définitif a été conclu.
Le rapprochement présente aussi une dimension régionale. Africell opère en République démocratique du Congo et en Angola, deux pays concernés par les échanges autour du corridor de Lobito. L’opérateur a participé au forum économique RDC-Angola organisé à Kinshasa les 1er et 2 avril 2026, où la facilitation des transactions et la connectivité figuraient parmi les thèmes abordés. Cette présence illustre la volonté d’Africell de se positionner comme un acteur des échanges numériques et économiques transfrontaliers.
Pour Kinshasa, la priorité sera désormais de transformer les annonces en projets vérifiables. Les prochaines étapes devront préciser les données concernées, les responsables de leur gestion, le financement, les délais et les mécanismes de contrôle. La réussite ne se mesurera pas au nombre d’applications lancées, mais à la capacité des habitants à obtenir plus facilement un service, à circuler dans de meilleures conditions et à comprendre l’usage fait de leurs données.