À Djibouti, la question énergétique ne se limite plus à produire davantage d’électricité. Elle touche désormais à l’industrialisation, à l’aménagement des régions et à la capacité du pays à réduire sa dépendance aux importations. C’est dans ce cadre que Djama Mohamed Hassan et l’ambassadeur de France à Djibouti, Jérôme Bresson, ont examiné plusieurs pistes de coopération, de l’hydrogène vert à la formation dans le nucléaire civil.

Une stratégie énergétique qui dépasse la capitale

La rencontre s’est tenue à Djibouti le 5 octobre 2026. Le ministre de l’Énergie, chargé des Ressources naturelles, a présenté les priorités du gouvernement à son interlocuteur français. Parmi elles figurent la souveraineté énergétique et l’accès universel à l’électricité.

Pour Djibouti, l’enjeu est double. Il faut répondre à la demande croissante de la capitale et des zones économiques, tout en étendant le service électrique aux localités éloignées. Cette trajectoire concerne directement les ménages, les entreprises et les services publics installés hors de Djibouti-ville.

Le pays cherche donc à diversifier son bouquet énergétique. Les projets évoqués comprennent une nouvelle centrale thermique à Damerjog, le développement du solaire au Grand Bara, la géothermie et l’hydrogène vert dans la région d’Obock. Le ministère djiboutien de l’Énergie avait déjà présenté l’hydrogène et ses dérivés comme des axes de développement à Moulhoule, dans la région d’Obock.

L’hydrogène vert est produit à partir d’électricité renouvelable. Il peut ensuite servir à l’industrie, aux transports ou à la production de dérivés comme l’ammoniac. Dans le cas djiboutien, son développement dépendra toutefois de plusieurs conditions : la disponibilité d’une électricité compétitive, l’accès à l’eau, les infrastructures portuaires et la capacité à sécuriser les débouchés commerciaux.

Obock au centre des ambitions industrielles

La région d’Obock occupe une place particulière dans cette stratégie. Située au nord-est du pays, elle dispose d’un accès maritime et d’un potentiel solaire important. Le projet d’hydrogène vert prévu à Moulhoule, également associé au secteur de Kor Angar, pourrait contribuer à élargir la carte économique de Djibouti au-delà de la capitale.

Ce type d’infrastructure ne crée pas automatiquement des emplois locaux. Les retombées dépendront de la formation des jeunes Djiboutiens, de la participation des entreprises nationales et de l’intégration des activités de maintenance, de transport et de services. Le choix des infrastructures devra aussi tenir compte des usages de l’eau et des équilibres environnementaux dans une région aride.

Le gouvernement djiboutien a déjà inscrit l’hydrogène vert dans sa vision de long terme. Un dispositif interministériel consacré au projet « HAYYU Green Hydrogen Hub » avait été annoncé pour suivre son développement dans la région d’Obock. Cette démarche montre que le dossier dépasse le stade d’une simple annonce diplomatique.

Elle reste néanmoins soumise à des études techniques, à la mobilisation de financements et à la conclusion de partenariats industriels. Les prochaines étapes permettront de mesurer la maturité réelle du projet, notamment en matière de calendrier, de capacité de production et de modèle économique.

Le nucléaire civil : une demande de compétences avant tout

Au cours de l’entretien, Djama Mohamed Hassan a également défendu l’idée d’une énergie de base stable et continue. Il a cité un possible complément entre la géothermie et le nucléaire civil pour soutenir l’activité économique, les petites unités industrielles et la création d’emplois.

À ce stade, la demande adressée à la France porte principalement sur la formation de cadres djiboutiens aux métiers et aux technologies du nucléaire civil. Le ministre a évoqué les petits réacteurs modulaires, ou SMR, qui sont des installations conçues pour produire moins d’électricité qu’une grande centrale et être déployées par modules.

Cette orientation ne signifie pas qu’un réacteur sera prochainement construit à Djibouti. Avant tout projet, le pays devrait disposer d’un cadre réglementaire solide, d’une autorité de sûreté indépendante, de personnels spécialisés et de dispositifs adaptés pour la gestion des combustibles et des déchets. La formation constitue donc une étape préalable, et non la preuve d’une décision d’investissement.

Djibouti a toutefois renforcé ses échanges sur cette question. En août 2026, le ministre avait participé au Sommet États-Unis-Afrique sur l’énergie nucléaire à Accra, au Ghana. Il y avait présenté l’intérêt du pays pour un nucléaire civil destiné à produire une électricité fiable et à soutenir, à terme, le dessalement de l’eau de mer. Le compte rendu du ministère djiboutien de l’Énergie sur ce sommet mentionne aussi les besoins en transfert de technologie, en formation et en réglementation.

Une coopération française appelée à se concrétiser

Jérôme Bresson a indiqué que la France pouvait accompagner Djibouti par une assistance technique, le financement de projets et le transfert de compétences. Il a également rappelé l’existence de projets déjà engagés, dont le Programme d’efficacité énergétique des bâtiments administratifs.

La coopération envisagée concerne donc plusieurs niveaux. L’efficacité énergétique peut réduire la consommation des bâtiments publics. Les renouvelables peuvent renforcer la production locale. La formation peut améliorer les compétences disponibles. Enfin, les entreprises françaises pourraient intervenir dans la production, la distribution ou le stockage, à condition que les projets passent de l’intention à des contrats clairement définis.

Une mission économique de la Francophonie doit par ailleurs réunir quatre petites et moyennes entreprises françaises spécialisées dans l’énergie. Son intérêt sera de mettre en relation les besoins djiboutiens avec des solutions concrètes, notamment pour le réseau, le stockage et la maintenance.

Le défi régional de l’accès à l’électricité

Les discussions ont aussi porté sur l’électrification rurale. Djibouti souhaite raccorder au réseau national les villages situés autour de la capitale et des chefs-lieux régionaux. Pour les localités les plus isolées, des solutions solaires décentralisées doivent continuer à être développées avec l’appui de partenaires comme l’Agence française de développement.

Cette approche rejoint les priorités de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, organisation régionale de la Corne de l’Afrique. Dans cet espace, les distances, les contraintes climatiques et les faibles densités de population rendent souvent coûteuse l’extension des réseaux classiques. Les mini-réseaux solaires et les systèmes hybrides peuvent répondre plus rapidement aux besoins des zones éloignées.

Pour les habitants, la réussite de la stratégie énergétique se mesurera moins au nombre de projets annoncés qu’à la continuité du service, au prix de l’électricité et à l’arrivée d’activités productives. Pour les autorités, elle dépendra aussi de la capacité à coordonner les financements, à former les techniciens et à préserver les ressources naturelles.

La rencontre franco-djiboutienne ouvre ainsi plusieurs chantiers, mais elle ne les clôt pas. Les échéances à surveiller sont la mission économique annoncée, l’avancement du projet d’hydrogène à Obock, les décisions sur l’électrification rurale et la mise en place des compétences nécessaires au nucléaire civil. Pour Djibouti, l’enjeu est désormais de transformer un portefeuille d’ambitions énergétiques en infrastructures utiles, maîtrisées et accessibles.