À Conakry, un geste aussi simple que boire de l’eau est devenu plus coûteux depuis la fin de septembre. Le petit sachet de 40 centilitres, vendu à bas prix dans les quartiers et les marchés, a presque disparu de nombreux points de vente. Pour les ménages qui ne peuvent pas acheter régulièrement de l’eau en bouteille, cette rupture change immédiatement les habitudes.
Une interdiction pensée pour réduire les déchets
La Guinée a engagé une interdiction large des emballages et objets en plastique à usage unique. Le dispositif vise notamment les sacs de courses, les sachets d’eau et de boissons, les gobelets, les pailles, les couverts jetables et certaines barquettes.
Le décret guinéen prévoit aussi l’interdiction de la fabrication, de l’importation, de la détention en vue de la commercialisation et de l’utilisation de ces produits. Les autorités justifient cette décision par l’accumulation des déchets dans les rues, les caniveaux et les cours d’eau. À Conakry, ces déchets compliquent l’assainissement et peuvent aggraver les inondations pendant la saison des pluies.
La date du 20 septembre 2026 correspond à l’échéance annoncée pour l’application commerciale de la mesure. Des observations de terrain réalisées le 24 septembre à Tombolia, dans la capitale, font toutefois état d’une mise en œuvre effective à partir du 21 septembre. Cette différence d’un jour tient à la transition entre la date réglementaire et les premiers contrôles dans les quartiers.
Le texte d’application publié par les autorités guinéennes confirme que les sachets destinés à la vente de l’eau figurent parmi les produits concernés. Il prévoit en revanche plusieurs exceptions, notamment pour certains usages médicaux, agricoles ou liés au ramassage des ordures. Le texte réglementaire guinéen sur les plastiques à usage unique précise également les catégories de produits visées.
À Conakry, l’offre d’eau ne suit pas encore
Dans plusieurs quartiers de la capitale, les vendeurs ont cessé de proposer les sachets d’eau. Les bouteilles constituent désormais l’alternative la plus visible. Mais leur prix est plus élevé et leur disponibilité reste inégale selon les zones.
À Tombolia, l’Agence guinéenne de presse a constaté que certains consommateurs se tournaient vers l’eau en bouteille, tandis que d’autres revenaient vers le réseau de la Société des eaux de Guinée. Cette seconde option ne présente toutefois pas les mêmes conditions d’accès partout. Dans certains quartiers, la distribution est irrégulière ou dépend de la capacité des ménages à stocker l’eau.
Cette situation crée un décalage entre l’objectif environnemental de la mesure et sa conséquence immédiate. Le plastique jetable disparaît plus vite que les solutions de remplacement. Pour les familles disposant d’un réfrigérateur, d’une réserve ou d’un revenu stable, l’adaptation reste possible. Pour les travailleurs précaires, les vendeurs ambulants et les ménages qui achètent l’eau au jour le jour, la dépense devient plus difficile à absorber.
Dans les restaurants et les petits commerces, cette tension se traduit par des recherches plus longues et des ruptures de stock. Des habitants de Kipé ont expliqué devoir visiter plusieurs boutiques avant de trouver de l’eau. Certains envisagent même de remplacer l’eau par des boissons sucrées lorsqu’aucune bouteille n’est disponible.
Le risque sanitaire se déplace vers les plus vulnérables
L’enjeu ne concerne donc pas uniquement le prix du plastique ou la propreté des rues. Il touche aussi l’accès quotidien à une eau considérée comme plus sûre que certaines sources disponibles localement.
Des consommateurs déclarent être contraints de boire l’eau du robinet malgré leurs doutes sur sa qualité. Des cas de diarrhée ont été évoqués dans des témoignages recueillis à Conakry. Ces récits ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un lien médical direct avec la disparition des sachets. Ils signalent toutefois une inquiétude concrète, particulièrement forte chez les personnes sans revenu régulier.
Les nourrissons, les personnes âgées et les individus déjà fragilisés sont les plus exposés aux conséquences d’une eau contaminée ou d’une hydratation insuffisante. Une diarrhée sévère peut provoquer rapidement une déshydratation, surtout lorsque l’accès à un centre de santé est difficile ou coûteux.
La priorité consiste donc à éviter que l’interdiction ne réduise l’offre d’eau accessible. Cela suppose un contrôle sanitaire réel des bouteilles et des points de distribution. Cela exige aussi une information claire sur les méthodes de stockage, le nettoyage des contenants et les conditions de conservation.
Producteurs, vendeurs et consommateurs demandent une transition
La mesure touche également une chaîne économique locale. Les unités de conditionnement, les grossistes, les détaillants, les transporteurs et les vendeuses de rue dépendaient, à des degrés différents, du commerce de l’eau en sachet.
Avant l’entrée en vigueur de l’interdiction, l’Union des producteurs d’eaux minérales de Guinée avait appelé ses membres à organiser l’écoulement de leurs stocks. L’organisation professionnelle reconnaissait les dégâts liés aux déchets plastiques, tout en demandant un dialogue avec les autorités. La déclaration de l’organisation des producteurs d’eau illustre cette volonté de concilier protection de l’environnement et continuité de l’activité.
De son côté, l’Union pour la défense des consommateurs de Guinée réclame un moratoire d’un an sur l’interdiction des sachets d’eau. L’objectif serait de laisser le temps aux autorités, aux producteurs et aux importateurs de mettre en place des solutions abordables. La demande de moratoire des consommateurs guinéens insiste sur l’absence d’alternative immédiatement accessible pour une partie de la population.
Un moratoire ne réglerait pas, à lui seul, la pollution plastique. Il pourrait cependant permettre de tester plusieurs options : bouteilles réutilisables consignées, fontaines publiques contrôlées, points de remplissage dans les marchés et contenants fabriqués à partir de matériaux réellement biodégradables.
Un test pour la politique environnementale en Afrique de l’Ouest
La Guinée n’est pas seule à chercher un équilibre entre réduction du plastique et accès abordable à l’eau. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont adopté des restrictions similaires, avec des niveaux d’application variables. Dans cette région, les sachets d’eau répondent souvent à une faiblesse des réseaux publics, à l’irrégularité de la distribution et au coût des bouteilles.
Le sujet dépasse donc la seule politique environnementale. Il renvoie aux services urbains, à la santé publique, à la protection du pouvoir d’achat et à la capacité des États à accompagner les activités informelles. Il concerne aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui cherche à renforcer la coordination régionale sur les échanges, les normes et la résilience des villes.
Pour la Guinée, la prochaine étape sera décisive. Les autorités devront montrer si l’interdiction s’accompagne d’un réseau d’eau plus fiable, de solutions économiques et d’un contrôle sanitaire crédible. Sans cet accompagnement, la mesure risque de réduire les déchets visibles tout en augmentant la pression sur les ménages les plus modestes. Avec lui, elle pourrait devenir le point de départ d’une transition environnementale mieux adaptée aux réalités de Conakry et des autres villes guinéennes.