À Libreville, le plein de carburant est devenu un rendez-vous incertain. Depuis le 30 septembre 2026, des automobilistes patientent parfois plusieurs heures devant les stations-service du Grand Libreville. La tension concerne d’abord le gasoil, avant de s’étendre à certaines disponibilités d’essence.
La perturbation touche directement les taxis, les véhicules de transport, les entreprises de livraison et les ménages qui dépendent de la voiture pour rejoindre les quartiers périphériques. Dans une agglomération étendue entre Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum, chaque rupture locale peut rapidement désorganiser les déplacements.
Une crise visible dans les stations du Grand Libreville
Dans plusieurs points de vente, les files de véhicules se sont formées dès l’aube. Des automobilistes ont circulé d’une station à l’autre avant de trouver quelques litres. D’autres ont dû attendre une livraison annoncée, sans garantie sur le volume disponible.
Les difficultés ont été signalées dans plusieurs secteurs de Libreville, notamment aux Charbonnages, à Bessieux, à La Peyrie, à Supergros et au carrefour Hassan. Des scènes similaires ont aussi été rapportées à Akanda, Owendo et Ntoum, qui forment avec la capitale le principal bassin de consommation du pays.
Les chauffeurs professionnels sont parmi les plus exposés. Pour un taxi, plusieurs heures passées dans une file signifient une journée de recettes amputée. Pour les transporteurs et les livreurs, la pénurie peut aussi entraîner des retards, des trajets supprimés et des coûts supplémentaires.
Les témoignages recueillis par la presse gabonaise décrivent des automobilistes arrivés avant le lever du jour. Certains ont été orientés vers une autre station, avant de constater que les réserves y étaient déjà épuisées. Ces récits illustrent l’impact concret d’un problème d’approvisionnement qui dépasse la seule question du plein d’essence.
Ce que disent les autorités sur les stocks
Le ministère gabonais du Pétrole et du Gaz a reconnu, le 2 octobre 2026, une tension temporaire dans l’approvisionnement de certaines stations du Grand Libreville. Dans son communiqué, il a évoqué une diminution des stocks disponibles chez les distributeurs.
Pour maintenir la distribution, les volumes disponibles dans les installations de la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers, la SGEPP, ont été mis à la disposition des marketeurs. La SGEPP assure le stockage des produits pétroliers. Les marketeurs les distribuent ensuite dans leurs réseaux de stations.
Le ministère a également annoncé une gestion temporaire des volumes distribués. Ce rationnement devait préserver les stocks jusqu’à l’arrivée d’un navire d’importation prévue dans la soirée du samedi 3 octobre. Les autorités tablaient alors sur une reprise progressive à partir du dimanche 4 octobre.
Le 4 octobre, le gouvernement a effectivement signalé la reprise de la distribution dans plusieurs stations. Des points de vente situés à Owendo, au centre-ville de Libreville, à Akanda et dans la zone des PK avaient reçu des volumes. Toutefois, cette reprise restait inégale. Certaines stations demeuraient en attente de livraison.
Le 5 octobre, une réunion technique a rassemblé les responsables de l’aval pétrolier, les distributeurs et les transporteurs terrestres de produits pétroliers. L’objectif affiché était de sécuriser les approvisionnements et d’éviter que la perturbation ne bloque davantage l’activité économique.
Le paradoxe d’un pays producteur de pétrole
La situation rappelle une réalité souvent mal comprise. Le Gabon produit du pétrole brut, mais cette production ne garantit pas, à elle seule, une disponibilité permanente des carburants à la pompe. Il faut encore raffiner, stocker, transporter et distribuer les produits finis.
La Société gabonaise de raffinage, la SOGARA, située à Port-Gentil, fournit une partie des produits destinés au marché national. Cependant, les besoins du pays ne sont pas toujours couverts par la production raffinée disponible. Le Gabon doit donc compléter son approvisionnement par des importations.
Cette organisation rend la chaîne sensible à plusieurs facteurs. Une baisse des stocks, un retard maritime, une livraison inférieure aux volumes commandés ou une difficulté de transport peut se répercuter rapidement dans les stations de Libreville.
Des responsables de stations ont aussi signalé des écarts entre les volumes demandés et les volumes effectivement livrés. Une station qui attend 20 000 litres mais n’en reçoit qu’une quantité moindre doit réduire ses ventes ou rationner les clients. Le problème devient alors visible dans les files d’attente, même lorsque des produits continuent d’arriver par intermittence.
Des effets différents selon les activités
La pénurie ne frappe pas tous les acteurs de la même manière. Les ménages disposant d’un véhicule peuvent reporter certains déplacements. En revanche, les chauffeurs de taxi, les transporteurs et les petits commerçants perdent directement du temps et des revenus.
Les quartiers éloignés du centre sont également plus vulnérables. Une personne qui travaille à Libreville mais habite à Ntoum ou à Akanda dépend de liaisons régulières. Lorsque les taxis diminuent leurs rotations, le coût et la durée du trajet augmentent.
Le secteur informel absorbe souvent une partie des chocs économiques. Mais ses marges sont limitées. Une journée passée à chercher du carburant ne peut pas être consacrée à la vente, à la livraison ou au transport de marchandises.
Les entreprises, elles, doivent arbitrer entre la continuité de leurs services et la constitution de réserves. Les opérateurs de transport scolaire, les sociétés de maintenance et les activités liées aux chantiers sont particulièrement dépendants du gasoil.
Un enjeu national, mais aussi régional
Le dossier dépasse les files d’attente de Libreville. Il met en évidence la nécessité de sécuriser l’aval pétrolier gabonais, c’est-à-dire l’ensemble des activités qui vont du raffinage à la distribution. Il pose aussi la question des capacités de stockage et de la régularité des importations.
Le Gabon appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, qui regroupe six pays partageant notamment le franc CFA d’Afrique centrale. Dans cette région, les chaînes logistiques restent fortement dépendantes des ports, des routes et des corridors d’approvisionnement.
Une perturbation dans une raffinerie, un terminal ou une liaison maritime peut donc produire des effets en cascade. Pour Libreville, la priorité immédiate consiste à rétablir une distribution régulière. À plus long terme, l’enjeu sera de réduire la fragilité de la chaîne, notamment grâce à des stocks mieux dimensionnés, une coordination plus transparente et une capacité de raffinage adaptée aux besoins nationaux.
Au 6 octobre 2026, les autorités gabonaises parlent d’une reprise progressive, tandis que des stations continuent de recevoir leurs volumes par étapes. La prochaine cargaison et le rythme des livraisons terrestres permettront de mesurer si la tension se résorbe réellement, ou si elle se déplace simplement de l’essence vers le gasoil.