En Afrique du Sud, la succession de Cyril Ramaphosa s’installe déjà dans le débat public. Pourtant, l’un des noms qui monte le plus vite n’est pas celui d’un cadre historique du Congrès national africain (ANC), mais celui d’un homme d’affaires et dirigeant sportif : Patrice Motsepe.

Le président de la Confédération africaine de football (CAF) apparaît en tête de plusieurs sondages consacrés à une éventuelle succession à la tête de l’ANC. Cette popularité ne signifie pas qu’il sera candidat. Elle révèle surtout le malaise d’un parti au pouvoir depuis 1994, désormais contraint de gouverner dans un paysage politique fragmenté.

Une popularité qui dépasse les cadres traditionnels de l’ANC

Une enquête publiée en 2026 par News24 et réalisée par le cabinet sud-africain SABI Strategy Group a testé les préférences des électeurs pour la succession de Cyril Ramaphosa. Le sondage a été mené auprès de 5 001 électeurs inscrits, entre le 25 août et le 17 septembre 2026. Il s’agit d’une photographie de l’opinion à un moment donné, et non d’une prévision électorale.

Dans ce scénario théorique, Patrice Motsepe devance plusieurs responsables déjà implantés dans l’appareil de l’ANC. Son avance est également relevée parmi les électeurs qui se déclarent proches du parti. Les résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence : les sous-échantillons consacrés aux électeurs de l’ANC présentent une marge d’erreur plus élevée que le résultat national.

La tendance ne repose pas sur une seule enquête. D’autres travaux publiés en 2026 ont également placé Motsepe devant le vice-président de l’ANC, Paul Mashatile, dans une course hypothétique. Ces résultats ont nourri l’idée d’une candidature de rassemblement, alors que les figures actuellement en place restent associées aux rivalités internes du parti.

Le principal intéressé, lui, n’a pas annoncé de candidature. À plusieurs reprises, Patrice Motsepe a déclaré qu’il n’avait pas besoin d’entrer en politique pour contribuer à l’avenir de son pays. Cette position n’a pourtant pas empêché l’apparition d’initiatives informelles qui cherchent à promouvoir son nom en vue de la conférence élective de l’ANC prévue en 2027.

Le contexte politique rend la succession plus ouverte

Le débat intervient après un tournant majeur. Lors des élections générales du 29 mai 2024, l’ANC a obtenu 40,18 % des voix. Pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, le parti a perdu sa majorité nationale. Il a ensuite formé un gouvernement d’unité nationale avec plusieurs formations, dont l’Alliance démocratique.

Cette nouvelle configuration limite la capacité de l’ANC à imposer seul son agenda. Elle rend aussi le choix de son prochain dirigeant plus sensible. Le futur président du parti devra réconcilier des courants concurrents, rassurer les milieux économiques et reconquérir des électeurs urbains qui se sont tournés vers l’opposition ou l’abstention.

Les élections locales de 2026 constituent une première échéance importante. Les métropoles de Johannesburg, Tshwane, Ekurhuleni et eThekwini concentrent une grande partie des tensions politiques. Dans ces villes, les coalitions, les services municipaux et la gestion des infrastructures pèseront directement sur la perception de l’ANC.

La question dépasse donc la seule popularité d’un individu. Elle porte sur la capacité du parti à renouveler son image après plusieurs années marquées par les difficultés des services publics, le chômage, les tensions autour de l’électricité et une défiance croissante envers les responsables politiques.

Le profil Motsepe : réussite économique et expérience institutionnelle limitée

Patrice Motsepe dispose d’un parcours qui le distingue des prétendants issus de la hiérarchie militante. Entrepreneur du secteur minier, il dirige African Rainbow Minerals. Il est aussi propriétaire des Mamelodi Sundowns, le club de Pretoria, l’un des plus performants du football africain.

En mars 2025, il a été réélu sans opposition à la présidence de la CAF pour un second mandat de quatre ans. Son mandat doit donc se poursuivre jusqu’en 2029. Cette échéance coïncide avec le prochain cycle des élections nationales sud-africaines, ce qui alimente les spéculations sur la suite de sa carrière.

Son image publique repose sur trois atouts. Il est identifié à la réussite d’un entrepreneur noir dans l’économie formelle. Il possède une visibilité continentale grâce à la CAF. Enfin, il apparaît moins directement lié aux affrontements entre factions qui structurent l’ANC depuis plusieurs années.

Cette distance peut séduire une partie des électeurs qui souhaitent un changement de méthode. Elle peut aussi attirer des secteurs économiques à la recherche d’un interlocuteur considéré comme prévisible. Toutefois, cette force comporte une limite : Motsepe n’a jamais dirigé un ministère, une administration nationale ou une grande structure politique.

La présidence de l’ANC ne se gagne pas uniquement dans les sondages. Le processus repose sur les nominations des branches locales, les équilibres provinciaux et les rapports de force au sein des structures du parti. Les réseaux militants restent donc essentiels. Sur ce terrain, un homme extérieur à la carrière politique part avec un handicap évident.

Un débat qui touche aussi la gouvernance du football africain

Une entrée en politique poserait également la question de la compatibilité entre ses responsabilités. La CAF regroupe les fédérations nationales de football du continent et joue un rôle central dans l’organisation des compétitions, la redistribution des revenus et le développement des infrastructures sportives.

Le président de la CAF devra maintenir le fonctionnement de l’institution jusqu’à la fin de son mandat. Un départ anticipé ou une campagne politique prolongée en Afrique du Sud pourrait modifier les équilibres au sein du football africain. Cela concernerait notamment les fédérations nationales, les compétitions interclubs et les engagements pris en matière de développement.

Pour l’Afrique australe, l’enjeu est également politique. L’Afrique du Sud reste le principal poids économique de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit seize États de la région. Les choix effectués à Pretoria influencent les débats régionaux sur le commerce, l’énergie, les transports et la sécurité.

Ce qu’il faudra surveiller avant 2027

Le premier indicateur sera le résultat des élections locales de 2026. Une contre-performance de l’ANC pourrait accélérer la recherche d’une figure capable de renouveler le parti. À l’inverse, une stabilisation dans les grandes villes renforcerait les responsables déjà installés.

Le deuxième indicateur sera la position officielle de Patrice Motsepe. Tant qu’il ne dépose pas sa candidature et ne s’engage pas dans le processus interne, son avance dans les sondages restera une mesure de popularité, pas une trajectoire politique.

Le troisième sera la réaction des structures de l’ANC. La direction du parti a déjà appelé ses membres à éviter les campagnes prématurées. Fikile Mbalula, secrétaire général, a aussi rappelé qu’une organisation politique ne se dirige pas comme une équipe de football.

À ce stade, Patrice Motsepe est donc un favori d’opinion, pas un candidat déclaré. Son ascension dans les enquêtes traduit l’attente d’une partie des Sud-Africains : voir émerger une personnalité capable de relier économie, visibilité continentale et renouvellement politique. La décision finale se jouera toutefois dans les branches de l’ANC, les provinces et les négociations qui précéderont sa conférence de 2027.