Dans le nord-ouest de la Tanzanie, une mine ouverte au début des années 2000 vient de gagner quinze années supplémentaires. Pour Dodoma, l’enjeu dépasse la durée d’un permis : il s’agit de maintenir des recettes publiques, des emplois et une activité industrielle dans une région éloignée des grands centres économiques.

Un nouveau cycle pour North Mara

Le gouvernement tanzanien a renouvelé pour quinze ans les permis miniers spéciaux de North Mara. L’accord prolonge les droits d’exploitation jusqu’en 2041, a annoncé Barrick Mining le lundi 5 octobre 2026. L’information a également été rapportée par la presse spécialisée, ce qui confirme la décision au-delà de la communication de l’opérateur.

Située dans le district de Tarime, dans la région de Mara, North Mara se trouve à environ 100 kilomètres à l’est du lac Victoria et à proximité de la frontière kényane. La mine produit de l’or depuis 2002. Son activité combine une exploitation à ciel ouvert et une exploitation souterraine, autour des gisements de Nyabirama et de Gokona.

Le site est exploité par North Mara Gold Mine Limited, une société contrôlée par Barrick depuis 2019. L’entreprise canadienne détient 84 % du projet. L’État tanzanien conserve une participation gratuite de 16 % à travers le partenariat Twiga Minerals, qui regroupe North Mara et la mine de Bulyanhulu.

Ce montage ne se limite pas à une participation au capital. Il prévoit aussi un partage à parts égales des bénéfices économiques entre Barrick et le gouvernement tanzanien. Pour Dodoma, cette formule renforce les retombées publiques lorsque les cours de l’or progressent.

Une ressource encore rentable, mais plus exigeante

La prolongation du permis intervient après plusieurs années d’investissements destinés à renouveler les réserves. Barrick indique que North Mara disposait, fin 2025, de 249 000 onces de production attribuable à sa participation de 84 %. La part correspondant à l’ensemble du projet atteint environ 296 000 onces.

Ces chiffres donnent une mesure du poids de la mine dans le dispositif aurifère tanzanien. Ils ne garantissent toutefois pas une production identique jusqu’en 2041. La teneur du minerai, les coûts énergétiques, les travaux souterrains et les conditions du marché peuvent modifier le calendrier d’exploitation.

Pour 2026, Barrick prévoyait d’ailleurs une production attribuable comprise entre 200 000 et 230 000 onces à North Mara. Cette estimation, inférieure au résultat de 2025, rappelle qu’une extension administrative ne signifie pas automatiquement une hausse des volumes extraits.

La mine reste néanmoins soutenue par un marché de l’or favorable. Des prix élevés améliorent les recettes de l’opérateur et augmentent mécaniquement les royalties, les impôts et les autres prélèvements liés à la production. À l’inverse, une baisse durable des cours pourrait retarder certains investissements ou rendre les opérations les plus coûteuses moins attractives.

Ce que la Tanzanie cherche à préserver

Le renouvellement s’inscrit dans la stratégie de la Tanzanie visant à accroître la contribution des ressources minières à l’économie nationale. Selon les autorités tanzaniennes, le secteur minier représentait 10,1 % du produit intérieur brut en 2024. Le gouvernement avait fixé un objectif de 10 % à l’horizon 2025.

North Mara apporte des recettes au budget national, mais son influence se mesure aussi dans les achats locaux, les salaires et les contrats attribués aux entreprises tanzaniennes. Barrick affirme que 96 % de ses employés en Tanzanie sont des ressortissants du pays. Près de la moitié proviendrait des communautés vivant autour des mines exploitées dans le cadre de Twiga.

Dans la région de Mara, l’activité minière soutient donc une économie locale qui ne repose pas uniquement sur la production d’or. Transporteurs, prestataires techniques, fournisseurs de biens, travailleurs qualifiés et petites entreprises peuvent bénéficier de la présence du site. Cependant, ces retombées restent liées à la capacité de la mine à maintenir des achats locaux et à former durablement sa main-d’œuvre.

Les investissements communautaires constituent un autre volet sensible. Barrick a déclaré avoir financé des projets liés à l’eau potable, à la santé et à l’éducation. Leur effet réel dépendra de leur entretien, de leur répartition entre les villages et de la transparence dans le choix des priorités.

La prolongation ne fait donc pas disparaître les questions qui accompagnent les grands projets extractifs. L’accès aux terres, la gestion de l’eau, la sécurité du site et les relations avec les habitants resteront au centre du suivi local. Dans une zone proche d’une frontière poreuse, la lutte contre les intrusions et l’orpaillage illégal ajoute également une dimension sécuritaire.

Un signal pour l’Afrique de l’Est

La décision concerne directement la Tanzanie, mais elle résonne dans l’ensemble de la Communauté d’Afrique de l’Est, ou EAC, qui cherche à approfondir les échanges et les chaînes de valeur régionales. L’or extrait à Mara peut alimenter des services de transport, de maintenance et de transformation qui dépassent les limites du district de Tarime.

Elle intervient aussi alors que plusieurs pays africains réexaminent leurs contrats miniers. Le débat porte sur la part revenant aux États, la transformation locale et la place des entreprises nationales dans les chaînes d’approvisionnement. Le modèle de Twiga sera observé à ce titre : il associe une participation publique, un partage des bénéfices et la poursuite de l’exploitation par un groupe international.

Pour Dodoma, le défi consiste désormais à convertir la durée supplémentaire du permis en valeur durable. Cela suppose de sécuriser les recettes, de renforcer les compétences tanzaniennes et de publier des informations régulières sur la production, les paiements publics et les engagements environnementaux.

North Mara pourrait ainsi rester un actif important jusqu’en 2041. Mais sa réussite ne se mesurera pas seulement au nombre d’onces extraites. Elle dépendra aussi de la capacité du partenariat à maintenir l’activité, à limiter ses impacts et à inscrire les revenus miniers dans le développement de la Tanzanie.