À Nouakchott, la rentrée scolaire ne se joue pas seulement dans les salles de classe. Elle commence aussi dans les marchés, où les familles mauritaniennes arbitrent chaque achat entre cahiers, sacs, stylos et autres dépenses du quotidien. Pour plusieurs parents, l’objectif est simple : permettre à leurs enfants de reprendre les cours sans laisser une partie du matériel nécessaire derrière eux.
Une rentrée préparée sous pression
L’année scolaire 2026-2027 s’ouvre ce lundi 5 octobre en Mauritanie. La date a été confirmée le 4 octobre par la ministre de l’Éducation et de la Réforme du système éducatif, Houda Babah. Le gouvernement présente cette rentrée comme une étape importante dans la mise en œuvre de l’École républicaine, un projet visant à renforcer l’accès à l’enseignement public et à réduire les écarts entre les élèves.
Dans les jours précédant la reprise, les autorités ont multiplié les réunions de préparation. Un comité interministériel s’est notamment réuni le 29 septembre à Nouakchott pour examiner l’état des établissements, les besoins matériels et les mesures à prendre face aux éventuelles précipitations. Le ministère avait également annoncé le recrutement de 3 852 agents pour le secteur de l’éducation.
Cette organisation institutionnelle ne règle toutefois pas la question du budget familial. Pour les ménages, la rentrée représente une dépense concentrée sur quelques jours. Les achats s’ajoutent aux frais de transport, aux vêtements, aux repas et, dans certains cas, aux coûts liés à l’inscription dans des établissements privés.
Les données disponibles ne permettent pas d’établir un prix national unique pour les fournitures scolaires. Les tarifs varient selon les quartiers, les magasins, la qualité des produits et l’âge des enfants. En revanche, les témoignages recueillis dans un marché de la capitale décrivent une pression devenue visible dans les comportements d’achat.
Dans les marchés de Nouakchott, acheter par étapes
Dimanche 4 octobre au soir, les allées d’un marché de Nouakchott étaient parcourues par des parents venus compléter les listes scolaires. Certains remplissaient leurs sacs en une seule fois. D’autres choisissaient les articles les plus urgents et repoussaient le reste à la semaine suivante.
Guéladio Diabira était venu avec sa fille de 13 ans. Il avait déjà acheté des cahiers, un sac, des crayons, un taille-crayon et des stylos. Mais il expliquait avancer progressivement, en raison du niveau des prix et du nombre d’enfants concernés.
« J’ai acheté pour le moment des cahiers, des sacs, des crayons, des taille-crayons et des stylos. On les paie progressivement », témoignait-il. Ce père de trois enfants scolarisés jugeait les courses possibles, mais difficiles à absorber en une seule dépense.
La même prudence se retrouvait chez les commerçants. Salem Mohamed, vendeur dans le marché et lui-même parent d’élèves, disait parfois attendre plusieurs heures avant de réaliser une vente. « Tout est devenu cher aujourd’hui. J’ai deux enfants à scolariser, il faut que je vende pour pouvoir payer leur inscription », expliquait-il.
Cette situation crée un effet de retenue des deux côtés. Les familles réduisent ou étalent leurs achats. Les commerçants, eux, doivent maintenir leurs stocks tout en acceptant une demande moins régulière. Dans l’économie informelle, très présente à Nouakchott, quelques jours de ventes faibles peuvent peser directement sur les dépenses d’un foyer.
Une réforme scolaire qui change les repères
La pression de la rentrée intervient alors que la Mauritanie poursuit une transformation de son système éducatif. La réforme de l’École républicaine prévoit de consolider l’enseignement public et d’harmoniser progressivement les parcours scolaires. Elle s’inscrit dans le Programme national de développement du secteur de l’éducation, qui couvre la période 2024-2030.
Selon le ministère, la stratégie prévoit notamment d’élargir l’accès au préscolaire, de renforcer l’enseignement fondamental et d’améliorer la transition entre le primaire et le collège. L’objectif affiché est aussi de garantir une éducation de base plus homogène, alors que les familles ne disposent pas toutes des mêmes moyens pour financer l’accompagnement scolaire.
La réforme produit déjà des effets concrets sur l’organisation des établissements. La ministre a annoncé la réception de 575 salles de classe au cours de l’année 2026 et la livraison prochaine de 3 340 autres. Elle a aussi fait état de 165 350 uniformes scolaires distribués et de 1 738 cantines bénéficiant à 249 461 élèves.
Ces mesures peuvent réduire certaines dépenses pour les familles, surtout lorsque les uniformes ou les repas sont pris en charge. Elles ne couvrent cependant pas automatiquement les cahiers, les sacs, les fournitures de dessin ou les frais de déplacement. L’impact varie donc selon le niveau de scolarité, le statut de l’établissement et le lieu de résidence.
Le défi du coût réel de la scolarisation
À Nouakchott, les ménages urbains disposent généralement d’un accès plus direct aux marchés et aux écoles. Mais ils sont aussi confrontés à des dépenses monétaires fréquentes : transport, logement, alimentation et frais scolaires. Dans les zones rurales, la difficulté peut prendre une autre forme, avec des distances plus longues, une offre commerciale plus limitée et un accès inégal aux services éducatifs.
La question ne se résume donc pas au prix d’un cahier. Elle concerne le coût total nécessaire pour maintenir un enfant à l’école pendant toute l’année. Une rentrée réussie suppose que les familles puissent acheter le matériel initial, mais aussi remplacer les fournitures usées et faire face aux dépenses imprévues.
Le budget national pour 2026 prévoit par ailleurs une enveloppe de 100 millions d’ouguiyas nouvelles pour l’impression et la distribution de manuels scolaires. Cette mesure vise à renforcer la disponibilité des supports pédagogiques. Sa portée dépendra de la distribution effective dans les établissements et de la capacité à atteindre les élèves au-delà de la capitale.
Un enjeu national avec une portée régionale
La Mauritanie n’est pas membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, mais elle reste étroitement liée à l’espace ouest-africain par ses échanges, ses mobilités et ses coopérations régionales. Sa position entre le Maghreb, le Sahel et l’Atlantique donne à ses politiques publiques une dimension particulière.
La rentrée scolaire est ainsi un indicateur plus large. Elle permet d’observer la capacité d’un État à transformer une réforme nationale en services accessibles, y compris pour les familles qui disposent de revenus irréguliers. Elle montre aussi que la réussite de l’École républicaine dépendra autant des infrastructures que du coût concret supporté par les parents.
À court terme, les autorités devront suivre la fréquentation des établissements, la distribution des manuels, la disponibilité des enseignants et la situation des familles les plus exposées. À Nouakchott comme dans les autres régions mauritaniennes, l’enjeu sera de faire en sorte que la rentrée du 5 octobre ne soit pas seulement une date administrative, mais le début effectif d’une année scolaire accessible et stable.
Lire les annonces officielles sur l’ouverture de l’année scolaire 2026-2027.
Consulter les préparatifs interministériels de la rentrée en Mauritanie.
Voir les orientations du ministère mauritanien de l’Éducation.