Pour les personnes qui envisagent une installation en Afrique, le choix ne se résume pas au climat ou au coût de la vie. Fiscalité, accès au logement, sécurité, santé et possibilités professionnelles peuvent changer radicalement l’expérience d’un nouvel arrivant. Le Global Relocation Index 2026 de Rumavi place Maurice en tête du classement africain, mais souligne aussi les limites de cette attractivité.

Maurice domine le classement africain, sans cocher toutes les cases

Sur 192 pays et territoires évalués, Maurice arrive au 38e rang mondial avec un score de 67,1 sur 100. L’île est ainsi le seul pays africain à intégrer le top 50 général de l’index. Elle affiche le même résultat que les Pays-Bas et le Qatar.

Le classement repose sur 24 indicateurs répartis en quatre ensembles : fiscalité et coût de la vie, cadre de vie et santé, sécurité et stabilité, puis installation et opportunités. Cette méthode permet de comparer plusieurs dimensions, mais elle ne mesure pas directement la capacité d’un pays à créer des emplois qualifiés pour les nouveaux arrivants.

Le principal avantage de Maurice se situe dans le pilier financier, évalué à 80,2 points. Rumavi attribue notamment 90 points à l’environnement monétaire et bancaire, ainsi que 87 points au coût général de la vie. Ces éléments renforcent l’image d’une économie insulaire ouverte, connectée aux marchés africains, asiatiques et internationaux.

Le résultat varie toutefois selon le profil de la personne concernée. Dans la catégorie consacrée aux retraités, Maurice se hisse au 14e rang mondial. En revanche, l’accessibilité financière du logement et la qualité de l’air obtiennent des notes proches de 45. Pour un ménage actif ou une famille, le coût du logement peut donc peser davantage que le score général ne le laisse penser.

Un palmarès concentré dans l’espace de la SADC

Les quatre autres pays africains les mieux classés appartiennent, comme Maurice, à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC. Cette organisation régionale regroupe 16 États et cherche à renforcer les échanges, la stabilité et l’intégration économique en Afrique australe. Les Seychelles, le Botswana et la Namibie en sont membres. Le Cap-Vert ne fait pas partie de cette organisation, mais complète le groupe des destinations insulaires ou australes bien positionnées.

Pays Rang mondial Score sur 100 Atout mis en avant
Maurice 38e 67,1 Environnement financier et bancaire
Seychelles 62e 64,3 Fiscalité des revenus et revenus étrangers
Botswana 71e 63,3 Coût de la vie et logement
Cap-Vert 95e 61,3 Confort climatique et propriété immobilière
Namibie 96e 61,0 Droits de propriété des non-ressortissants

Les Seychelles occupent la deuxième place africaine, avec 64,3 points et un 62e rang mondial. L’index leur attribue 78 points pour la fiscalité du revenu et 80 pour le traitement des revenus provenant de l’étranger. Le pays atteint ainsi la 39e place mondiale dans le profil consacré à la fiscalité.

Cette appréciation doit être lue avec prudence. Le régime fiscal applicable dépend de la résidence, de la nature des revenus et de leur origine. Les Seychelles obtiennent en revanche des résultats plus faibles pour les opportunités d’affaires, notées 43, et l’éducation, notée 48. Ces limites peuvent compter pour les entrepreneurs et les familles avec enfants.

Le Botswana combine stabilité politique et coût de la vie modéré

Premier pays d’Afrique continentale dans ce palmarès, le Botswana se classe 71e au niveau mondial, avec 63,3 points. Ses meilleurs résultats concernent l’accessibilité du logement, notée 91, et le coût général de la vie, noté 90.

Le pays a aussi connu une alternance politique majeure. Après les élections générales du 30 octobre 2024, le président Mokgweetsi Masisi a reconnu sa défaite le 1er novembre. Duma Boko, chef de la coalition Umbrella for Democratic Change, a ensuite pris la tête du pays. Les autorités botswanaises ont confirmé cette transition institutionnelle, qui a mis fin à 58 années de domination du Botswana Democratic Party. La déclaration de la justice botswanaise a officialisé la victoire de la coalition d’opposition.

Cette alternance nourrit l’image d’un système politique capable d’organiser une transmission du pouvoir sans rupture institutionnelle. Toutefois, le score de 69 points attribué à la stabilité politique ne doit pas masquer les faiblesses relevées sur la sécurité dans la rue, notée 48. Pour un nouvel arrivant, la stabilité nationale et l’expérience quotidienne dans les quartiers ne recouvrent pas exactement la même réalité.

Cap-Vert et Namibie : des avantages ciblés, des infrastructures à surveiller

Le Cap-Vert se situe au 95e rang mondial avec 61,3 points. La Namibie le suit au 96e rang, avec 61 points. L’écart est donc faible, mais leurs profils diffèrent.

Le Cap-Vert obtient 90 points pour les droits de propriété des non-ressortissants. Les étrangers peuvent, sous réserve des règles applicables, acquérir des biens en pleine propriété. Le confort climatique atteint également 81 points. En revanche, la qualité des soins et l’État de droit sont notés 48. Ces critères peuvent devenir déterminants pour les retraités et les ménages qui recherchent une offre de services complète.

En Namibie, les droits de propriété des étrangers obtiennent aussi 90 points. L’achat de logements urbains reste possible, tandis que l’acquisition de terres agricoles relève d’un cadre plus contraignant. Le pays est toutefois pénalisé par la sécurité dans la rue, notée 36, et les infrastructures numériques, notées 38.

Un classement utile, mais qui ne remplace pas une enquête personnelle

Un point commun traverse les cinq pays : leur écosystème de start-up est moins bien évalué que les autres indicateurs. La note atteint 47 aux Seychelles, 39 à Maurice, 38 au Botswana, 29 au Cap-Vert et seulement 21 en Namibie. Pour un entrepreneur technologique ou un salarié du numérique, le classement général peut donc donner une image trop favorable des perspectives professionnelles.

Rumavi précise que son index combine des données institutionnelles, des estimations et des appréciations internes. La méthodologie publiée par l’entreprise doit donc être consultée avant de transformer un score en décision d’installation. Les résultats sont particulièrement sensibles au profil retenu : retraité, famille, nomade numérique, entrepreneur ou personne recherchant principalement un environnement fiscal favorable.

Pour Maurice, l’enjeu consiste désormais à convertir son attractivité résidentielle en opportunités plus largement accessibles. Les investisseurs et les retraités aisés ne rencontrent pas les mêmes contraintes que les jeunes actifs, les travailleurs indépendants ou les ménages mauriciens confrontés au prix du logement. À l’échelle de la SADC, ce contraste rappelle qu’une destination bien classée doit aussi renforcer ses services, ses infrastructures numériques et ses passerelles vers l’emploi.

Le palmarès met enfin en lumière une tendance régionale : plusieurs pays d’Afrique australe et de l’océan Indien disposent d’atouts capables d’attirer des profils internationaux. Leur défi commun sera de faire en sorte que cette mobilité soutienne aussi les économies locales, la formation et l’emploi, plutôt que de bénéficier uniquement aux personnes disposant déjà de revenus extérieurs.