À Lubumbashi, un différend familial prend désormais une dimension judiciaire et politique. Raphaël Katebe Katoto réclame des droits sur plusieurs biens immobiliers détenus ou occupés par son demi-frère Moïse Katumbi. La Cour de cassation de la République démocratique du Congo doit examiner le dossier le 26 octobre 2026.
Un contentieux né dans le Haut-Katanga
Le litige concerne des propriétés situées principalement dans l’espace katangais. Les biens cités comprennent notamment les résidences de Mulonde, de Lofoi et de Kashobwe, ainsi que les fermes de Futuka et de Munguzi. Une parcelle située à Mahenge apparaît également dans les éléments rendus publics.
Raphaël Katebe Katoto soutient que ces biens lui appartiennent ou qu’ils ont été transférés dans des conditions contestables. Il accuse son demi-frère d’en avoir pris possession ou d’en avoir revendiqué la propriété sans respecter ses droits.
La défense de Moïse Katumbi rejette cette version. Elle affirme disposer de documents de vente, de preuves de paiement et d’écrits établissant la régularité des transactions. La portée exacte de chaque pièce devra toutefois être appréciée par la juridiction saisie.
Les éléments rapportés au sujet de la résidence située avenue Lofoi, à Lubumbashi, remontent au début des années 2000. Des documents présentés par la défense de Moïse Katumbi évoquent une vente, plusieurs paiements et la réception d’un solde. L’un des écrits mentionne notamment un montant de 250 000 dollars versé au titre du règlement final.
D’autres documents portent sur des bâtiments situés à Kashobwe et sur des installations à Kalemie. Les parties ne donnent cependant pas la même lecture de ces actes. Pour l’une, ils établissent des cessions anciennes. Pour l’autre, ils ne suffisent pas à éteindre les droits revendiqués.
La compétence de la Cour au cœur de la bataille
Au-delà de la propriété des biens, la défense de Moïse Katumbi conteste la compétence de la Cour de cassation. Olivier Kamitatu, porte-parole de l’opposant, a soutenu que la juridiction ne serait pas compétente pour examiner directement le fond d’un tel contentieux.
La Cour de cassation est la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire congolais. Elle intervient principalement pour contrôler l’application du droit par les juridictions inférieures. La question de savoir si elle peut connaître directement de cette procédure constitue donc un point déterminant pour la suite du dossier.
Une organisation congolaise de défense des droits humains, Justicia ASBL, a également soulevé des interrogations sur la compétence de la Cour et sur le respect des droits de la défense. Cette prise de position ne préjuge pas de l’issue de l’affaire. Elle montre cependant que le débat dépasse le cercle familial.
Le Parquet général près la Cour de cassation a, de son côté, demandé la fixation d’une audience. Cette démarche a ouvert la voie à l’examen judiciaire du dossier, sans établir à ce stade la responsabilité de Moïse Katumbi ni la validité définitive des revendications de Raphaël Katebe Katoto.
Raphaël Katebe Katoto affirme que la procédure remonte à 2024. Il réfute tout lien entre le dossier et son récent séjour à Lubumbashi. Interrogé publiquement, il a refusé de détailler le fond de l’affaire, invoquant le secret de l’instruction. Il a invité ses contradicteurs à présenter leurs arguments devant les juges plutôt que dans les médias.
Un contentieux judiciaire dans un climat politique tendu
Le dossier intervient dans un contexte politique sensible en République démocratique du Congo. Moïse Katumbi demeure l’une des figures de l’opposition congolaise. Raphaël Katebe Katoto, lui, s’est rapproché du pouvoir de Félix Tshisekedi et a défendu l’idée d’une prolongation de la présence du chef de l’État au pouvoir.
Cette proximité politique nourrit les soupçons de l’entourage de Moïse Katumbi. Ses avocats dénoncent une possible instrumentalisation de la justice et présentent la procédure comme une nouvelle pression contre un opposant. Ces accusations restent contestées et ne sont pas établies par une décision judiciaire.
Le camp de Raphaël Katebe Katoto rejette toute lecture politique. Il affirme que l’affaire est strictement patrimoniale et qu’elle a été engagée avant les développements politiques récents. Cette position place désormais la Cour devant une double exigence : trancher les questions de droit et préserver la lisibilité d’une procédure observée au-delà du cercle familial.
Le caractère public de l’opposition entre les deux hommes complique cette séparation. Le désaccord ne porte pas seulement sur des titres de propriété. Il se déroule aussi entre deux personnalités connues du Katanga, dans une période marquée par de fortes tensions autour de la justice, de l’opposition et de l’évolution institutionnelle du pays.
Un test pour la confiance dans la justice congolaise
Pour les habitants de Lubumbashi et des autres territoires concernés, l’enjeu dépasse le destin des deux protagonistes. Les litiges fonciers et immobiliers touchent fréquemment les familles, les entreprises et les collectivités. Ils deviennent particulièrement sensibles lorsque les titres anciens, les paiements privés et les documents administratifs ne concordent pas clairement.
Dans ce type de procédure, la décision attendue devra préciser la nature des droits revendiqués, la valeur des documents produits et la juridiction compétente. Elle devra aussi distinguer les faits établis des accusations formulées par chaque partie.
L’affaire rappelle également l’importance d’une justice capable de traiter les dossiers impliquant des responsables politiques sans apparaître comme un instrument au service d’un camp. Pour le pouvoir comme pour l’opposition, la crédibilité de la procédure dépendra de la motivation de la décision, de l’accès de chaque partie au dossier et du respect des voies de recours.
Une affaire suivie au-delà du Katanga
Le dossier sera observé à Kinshasa, mais aussi dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, où l’histoire politique et économique des deux frères reste connue. Il intéresse également les formations de l’opposition et les acteurs de la société civile qui suivent l’évolution de l’État de droit en République démocratique du Congo.
À l’échelle régionale, le contentieux rappelle le poids politique du Katanga dans l’espace de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC. Les relations économiques, familiales et commerciales de cette région dépassent les frontières congolaises, notamment vers la Zambie et l’Afrique du Sud.
L’audience annoncée du 26 octobre 2026 devra d’abord répondre à une question procédurale : la Cour de cassation peut-elle examiner ce dossier dans les conditions retenues par le Parquet général ? La réponse déterminera la suite du contentieux. Elle contribuera aussi à mesurer la capacité de la justice congolaise à traiter un dossier familial, patrimonial et politique sans confondre ces trois dimensions.
Sources consultées : déclarations récentes de Raphaël Katebe Katoto sur la procédure, demande d’audience du Parquet général près la Cour de cassation, contestation de la compétence de la Cour de cassation, réaction de Justicia ASBL, éléments sur les biens concernés.