Dans la CEMAC, la baisse du coût moyen du crédit ne met pas tous les emprunteurs sur un pied d’égalité. Au deuxième trimestre 2026, les ménages ont continué de payer leurs prêts nettement plus cher que les entreprises, alors même que les taux ont reculé sur plusieurs segments.
Les ménages restent les emprunteurs les plus exposés
Entre avril et juin 2026, le taux effectif global (TEG) moyen appliqué aux particuliers s’est établi à 15,48 %, selon le rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le TEG mesure le coût total d’un crédit. Il inclut le taux d’intérêt, mais aussi les frais et les commissions associés au prêt.
Les entreprises ont bénéficié de conditions plus favorables. Le TEG moyen s’est élevé à 10,97 % pour les petites et moyennes entreprises, contre 10,36 % pour les grandes entreprises. Les administrations publiques ont, elles, emprunté à un coût moyen de 10,22 %.
L’écart atteint donc 5,12 points entre les particuliers et les grandes entreprises. Il dépasse également 4,5 points avec les PME. Pour un même montant emprunté, cette différence peut alourdir sensiblement les mensualités et réduire la capacité de remboursement des ménages.
La tendance reste toutefois moins défavorable qu’au trimestre précédent. Le TEG moyen des particuliers est passé de 17,19 % au premier trimestre à 15,48 % au deuxième, soit une baisse de 1,71 point en trois mois. Cette détente n’efface pas l’écart structurel entre les catégories d’emprunteurs.
Un coût du crédit composé de plusieurs éléments
Le chiffre global ne correspond pas uniquement au taux affiché par la banque. Pour les particuliers, le taux nominal représentait 68,82 % du TEG au deuxième trimestre 2026. Les charges et commissions comptaient pour les 31,18 % restants.
Cette décomposition rappelle qu’un crédit peut devenir plus coûteux à cause des frais annexes. Dossier, assurance, garanties ou commissions peuvent modifier le montant réellement payé par l’emprunteur. Le TEG permet justement de rapprocher le prix annoncé du coût final du financement.
Le rapport de la BEAC établit clairement la différence entre les catégories de clients. En revanche, il ne suffit pas à expliquer pourquoi le taux nominal demeure plus élevé pour les particuliers. Plusieurs facteurs peuvent intervenir, comme le niveau de garantie disponible, la stabilité des revenus, la durée des prêts ou encore le risque de défaut. Ces éléments doivent cependant être distingués des causes effectivement documentées par la banque centrale.
Des écarts importants entre les six pays
La disparité ne se limite pas au profil de l’emprunteur. Les conditions de financement varient fortement entre les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui regroupe le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.
Au deuxième trimestre, le TEG moyen des crédits s’est établi à 8,31 % au Cameroun, à 8,47 % au Tchad et à 10 % au Congo-Brazzaville. Ces trois marchés se situaient sous la moyenne communautaire, fixée à 10,94 %.
La situation était différente au Gabon. Le pays affichait un TEG moyen de 21,51 %, le niveau le plus élevé de la zone. Suivaient la République centrafricaine, à 14,36 %, et la Guinée équatoriale, à 13,82 %.
Le contraste entre Libreville et Yaoundé est particulièrement marqué. Le coût moyen d’un crédit au Gabon représentait environ 2,6 fois celui observé au Cameroun sur la même période. Cette comparaison ne signifie pas que tous les prêts sont identiques dans les deux pays. Elle met toutefois en évidence des conditions de financement très différentes à l’intérieur d’une même union monétaire.
Une politique monétaire commune, des réalités bancaires différentes
Les six pays partagent le franc CFA d’Afrique centrale et disposent d’une banque centrale commune, la BEAC. Cette architecture harmonise la politique monétaire et une partie des règles financières. Elle ne supprime pas les écarts entre les systèmes bancaires nationaux.
La structure des économies, la profondeur du marché du crédit, la concentration bancaire et la perception du risque peuvent varier d’un pays à l’autre. Les entreprises installées dans les grands centres économiques disposent aussi, en général, de davantage de garanties et d’informations financières que les ménages ou les petites activités informelles.
Au Cameroun, la diversité du tissu économique et le poids du marché bancaire peuvent contribuer à élargir l’offre de financement. Au Gabon, le niveau moyen enregistré par la BEAC signale au contraire un environnement où l’accès au crédit reste beaucoup plus coûteux. En République centrafricaine et en Guinée équatoriale, les taux élevés pèsent également sur les projets des ménages et des entreprises.
Le principal enjeu : rendre la baisse plus accessible
La baisse observée au deuxième trimestre constitue un signal favorable, mais sa portée dépend de sa diffusion. Une détente qui profite surtout aux emprunteurs déjà considérés comme solvables risque de laisser à l’écart les ménages, les jeunes entreprises et les travailleurs aux revenus irréguliers.
Pour les particuliers, le niveau du TEG influence directement les crédits à la consommation, les prêts immobiliers et certains financements liés à l’activité professionnelle. Pour les PME, le coût du crédit agit sur l’investissement, les stocks et la trésorerie. Une différence de quelques points peut donc modifier la décision d’embaucher, d’acheter un équipement ou d’ouvrir un nouveau point de vente.
La prochaine évolution des données de la BEAC permettra de vérifier si le recul enregistré entre janvier et juin 2026 se confirme. Il faudra surtout observer trois éléments : le maintien de la baisse pour les particuliers, l’évolution des écarts entre pays et la part des frais dans le coût total des prêts.
À l’échelle de la CEMAC, le défi ne consiste donc pas seulement à réduire la moyenne régionale. Il consiste aussi à rapprocher les conditions de financement entre les catégories d’emprunteurs et à améliorer la lisibilité du prix réel du crédit.