Du palais royal de Rabat aux chancelleries de la Corne de l’Afrique, la semaine met en lumière des choix politiques qui dépassent les frontières nationales. Au Maroc, une nouvelle étape s’ouvre avec la nomination d’une femme à la tête du gouvernement. Plus à l’est, la rupture entre l’Éthiopie et l’Érythrée ravive le risque d’un embrasement régional. En Afrique de l’Ouest, la Guinée-Bissau se prépare à un scrutin sous haute tension.
À Rabat, une première historique qui ouvre une séquence politique exigeante
Le 29 septembre 2026, le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement marocain. La décision a été annoncée par le ministère de la Maison royale depuis Rabat. Elle devient la première femme à occuper cette fonction dans l’histoire du Maroc.
Avocate de formation, ancienne maire de Marrakech et ex-ministre de l’Aménagement du territoire, Fatima Ezzahra El Mansouri appartient au Parti de l’authenticité et de la modernité, le PAM. Sa nomination intervient après les élections législatives du 23 septembre, remportées par sa formation politique. Elle doit désormais constituer une majorité et former un nouvel exécutif.
Cette arrivée ne se résume pas à un symbole. La nouvelle cheffe du gouvernement devra répondre à des attentes concrètes : emploi, pouvoir d’achat, accès aux soins, logement et réduction des écarts entre les grandes villes et les territoires moins favorisés. Les associations féministes marocaines suivent également la composition du futur gouvernement. La présence d’une femme à sa tête ne garantit pas, à elle seule, une progression de la représentation féminine dans les postes de décision.
Le Maroc s’inscrit par ailleurs dans une trajectoire régionale particulière. Le royaume ne fait pas partie d’une communauté économique comme la CEDEAO ou la SADC. Il est membre de l’Union du Maghreb arabe et renforce depuis plusieurs années ses liens avec l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine et les institutions financières continentales. La nouvelle équipe devra donc articuler les priorités intérieures avec cette diplomatie africaine active.
L’annonce officielle de la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri confirme son mandat de formation du gouvernement.
Éthiopie-Érythrée : le face-à-face diplomatique devient une crise régionale
La relation entre Addis-Abeba et Asmara s’est fortement dégradée le 1er octobre. L’Éthiopie a fermé son ambassade en Érythrée et ordonné à dix diplomates érythréens de quitter le pays sous quarante-huit heures. Addis-Abeba les accuse d’activités constituant une menace directe pour sa sécurité nationale.
L’Érythrée a répondu en rompant ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie. Les deux pays avaient pourtant renoué en 2018, après deux décennies de tensions consécutives à la guerre frontalière de 1998-2000. Ce rapprochement avait été présenté comme une étape majeure dans la stabilisation de la Corne de l’Afrique.
La nouvelle crise intervient alors que des combats opposent les forces fédérales éthiopiennes à des groupes armés dans le nord du pays. Addis-Abeba accuse notamment l’Érythrée de soutenir des adversaires du pouvoir central dans la région du Tigré. Asmara rejette cette lecture et estime que les autorités éthiopiennes entretiennent depuis plusieurs années une politique hostile.
Les explosions signalées à Addis-Abeba et les informations contradictoires sur les opérations militaires rendent la situation difficile à vérifier. Les bilans humains et les responsabilités précises doivent donc être considérés avec prudence. Le principal risque concerne une extension du conflit au-delà du front intérieur éthiopien, dans une région déjà marquée par les tensions autour de la mer Rouge, des frontières et des accès portuaires.
Pour les populations, cette rupture peut compliquer les déplacements, les échanges familiaux et les activités commerciales transfrontalières. Elle peut aussi peser sur les efforts de médiation de l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba. La priorité régionale sera d’éviter que la crise diplomatique ne se transforme en confrontation militaire ouverte.
Le récit des expulsions diplomatiques et de la réponse érythréenne a été confirmé par plusieurs agences internationales.
En Guinée-Bissau, le retour annoncé d’Embalo place le scrutin sous pression
En Guinée-Bissau, l’ancien président Umaro Sissoco Embalo a annoncé son intention de revenir dans le pays et de se présenter à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre 2026. Il vit en exil depuis son renversement par un coup de force militaire intervenu après une précédente séquence électorale.
Les autorités de transition veulent faire de ce scrutin une étape vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Mais la candidature annoncée d’Embalo pourrait compliquer le processus. Elle pose notamment la question des garanties de sécurité, de la reconnaissance des autorités électorales et de la capacité de l’armée à rester en retrait.
La Guinée-Bissau appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, organisation chargée de favoriser l’intégration régionale et la stabilité politique. Après plusieurs coups d’État en Afrique de l’Ouest, la crédibilité de ses mécanismes de prévention est particulièrement surveillée. Le scrutin bissau-guinéen sera donc observé au-delà des frontières nationales.
Des engagements africains encore incertains autour de Gaza
Le projet de Force internationale de stabilisation de Gaza continue de susciter des discussions. L’Ouganda a obtenu en août l’accord de son Parlement pour envisager l’envoi de troupes. Des responsables militaires ougandais et burundais se sont ensuite rendus en Israël pour examiner les modalités d’une éventuelle participation.
Le Maroc a également été cité parmi les pays appelés à contribuer à cette force. Toutefois, le mandat exact, le calendrier et les règles d’engagement restent déterminants. Sans cadre politique clair, une présence militaire étrangère pourrait exposer les pays contributeurs à de fortes controverses, notamment sur la protection des civils, la gouvernance du territoire et la coordination avec les acteurs palestiniens.
Pour les États africains concernés, l’enjeu est double. Ils peuvent faire valoir leur expérience en matière de maintien de la paix, tout en évitant d’être associés à une opération perçue comme extérieure aux intérêts palestiniens. La position de l’Union africaine et les garanties internationales seront donc essentielles.
AfCRA veut modifier la manière dont le risque africain est évalué
L’Africa Credit Rating Agency, ou AfCRA, prépare son lancement comme agence africaine de notation financière. Une agence de notation évalue la capacité d’un État ou d’une entreprise à rembourser ses dettes. Ses analyses influencent ensuite les conditions d’emprunt sur les marchés.
Le projet, soutenu par l’Union africaine et piloté avec l’appui du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, entend proposer des analyses davantage ancrées dans les réalités économiques du continent. Ses promoteurs critiquent les méthodes des grandes agences internationales, jugées parfois trop sévères pour les économies africaines.
La nouvelle institution devra toutefois démontrer son indépendance, sa transparence et la solidité de ses données. Une notation différente ne suffira pas à réduire le coût de la dette si les investisseurs ne reconnaissent pas sa crédibilité. L’enjeu sera donc autant institutionnel que financier.
Mémoire à Saint-Louis et crise universitaire au Cameroun
À Saint-Louis, au Sénégal, un ancien bâtiment associé à la traite transatlantique des esclaves se dégrade. Des historiens estiment que des dizaines de milliers de captifs ont transité par la ville avant leur déportation vers les Amériques. La disparition de ces traces menace la transmission d’une histoire qui ne se limite pas au patrimoine colonial visible.
L’UNESCO demande au Sénégal de présenter, d’ici le 1er décembre 2026, un rapport actualisé sur l’état de conservation de l’île de Saint-Louis. La restauration devra donc combiner protection architecturale, recherche historique et implication des habitants.
Au Cameroun, la rentrée universitaire prévue le 7 octobre reste incertaine. Le Syndicat national des enseignants du supérieur, le Synes, poursuit une grève lancée le 3 septembre. Les enseignants réclament notamment le paiement de primes académiques annoncées à hauteur de 16 milliards de francs CFA, soit environ 24 millions d’euros.
Cette mobilisation touche directement les étudiants, mais aussi les familles et l’économie locale des villes universitaires. Elle rappelle que la stabilité d’un système éducatif dépend autant des infrastructures que du respect des engagements financiers envers les enseignants.
De Rabat à Saint-Louis, les événements de la semaine renvoient ainsi à une même question : comment les institutions africaines peuvent-elles gagner en légitimité tout en répondant à des attentes sociales immédiates ? Les prochaines échéances seront décisives, notamment la formation du gouvernement marocain, le scrutin en Guinée-Bissau et l’évolution du face-à-face entre l’Éthiopie et l’Érythrée.