À Accra, la question n’est plus seulement de savoir qui dirigera les Black Stars, mais comment éviter qu’une nouvelle transition technique ne fragilise encore une campagne internationale déjà mal engagée. Le Ghana doit désormais reconstruire rapidement un cadre de travail, après la fin brutale du deuxième passage de Carlos Queiroz sur le banc national.
Deux matches, zéro point et une rupture immédiate
La Fédération ghanéenne de football a annoncé la fin de sa collaboration avec le technicien portugais, d’un commun accord. La décision intervient quelques jours après les deux premières rencontres du Ghana dans les qualifications pour la Coupe d’Afrique des nations 2027.
Le 24 septembre 2026, les Black Stars ont perdu 2-0 contre la Côte d’Ivoire à Bouaké. Cinq jours plus tard, ils se sont inclinés 4-2 face à la Gambie au stade sportif d’Accra, après avoir pourtant mené 2-0 en première période. La Fédération africaine de football a confirmé ce calendrier et le bilan difficile du Ghana dans le groupe C. Le programme des qualifications africaines plaçait ces deux rencontres au cœur du début de campagne ghanéenne.
La défaite contre la Gambie a pesé lourd. Le Ghana avait pris un départ idéal grâce à deux buts, avant de concéder deux réalisations avant la pause. La seconde période a ensuite basculé en faveur des Scorpions. Après la rencontre, Queiroz a assumé la responsabilité de la contre-performance et présenté ses excuses aux supporteurs ghanéens. La Fédération ghanéenne a publié ses déclarations d’après-match.
Le départ intervient donc après seulement deux matches de compétition dans cette nouvelle mission. Le classement du groupe C place le Ghana en difficulté, avec la Gambie et la Côte d’Ivoire déjà mieux engagées, tandis que la Somalie figure également dans la poule. Aucun successeur n’a encore été annoncé.
Un choix de continuité qui n’a pas résisté aux résultats
La nomination de Queiroz reposait sur une volonté de continuité. La Fédération ghanéenne l’avait reconduit le 2 septembre 2026, après l’expiration de son premier mandat lié à la Coupe du monde. L’accord devait ouvrir une nouvelle phase, centrée sur les qualifications de la CAN 2027. L’annonce officielle de sa reconduction mettait en avant son expérience internationale et sa connaissance du groupe.
Cette décision avait une logique sportive. Queiroz connaît déjà l’environnement des Black Stars. Il a aussi dirigé plusieurs sélections nationales, dont le Portugal, l’Iran, l’Égypte, la Colombie, l’Afrique du Sud et le Qatar. Il a, par ailleurs, travaillé comme adjoint de Sir Alex Ferguson à Manchester United.
Mais l’expérience n’a pas suffi à absorber la pression immédiate. Dans une sélection nationale, le temps de préparation est limité. Les entraîneurs disposent souvent de quelques jours pour installer leurs principes, choisir une équipe et corriger les erreurs. Deux défaites consécutives peuvent donc modifier très vite le rapport de force entre la fédération, le staff, les joueurs et l’opinion publique.
Le problème dépasse toutefois la seule personne du sélectionneur. Le Ghana doit régulièrement composer avec des joueurs issus de championnats différents, des états de forme variables et des changements dans la composition du groupe. Queiroz avait lui-même insisté sur la nécessité de bâtir une équipe autour d’un noyau stable, tout en renforçant la formation, les infrastructures, la logistique et le suivi médical.
Le prochain sélectionneur devra stabiliser plus que le banc
La GFA devra maintenant choisir entre une solution intérimaire et un projet plus long. L’urgence est claire : préparer la prochaine fenêtre internationale et les deux matches contre la Somalie attendus à la mi-novembre. Ces rencontres pourraient déjà peser sur les chances de qualification du Ghana.
Pour les dirigeants, le choix sera aussi institutionnel. Une nouvelle nomination étrangère offrirait une expérience extérieure, mais elle risquerait de relancer le débat sur la continuité des projets. Un entraîneur ghanéen ou ouest-africain connaissant mieux le vivier local pourrait gagner du temps sur l’environnement, sans garantir pour autant une amélioration immédiate des résultats.
Les conséquences ne seront pas les mêmes pour tous les acteurs. Les cadres évoluant dans les grands championnats européens peuvent absorber plus facilement une période d’instabilité technique. Les joueurs basés au Ghana, eux, dépendent davantage de la visibilité offerte par la sélection et de la qualité de la coordination entre clubs et équipe nationale.
Les supporteurs d’Accra attendent des résultats rapides, mais la reconstruction devra aussi concerner les régions et la formation. Une sélection compétitive ne se construit pas uniquement pendant les rassemblements internationaux. Elle dépend du renouvellement des générations, de la détection et de la capacité à créer une identité de jeu durable.
Une affaire ghanéenne, un signal pour la CEDEAO
Le cas ghanéen s’inscrit dans un contexte ouest-africain très concurrentiel. La CEDEAO, communauté économique qui réunit plusieurs pays de la région, constitue aussi un espace footballistique dense, où la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Sénégal, le Mali, la Guinée et le Ghana cherchent régulièrement à s’imposer.
La proximité géographique ne réduit pas la pression. Elle l’accentue. Les confrontations régionales sont suivies par des publics qui connaissent les joueurs, les styles et les rivalités. Une défaite contre la Côte d’Ivoire ou la Gambie ne se lit donc pas comme un simple résultat comptable. Elle nourrit immédiatement les interrogations sur la préparation, la sélection des joueurs et la direction sportive.
Le Ghana conserve cependant une marge de manœuvre. La campagne de qualification est encore ouverte, mais elle ne permet plus de perdre du temps. Le prochain staff devra clarifier ses priorités, sécuriser un groupe compétitif et rétablir la confiance avant les rendez-vous de novembre.
À plus long terme, cette rupture rappelle une réalité du football africain de haut niveau : la réputation d’un entraîneur ne remplace ni la stabilité institutionnelle ni la préparation collective. Pour les Black Stars, l’enjeu consiste désormais à transformer une crise de résultats en décision structurante, sans sacrifier une nouvelle fois la continuité du projet national.