À Conakry, la fin de l’hébergement d’urgence ouvre une étape plus délicate : permettre aux familles touchées par l’éboulement de Dar-es-Salam de retrouver un toit, sans effacer la question des biens détruits. Le 29 septembre 2026, après 36 jours passés dans des centres d’accueil, les sinistrés ont quitté les écoles qui les abritaient.
Une aide pour sortir de l’urgence
Le gouvernement guinéen a annoncé une enveloppe globale de 21 millions de francs guinéens par chef de famille. Cette somme doit financer le relogement temporaire. Elle correspond à six mois de loyer calculés sur une base de 3,5 millions de francs guinéens par mois.
Le versement est prévu en deux temps. Une première tranche de 10 millions de francs guinéens a été remise le 29 septembre. Les 11 millions restants doivent être distribués dans les jours suivants, selon l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires, l’ANGUCH.
Cette aide intervient alors que près de 2 000 personnes ont quitté les centres installés notamment dans des établissements scolaires de Dixinn et de Bellevue. La rentrée scolaire imposait de libérer ces locaux. Le relogement devient donc une urgence sociale, mais aussi une condition pour que les écoles reprennent leur fonction.
Les autorités guinéennes affirment que les familles ont bénéficié, durant leur accueil, d’un hébergement, d’un suivi médical et d’une assistance alimentaire. L’ANGUCH dit également avoir recensé les ménages concernés, les propriétaires et les locataires des bâtiments détruits ou démolis.
Le bilan humain reste lié à une catastrophe transfrontalière
L’éboulement s’est produit dans la nuit du 22 au 23 août 2026, sur le site de la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, à Conakry. Le bilan officiel présenté lors des cérémonies funèbres s’élève à 36 morts.
Parmi les victimes figuraient 17 ressortissants sierra-léonais. Cette présence rappelle la dimension régionale de la catastrophe. Conakry accueille une population mobile, composée de Guinéens et de ressortissants des pays voisins. Les drames urbains peuvent donc rapidement prendre une dimension transfrontalière, notamment dans une région où les familles, les activités et les parcours migratoires dépassent les frontières nationales.
Les victimes ont été inhumées le 4 septembre au cimetière des Martyrs de Bambéto, après une cérémonie d’hommage organisée en présence de représentants guinéens et sierra-léonais. Le bilan a été communiqué par le directeur général de l’ANGUCH, Lanceï Touré, puis rapporté par plusieurs médias guinéens et internationaux.
Les propriétaires demandent une réponse distincte
Le dispositif annoncé répond d’abord à la nécessité de louer un logement. Il ne règle pas pour autant la situation des propriétaires dont les concessions ont été détruites ou démolies après le drame.
Cette distinction est importante. Un locataire doit financer son installation dans un nouveau logement. Un propriétaire, lui, peut avoir perdu une maison, une parcelle, des équipements et parfois une source de revenus. Une même enveloppe par chef de famille ne permet pas nécessairement de traiter ces pertes de manière équitable.
Des habitants réunis au sein du collectif « Dar-es-Salaam n’est pas une poubelle » demandent donc que le gouvernement précise les règles d’indemnisation. Leur inquiétude porte aussi sur les critères retenus pour distinguer les propriétaires, les locataires et les autres occupants des bâtiments concernés.
Le recensement présenté par l’ANGUCH pourrait servir de base à cette clarification. Toutefois, les autorités n’ont pas encore détaillé publiquement le calendrier, le montant ou la procédure d’une éventuelle compensation des biens détruits. Tant que ces éléments restent imprécis, la sortie des centres d’accueil ne signifie pas la fin du contentieux.
Reloger ne suffit pas à reconstruire une vie
Le défi dépasse le paiement d’un loyer. Les familles doivent retrouver un environnement stable, inscrire les enfants à l’école et reprendre leurs activités. Pour les travailleurs de l’économie informelle, souvent dépendants de la proximité entre le domicile, les marchés et les lieux de transport, un déplacement vers un autre quartier peut réduire rapidement les revenus.
La question concerne aussi la sécurité des nouveaux logements. Les familles déplacées ne peuvent pas être orientées vers d’autres zones exposées aux glissements de terrain, aux inondations ou à l’accumulation des déchets. Le choix des quartiers de relogement devra donc tenir compte de l’accès à l’eau, aux transports, aux soins et aux écoles.
À Conakry, la pression foncière complique cette équation. La capitale guinéenne concentre une grande partie des emplois, des services et des établissements scolaires. Une aide limitée dans le temps peut permettre une installation immédiate, mais elle ne garantit pas une solution durable pour les ménages qui ont perdu leur habitation.
Un test pour la gestion urbaine en Guinée
La catastrophe relance également le débat sur la gestion des déchets, l’occupation des espaces à risque et la coordination entre les administrations. L’éboulement est survenu alors qu’une opération d’évacuation et de déguerpissement du site était annoncée. Cette proximité temporelle renforce les interrogations sur la prévention et l’aménagement autour de la décharge.
Pour les autorités, la priorité immédiate est de terminer le relogement et de réhabiliter les établissements utilisés comme centres d’accueil. Pour les habitants, l’enjeu est plus large : obtenir des garanties sur la sécurité des quartiers, la reconnaissance des pertes et la transparence des décisions publiques.
Le dossier concerne enfin la coopération ouest-africaine. La Guinée et la Sierra Leone sont membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui facilite la coopération entre les pays de la région. La présence de victimes sierra-léonaises à Dar-es-Salam rappelle l’importance de mécanismes communs pour les secours, l’identification des victimes et l’assistance aux familles lors des catastrophes urbaines.
Au 1er octobre 2026, l’aide de 21 millions de francs guinéens marque donc une sortie de crise immédiate, pas un règlement complet. Les prochaines étapes seront suivies de près : versement de la seconde tranche, rentrée scolaire, relogement effectif et éventuelle indemnisation des propriétaires.