Au Maroc, le scrutin législatif du 23 septembre 2026 a déplacé le centre de gravité du pouvoir. Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête, puis sa coordinatrice, Fatima Ezzahra El Mansouri, a été chargée de former le gouvernement. La séquence ouvre une question très concrète : comment transformer une victoire électorale en majorité stable, puis en résultats visibles dans la vie quotidienne ?
Une majorité à reconstruire depuis Rabat
Le 29 septembre 2026, le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement et l’a chargée de constituer une nouvelle équipe. La décision a été annoncée par le portail officiel du Maroc. Elle devient la première femme à occuper cette fonction dans le royaume.
Cette nomination intervient après la victoire du PAM aux législatives. Le parti aurait remporté 97 sièges sur les 395 de la Chambre des représentants. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) en aurait obtenu 66, l’Istiqlal 65 et le Parti de la justice et du développement (PJD) 54. Ces résultats doivent être lus à partir des données électorales publiées après le scrutin et recoupées par plusieurs sources marocaines.
Aucun parti ne dispose donc seul de la majorité absolue. Le seuil à atteindre est fixé à 198 sièges. Une reconduction de l’alliance formée en 2021 par le PAM, le RNI et l’Istiqlal donnerait 228 sièges. Cette arithmétique assure une majorité parlementaire, mais elle ne règle pas la question de la cohérence politique.
Les premières consultations ont commencé à Rabat. Fatima Ezzahra El Mansouri a reçu des délégations du RNI et de l’Istiqlal. Le PJD, revenu au premier plan après son recul spectaculaire de 2021, reste une autre pièce du nouveau paysage parlementaire. Sa participation à l’exécutif paraît incertaine. Le parti entend plutôt s’installer dans une opposition visible, avec 54 députés.
Le précédent de 2021 pèse sur les négociations
La coalition sortante reposait déjà sur le RNI, le PAM et l’Istiqlal. Elle avait permis à Aziz Akhannouch de gouverner avec 270 sièges au début de la législature. Le nouveau rapport de force est différent. Le PAM progresse et prend la tête. Le RNI recule. L’Istiqlal conserve une position centrale, car son soutien peut faire basculer la majorité.
La discussion ne porte donc pas uniquement sur la répartition des portefeuilles. Elle concerne aussi le programme de gouvernement. Le futur exécutif devra préciser ses priorités sur l’emploi, la protection sociale, le pouvoir d’achat, l’accès aux soins et la gestion de l’eau. Ces sujets dépassent les rivalités entre formations. Ils déterminent surtout la crédibilité de la nouvelle majorité auprès des électeurs.
Le faible niveau de mobilisation constitue un autre signal. La participation au scrutin du 23 septembre est annoncée à 38 %. Ce chiffre ne suffit pas à expliquer les raisons de l’abstention. Il montre toutefois que la victoire du PAM ne peut pas être assimilée à une adhésion massive à son projet. Le gouvernement devra donc gouverner avec une exigence supplémentaire : renouer avec les citoyens qui ne se déplacent plus aux urnes.
L’emploi et le coût de la vie comme premiers tests
La nouvelle équipe sera rapidement jugée sur l’économie réelle. Le Maroc poursuit de grands projets dans les infrastructures, l’industrie, les énergies renouvelables, la logistique et le dessalement de l’eau. Mais l’investissement ne produit pas automatiquement des emplois accessibles aux jeunes, aux femmes et aux diplômés.
Les données disponibles avant le scrutin faisaient apparaître une situation contrastée. Le pays créait des emplois, tout en conservant un chômage élevé chez les 15-24 ans. Le sous-emploi concernait également une part importante de la population active. Le défi consiste donc moins à annoncer de nouveaux projets qu’à mesurer leur effet sur les revenus, les compétences et les territoires.
Les écarts sont sensibles entre Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech et les zones rurales. Les grands pôles urbains concentrent l’investissement et les services. Les régions éloignées dépendent davantage de l’agriculture, de l’économie informelle et des transferts familiaux. Une politique nationale de l’emploi ne pourra être crédible que si elle tient compte de ces différences.
La pression s’exercera aussi sur les prix. Les ménages suivent de près le coût de l’alimentation, du transport, du logement et de l’énergie. Les petites entreprises, elles, attendent un meilleur accès au financement et une simplification des démarches. La coalition devra arbitrer entre la poursuite des investissements publics et le soutien immédiat au pouvoir d’achat.
Des marges de manœuvre dans une architecture institutionnelle précise
La Constitution de 2011 renforce les pouvoirs du chef du gouvernement. Celui-ci dirige l’action de l’exécutif et préside le Conseil de gouvernement. Toutefois, le roi préside le Conseil des ministres, où sont examinées les grandes orientations stratégiques de l’État. Cette architecture impose de distinguer la direction quotidienne du gouvernement et les choix régaliens qui relèvent de la monarchie.
Fatima Ezzahra El Mansouri connaît déjà les rouages de l’exécutif. Elle a été ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, ainsi que maire de Marrakech. Son expérience peut faciliter le suivi des politiques urbaines et du logement. Elle devra néanmoins démontrer sa capacité à arbitrer entre les intérêts des partis, de l’administration et des opérateurs économiques.
La transparence des marchés publics sera observée de près. Le renforcement du Conseil de la concurrence, l’accès des petites et moyennes entreprises aux marchés, la fiscalité et la prévention des conflits d’intérêts figurent parmi les dossiers sensibles. La cheffe du gouvernement devra trouver un équilibre entre attractivité économique, contrôle public et égalité d’accès.
Le premier projet de loi de finances de la nouvelle équipe donnera un indice important sur sa méthode. Il permettra de vérifier si les promesses électorales se traduisent par des crédits, des calendriers et des mécanismes de contrôle. Une coalition peut être solide sur le papier et rester fragile dans l’exécution.
Un changement suivi au-delà des frontières marocaines
La transition politique se déroule dans un contexte régional particulier. Le Maroc ne participe pas à une organisation économique maghrébine aussi intégrée que la CEDEAO en Afrique de l’Ouest ou la SADC en Afrique australe. L’Union du Maghreb arabe reste peu active, tandis que les relations régionales demeurent marquées par des désaccords diplomatiques et des intérêts économiques concurrents.
Dans cet environnement, Rabat cherche à renforcer ses partenariats africains. Les investissements marocains dans les banques, les télécommunications, les assurances, l’agriculture et les infrastructures donnent à la politique intérieure une portée continentale. La stabilité du prochain gouvernement influencera donc aussi la continuité de ces engagements et la capacité du royaume à défendre ses priorités au sein de l’Union africaine.
La formation de la coalition constitue désormais l’échéance immédiate. Il faudra surveiller la place accordée au RNI, le poids de l’Istiqlal, l’attitude du PJD et le contenu du programme commun. Au Maroc, la réussite de cette nouvelle séquence ne se mesurera pas seulement au nombre de sièges réunis. Elle dépendra surtout de la capacité du gouvernement à restaurer la confiance, créer des emplois et rendre les grands choix économiques plus lisibles pour la population.