À Rabat, la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri ouvre une nouvelle séquence politique. Le Maroc confie pour la première fois la direction du gouvernement à une femme, dans un système où le roi conserve un rôle central et où la formation d’une majorité parlementaire reste décisive.
Une première politique, mais pas une rupture institutionnelle
Le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement mardi 29 septembre 2026, au Palais royal de Rabat. Le communiqué officiel précise qu’elle devra former le nouvel exécutif, conformément à l’article 47 de la Constitution marocaine.
Cette disposition prévoit que le souverain choisit le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Le communiqué officiel de la Maison royale présente donc la nomination comme l’application du mécanisme constitutionnel, après la victoire du Parti authenticité et modernité, le PAM.
Le scrutin législatif s’est tenu le 23 septembre. Le PAM est arrivé en tête avec 97 sièges sur 395, selon les résultats rapportés par plusieurs médias. Cette première place ne lui donne toutefois pas la majorité absolue. Fatima Ezzahra El Mansouri devra donc négocier une coalition avec d’autres formations représentées à la Chambre des représentants.
Le récit de l’Agence de presse africaine confirme le calendrier, le rôle du PAM et la mission confiée à la nouvelle cheffe du gouvernement. Des médias marocains, dont TelQuel, ont également rapporté sa réception au Palais royal et sa désignation six jours après le scrutin.
Un parcours construit entre Marrakech et le gouvernement
Fatima Ezzahra El Mansouri n’arrive pas à la tête de l’exécutif sans expérience nationale. Avocate de formation, elle a dirigé la mairie de Marrakech. Elle occupait aussi le portefeuille de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement sortant.
Elle est également coordinatrice de la direction collégiale du PAM. Cette formation, créée en 2008, se situe au centre du jeu politique marocain. Son implantation repose notamment sur des élus locaux, des cadres administratifs et une présence importante dans les grandes villes.
Son parcours combine donc trois dimensions. Il associe l’expérience municipale, la gestion ministérielle et la direction partisane. Cette trajectoire explique pourquoi sa nomination ne repose pas uniquement sur le symbole de la première femme cheffe du gouvernement.
Le choix intervient aussi dans une période où les autorités marocaines préparent d’importants chantiers d’infrastructures. Le pays doit poursuivre ses investissements liés à la Coupe du monde de football de 2030, organisée avec l’Espagne et le Portugal. Il devra également répondre aux attentes sociales liées au coût de la vie, à l’emploi et aux salaires.
Une coalition à bâtir dans un Parlement fragmenté
La prochaine étape sera politique avant d’être symbolique. Fatima Ezzahra El Mansouri doit réunir une majorité parlementaire capable de soutenir son programme. Le système électoral marocain rend difficile la domination d’un seul parti. Le gouvernement devra donc reposer sur des compromis entre plusieurs formations.
Cette négociation concernera d’abord les partis susceptibles d’entrer au gouvernement. Elle portera ensuite sur la répartition des portefeuilles, les priorités économiques et le calendrier des réformes. La nouvelle cheffe du gouvernement devra aussi maintenir la cohésion de sa propre formation, organisée autour d’une direction collégiale.
Le PAM a annoncé son intention d’ouvrir des consultations avec l’ensemble des partis politiques. Cette démarche laisse ouverte la composition de la future majorité. Plusieurs formations pourraient préférer l’opposition, tandis que d’autres chercheront à peser sur le programme gouvernemental.
Pour les Marocains, l’enjeu se mesurera surtout dans la vie quotidienne. Les ménages urbains surveilleront l’évolution des prix et l’accès à l’emploi. Dans les zones rurales, les attentes concernent davantage l’eau, les routes, les services de santé et la protection sociale. Les travailleurs de l’économie informelle resteront particulièrement exposés aux effets de l’inflation et des réformes administratives.
Les collectivités locales suivront aussi le dossier avec attention. L’expérience de Fatima Ezzahra El Mansouri à Marrakech pourrait renforcer le lien entre les politiques nationales et les besoins des villes. Elle devra toutefois gérer des intérêts différents entre métropoles, villes moyennes et territoires ruraux.
Le symbole de la représentation féminine
La nomination marque une étape importante dans l’histoire politique du Maroc. Elle place une femme à la tête de l’exécutif, après plusieurs années de progression de la représentation féminine dans les institutions et les collectivités.
Cette avancée ne règle pas, à elle seule, les écarts entre les femmes et les hommes. La présence d’une femme au sommet de l’État ne garantit ni une meilleure représentation dans les partis, ni un accès égal aux responsabilités économiques. La portée du changement dépendra donc aussi de la place accordée aux femmes dans le prochain gouvernement, dans les administrations et dans les entreprises publiques.
Le précédent tunisien avait déjà montré qu’une femme pouvait diriger un gouvernement en Afrique du Nord. La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri donne désormais au Maroc une référence politique propre, inscrite dans son histoire institutionnelle et dans son système monarchique.
Une portée maghrébine et africaine
Le changement sera observé au-delà des frontières marocaines. Le Maroc appartient à l’Union du Maghreb arabe, qui réunit aussi l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie. Cette organisation régionale, créée par le traité de Marrakech du 17 février 1989, reste peu intégrée sur le plan politique et économique, mais elle demeure un cadre de référence pour le Maghreb.
La nouvelle équipe devra aussi inscrire son action dans la politique africaine du Maroc. Rabat a renforcé ses relations avec l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et plusieurs organisations continentales. Les investissements marocains, les échanges bancaires et les projets d’infrastructures donnent à chaque changement de gouvernement une dimension régionale.
La priorité immédiate sera toutefois nationale. Il faudra surveiller la composition de la coalition, la déclaration de politique générale et les premières décisions économiques. La réussite de Fatima Ezzahra El Mansouri se mesurera moins à la portée historique de sa nomination qu’à sa capacité à transformer cette première en pouvoir gouvernemental effectif.