À Abidjan comme dans plusieurs communes ivoiriennes, la prévention cardiovasculaire cherche à sortir des seuls grands hôpitaux. En septembre 2026, des équipes médicales ont rapproché les contrôles de tension et de glycémie des habitants, dans le cadre de la Journée mondiale du cœur et du cinquantenaire de l’Institut de cardiologie d’Abidjan (ICA).

Un dépistage au plus près des habitants

Le 29 septembre 2026, une campagne de sensibilisation et de dépistage gratuit s’est tenue à Anyama. La Fondation Orange Côte d’Ivoire l’a organisée avec l’ICA et le Programme national de lutte contre les maladies métaboliques et de prévention des maladies non transmissibles. L’objectif était simple : repérer tôt les principaux facteurs de risque cardiovasculaire.

Cette opération s’inscrit dans une série d’actions menées autour des 50 ans de l’ICA. Du 8 au 11 septembre, une autre campagne organisée au Centre pilote de Port-Bouët avait permis de dépister 1 835 personnes pour l’hypertension artérielle et le diabète. Le ministère ivoirien de la Santé a présenté cette initiative comme une démarche de proximité, complémentaire de la prise en charge hospitalière.

Le dépistage ne pose pas, à lui seul, un diagnostic définitif. Il permet cependant d’identifier une tension anormalement élevée ou une glycémie préoccupante. La personne dépistée peut ensuite être orientée vers un centre de santé pour des mesures répétées, des examens complémentaires et, si nécessaire, un traitement.

L’hypertension, un risque souvent silencieux

En Côte d’Ivoire, l’hypertension artérielle représente un enjeu majeur de santé publique. Le ministère de la Santé indiquait en mai 2024 une prévalence globale de 39,9 % chez les adultes âgés de 20 à 79 ans. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec l’estimation de 35 % citée dans certaines communications : les résultats varient selon l’année, la tranche d’âge et la méthode utilisée.

L’hypertension peut progresser sans symptôme visible. Elle fragilise progressivement les artères et augmente le risque d’accident vasculaire cérébral, d’insuffisance cardiaque, d’atteinte rénale ou de maladie coronarienne. Des maux de tête, des vertiges ou des palpitations peuvent alerter. Toutefois, leur absence ne garantit pas une tension normale.

Le contrôle régulier constitue donc un outil essentiel. Il concerne les personnes âgées, mais aussi les adultes plus jeunes, notamment lorsque plusieurs facteurs sont réunis : antécédents familiaux, diabète, surpoids, tabagisme, consommation excessive de sel, alcool ou faible activité physique.

La prévention ne repose pas uniquement sur les comportements individuels. Le coût des consultations, la disponibilité des médicaments, la distance jusqu’au centre de santé et la continuité du suivi influencent directement les résultats. Ces obstacles peuvent peser davantage sur les travailleurs de l’économie informelle, les ménages modestes et les habitants éloignés d’Abidjan.

Le rôle stratégique de l’Institut de cardiologie d’Abidjan

Depuis cinq décennies, l’ICA occupe une place centrale dans la cardiologie ivoirienne. L’établissement assure des consultations spécialisées, des interventions médico-chirurgicales et la formation de professionnels de santé. Il participe aussi à la sensibilisation et au dépistage de l’hypertension, du diabète, de l’hypercholestérolémie et du tabagisme.

Son anniversaire intervient dans une période où les maladies non transmissibles prennent une place croissante dans les politiques sanitaires africaines. Ces maladies évoluent souvent sur le long terme. Elles exigent donc un suivi régulier, des médicaments disponibles et une organisation capable de relier les soins primaires aux structures spécialisées.

Pour l’ICA, les campagnes hors les murs répondent à cette logique. Elles permettent de toucher des personnes qui ne consultent pas spontanément. Elles offrent aussi un premier contact avec le système de santé à des habitants qui associent encore l’hôpital à la maladie déclarée ou à l’urgence.

La continuité reste toutefois décisive. Une tension élevée repérée lors d’une journée gratuite doit donner lieu à une confirmation médicale. Le patient doit ensuite pouvoir accéder aux médicaments, comprendre son traitement et revenir pour un contrôle. Sans ce parcours, le dépistage risque de rester un acte ponctuel.

Un enjeu qui dépasse la capitale économique

La Côte d’Ivoire dispose de deux instituts de cardiologie, à Abidjan et à Bouaké, ainsi que d’unités de prise en charge de l’hypertension et du diabète. Cette organisation peut contribuer à réduire la concentration des soins spécialisés dans la capitale économique. Elle doit cependant s’accompagner d’un renforcement des équipes et des équipements dans les autres régions.

La situation concerne aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Dans cette région, les mobilités sont fortes et les systèmes de santé affrontent des défis proches : urbanisation rapide, évolution des habitudes alimentaires, sédentarité et accès inégal aux soins. Les campagnes de proximité peuvent donc nourrir des échanges régionaux sur le dépistage et le suivi des maladies chroniques.

Cette évolution rappelle également que la santé cardiovasculaire ne se résume pas aux urgences spectaculaires. Elle se joue dans les centres de santé, les quartiers, les lieux de travail et les zones rurales. Elle dépend de décisions publiques sur les médicaments, l’alimentation, la prévention et la couverture maladie.

Après les activités de septembre 2026, le principal défi sera de transformer l’élan du cinquantenaire en dispositif durable. Pour les autorités ivoiriennes comme pour les professionnels, le prochain indicateur ne sera pas seulement le nombre de personnes dépistées. Il faudra aussi mesurer combien ont été confirmées, orientées et effectivement suivies.

L’Institut de cardiologie d’Abidjan présente ses services de consultation, ses actions de prévention et son rôle de centre de référence. Les données nationales sur l’hypertension sont également disponibles auprès du ministère ivoirien de la Santé.