Dans les régions rurales de Gambie, l’accès à l’électricité ne se joue plus seulement dans les grandes villes. Il dépend désormais de la capacité de l’État à prolonger les lignes jusqu’aux communautés éloignées, tout en garantissant une production suffisante et abordable.
Le gouvernement gambien vient de franchir une nouvelle étape dans cette stratégie. Deux contrats publics, d’un montant total d’environ 14,2 millions de dollars, doivent raccorder 241 communautés des régions de Central River et d’Upper River. L’objectif est de réduire l’écart entre la capitale, Banjul, les zones urbaines de l’ouest et l’intérieur du pays.
Un choix adapté à la géographie gambienne
La Gambie est un territoire étroit, structuré autour du fleuve Gambie et entouré par le Sénégal. Cette configuration permet, dans de nombreuses zones habitées, de prolonger le réseau national plutôt que de multiplier les installations autonomes.
Le gouvernement présente donc le raccordement au réseau comme le moyen le plus durable d’atteindre l’accès universel. Cette orientation figure dans le Compact énergétique national de la Gambie, adopté dans le cadre de l’initiative Mission 300, portée notamment par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.
Le document indique que 73,7 % de la population avait accès à l’électricité en 2024. Il précise toutefois que ce chiffre ne tenait pas encore compte de plusieurs projets achevés ou en cours de finalisation à la fin de l’année 2025. L’écart territorial reste important : l’accès dépassait 97 % dans le Grand Banjul, mais ne concernait qu’environ 45 % des habitants des zones rurales selon les données reprises dans le Compact.
Les mini-réseaux et les solutions solaires décentralisées ne sont pas abandonnés. Ils restent envisagés dans les localités où l’extension des lignes serait trop coûteuse, techniquement difficile ou incompatible avec certaines contraintes environnementales. Mais ils ne constituent pas, à ce stade, le cœur de la politique nationale.
241 communautés ciblées dans deux régions de l’intérieur
Les contrats signés le 28 septembre 2026 couvrent 148 communautés dans la région de Central River et 93 dans celle d’Upper River. Les travaux seront financés entièrement par le budget national, un choix qui distingue ce programme de plusieurs opérations récentes soutenues par des partenaires extérieurs.
Le chantier prévoit environ 377 kilomètres de lignes à moyenne tension, 248 kilomètres de réseaux à basse tension et l’installation de 219 transformateurs de distribution. Ces équipements doivent permettre d’acheminer l’électricité jusqu’aux villages, puis de la distribuer aux ménages, aux services publics et aux activités économiques locales.
Dans Central River, l’entreprise Alpha TND réalisera le lot évalué à environ 8,8 millions de dollars. Il comprend 223 kilomètres de lignes à moyenne tension, 165 kilomètres de réseaux à basse tension et 140 transformateurs.
Dans Upper River, Power Factor Limited conduira un second lot d’environ 5,35 millions de dollars. Le projet prévoit 154 kilomètres de lignes à moyenne tension, 83 kilomètres de réseaux à basse tension et 79 transformateurs pour les 93 communautés concernées.
La durée contractuelle annoncée est de 18 mois. Les autorités souhaitent cependant accélérer l’exécution afin de rapprocher la Gambie de son objectif d’accès universel avant l’échéance mondiale de 2030.
Un rattrapage rural qui dépasse la simple connexion
Pour les populations concernées, une ligne électrique ne représente pas seulement un raccordement domestique. Elle peut prolonger les horaires d’ouverture des commerces, sécuriser la conservation des produits agricoles et améliorer le fonctionnement des écoles et des structures de santé.
L’enjeu est aussi celui des petites entreprises. Dans les régions de Central River et d’Upper River, l’accès à une alimentation plus stable peut soutenir la transformation des céréales, le pompage de l’eau, la réfrigération, la soudure ou encore les services numériques. Toutefois, la connexion physique ne garantit pas automatiquement un service fiable. La qualité de la distribution, le coût du kilowattheure et la capacité des ménages à payer restent déterminants.
La compagnie nationale NAWEC, chargée de l’eau et de l’électricité, devra donc accompagner l’extension du réseau par une maintenance régulière et une meilleure planification. Les autorités ont également demandé aux entreprises de respecter les normes techniques et de recruter des jeunes dans les régions bénéficiaires.
Cette exigence répond à une difficulté fréquente des grands travaux : les communautés obtiennent une infrastructure, mais peu d’emplois durables et peu de capacités locales pour en assurer le suivi. La réussite du programme dépendra donc autant de la construction des lignes que de l’entretien des équipements.
Produire davantage et réduire la dépendance thermique
L’extension du réseau ne résout qu’une partie du problème. La Gambie doit aussi disposer d’une production suffisante pour alimenter les nouveaux usagers. Or, le système électrique reste exposé aux coûts du thermique et aux importations régionales.
Le Compact énergétique national fixe une progression de la part des renouvelables dans le bouquet de production. Elle devrait atteindre 30 % en 2030, contre 13 % en 2024 selon les données du document. La stratégie comprend notamment le développement du solaire, le renforcement des capacités de transmission et une mobilisation accrue des investissements privés.
La Gambie s’appuie déjà sur son intégration au système électrique ouest-africain. Les interconnexions régionales peuvent permettre d’importer de l’électricité lorsque la production nationale est insuffisante, mais aussi de réduire les coûts en accédant à des sources de production plus compétitives dans l’espace de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Cette dépendance régionale crée toutefois une obligation supplémentaire : moderniser le réseau national pour limiter les pertes, stabiliser la tension et absorber une production solaire variable. Sans ces investissements, les nouvelles connexions pourraient se traduire par un accès formel, mais par un service irrégulier.
Une trajectoire suivie dans toute l’Afrique de l’Ouest
Le programme gambien s’inscrit dans une dynamique régionale. En février 2026, les autorités avaient annoncé l’électrification de 719 communautés à travers plusieurs projets. Le gouvernement vise désormais un accès universel d’ici la fin de 2026, tout en reconnaissant qu’une part de la population reste encore à desservir.
La Banque mondiale a également approuvé en mai 2025 un financement de 52,6 millions de dollars pour renforcer les infrastructures de transport et d’énergie en Gambie, avec notamment le raccordement de 80 communautés rurales. Ces opérations montrent que le pays combine désormais budget national, financements concessionnels et partenariats régionaux.
Le prochain test sera double. Il faudra vérifier que les 241 communautés sont effectivement raccordées dans les délais, puis mesurer la continuité du service après la mise en tension des lignes. Pour les habitants de l’intérieur gambien, l’accès universel ne se résumera pas à voir arriver des poteaux électriques. Il se jugera à la lumière disponible chaque soir, au fonctionnement des services publics et à la possibilité de développer une activité sans dépendre d’un générateur.