À Gaza, la question n’est plus seulement celle d’un cessez-le-feu. Elle porte désormais sur les forces qui pourraient être chargées de sécuriser l’enclave, de protéger l’aide et d’accompagner une éventuelle transition politique. Dans ce dispositif encore incomplet, plusieurs pays africains apparaissent en première ligne, avec des intérêts et des marges de manœuvre très différents.

Une force annoncée, mais encore privée de calendrier précis

La Force internationale de stabilisation de Gaza s’inscrit dans le plan porté par l’administration de Donald Trump. Son principe est lié à une phase de transition : retrait progressif des forces israéliennes, désarmement des groupes armés, mise en place d’une administration palestinienne provisoire et déploiement d’unités étrangères dans les zones concernées.

Le projet reste toutefois largement à construire. Son mandat opérationnel, ses règles d’engagement et son calendrier exact ne sont pas entièrement publics. La chaîne de commandement est annoncée sous supervision américaine, tandis que la force pourrait atteindre environ 20 000 personnels, selon les déclarations de son commandement rapportées par l’Associated Press.

Un document transmis aux Nations unies indique que cinq États ont formalisé, en février 2026, leur intention de contribuer à cette force : l’Albanie, l’Indonésie, le Kazakhstan, le Kosovo et le Maroc. Cette liste ne signifie pas encore que tous les contingents sont déployés. Elle marque plutôt un engagement politique et militaire à préciser.

Le dispositif dépend aussi d’un accord plus large sur la gouvernance de Gaza. Un comité technocratique palestinien doit, selon le plan, administrer le territoire pendant une période transitoire. L’objectif affiché est de préparer le retour d’une autorité palestinienne réformée. Mais les responsabilités respectives entre cette administration, la force internationale, Israël et les acteurs palestiniens restent une source majeure d’incertitude.

Le Maroc déjà engagé, l’Ouganda autorisé à participer

Le Maroc est, à ce stade, le pays africain le plus clairement engagé. Rabat a signé, le 15 juillet 2026, un accord encadrant sa participation à la force. La contribution marocaine doit associer des responsables militaires, des personnels de police et un hôpital de campagne, selon les informations communiquées par l’administration marocaine de la défense et relayées par la presse nationale.

Ce choix prolonge une diplomatie marocaine active sur le dossier palestinien. Le royaume entretient des relations avec Israël depuis le rétablissement de ses liens diplomatiques en 2020, tout en maintenant son soutien officiel à la création d’un État palestinien. Rabat devra donc expliquer à son opinion publique et à ses partenaires arabes le rôle concret de ses soldats dans une zone où la neutralité de la mission sera scrutée.

En Ouganda, le Parlement a approuvé, le 6 août 2026, le principe d’un déploiement militaire dans le cadre de la force internationale. Le ministre de la Défense, Kiryowa Kiwanuka, a mis en avant l’expérience de l’armée ougandaise dans les opérations de maintien de la paix, notamment en Somalie.

Cette décision n’a pas fait l’unanimité à Kampala. Des parlementaires de l’opposition ont demandé quelle serait la mission exacte des soldats ougandais et contre qui ils pourraient être amenés à agir. La question est centrale : sécuriser des installations, escorter l’aide et former des forces palestiniennes ne relève pas du même mandat que désarmer un groupe armé.

Pour l’Ouganda, la participation pourrait renforcer son influence diplomatique et militaire. Elle comporte aussi des risques. Le pays est déjà engagé dans des opérations régionales complexes, notamment en Somalie. Une nouvelle mission extérieure mobiliserait des ressources supplémentaires et exposerait ses soldats à un environnement politique et sécuritaire particulièrement sensible.

Le Burundi intéressé, le Somaliland dans une zone grise

Le Burundi étudie également une contribution. Des responsables militaires burundais et ougandais se sont rendus en Israël en août pour discuter des modalités possibles d’un engagement. Aucun accord définitif n’était encore annoncé au moment de ces échanges. La prudence reste donc nécessaire : l’intérêt exprimé par Bujumbura ne vaut pas décision de déploiement.

Le Burundi dispose d’une expérience importante des missions internationales, notamment en Afrique. Ses soldats ont participé à des opérations de paix sur le continent. Cette expérience peut constituer un argument pour les promoteurs de la force. Elle ne règle toutefois pas les questions politiques : qui donnera les ordres, quelle protection juridique sera accordée aux militaires et comment éviter qu’ils soient perçus comme les instruments d’une puissance extérieure ?

Le Somaliland est aussi cité parmi les territoires susceptibles de participer au dispositif. Cette hypothèse doit être maniée avec précaution. Le Somaliland fonctionne comme une entité politique autonome dans le nord de la Somalie, mais il ne bénéficie pas d’une reconnaissance internationale pleine et entière. Une éventuelle implication soulèverait donc un problème supplémentaire de statut et pourrait provoquer une réaction de Mogadiscio.

Pour les autorités du Somaliland, une participation internationale pourrait offrir une visibilité diplomatique. Pour la Somalie, elle risquerait au contraire de conforter un acteur dont l’indépendance n’est pas reconnue. Cette dimension régionale ne peut pas être séparée du contexte sécuritaire de la Corne de l’Afrique, où les équilibres entre Mogadiscio, Hargeisa, l’Éthiopie et les partenaires internationaux restent fragiles.

Une mission africaine exposée à des attentes contradictoires

La présence de contingents africains donnerait à la force une composition moins exclusivement occidentale. Elle pourrait aussi faciliter le dialogue avec des pays arabes et musulmans, ainsi qu’avec certaines sociétés africaines très mobilisées sur la question palestinienne.

Mais cette présence ne suffira pas à garantir la légitimité de l’opération. Dans plusieurs capitales africaines, les opinions publiques suivent Gaza avec une grande attention. Elles pourraient rejeter toute mission perçue comme une participation au désarmement des Palestiniens ou comme une protection indirecte des intérêts israéliens.

La distinction entre maintien de la paix et opération de coercition sera donc déterminante. Une force chargée de surveiller un cessez-le-feu doit disposer d’un mandat accepté par les parties et d’un mécanisme indépendant de contrôle. À l’inverse, une mission appelée à imposer le désarmement entrerait rapidement dans une logique de confrontation.

Les pays africains devront aussi mesurer les effets intérieurs d’un tel engagement. Les gouvernements pourraient y voir une occasion de consolider leurs relations avec Washington, d’obtenir un soutien financier ou de valoriser leur savoir-faire militaire. Les populations, elles, jugeront surtout les pertes éventuelles, le coût budgétaire et la cohérence de la mission avec les positions officielles sur la Palestine.

Le prochain test sera celui du mandat

La question décisive n’est donc pas seulement de savoir quels pays fourniront des soldats. Elle consiste à déterminer qui contrôlera la force, dans quelles zones elle opérera et avec quelles garanties pour les civils palestiniens.

Le déploiement dépendra d’abord de la mise en œuvre de la deuxième phase du cessez-le-feu. Il faudra ensuite clarifier le retrait israélien, le désarmement des groupes armés, la place de l’administration palestinienne et le financement de la reconstruction.

Pour Rabat, Kampala et Bujumbura, l’engagement pourrait renforcer la stature internationale de leurs armées. Il pourrait aussi les placer au cœur d’une crise dont les objectifs politiques restent contestés. Tant que le mandat ne sera pas public et accepté par les principaux acteurs palestiniens, toute annonce de participation restera une promesse sous conditions.