Au Nigeria, le principal obstacle au crédit ne se situe pas toujours dans la capacité à rembourser. Il tient souvent à l’absence de garantie, d’historique bancaire ou de documents capables de rassurer les prêteurs. En un an, un mécanisme public cherche à réduire ce verrou en partageant une partie du risque avec les banques.
La National Credit Guarantee Company (NCGC), créée en mai 2025 et entrée en activité quelques semaines plus tard, a contribué à mobiliser 46,95 milliards de nairas de prêts. Le dispositif a touché 67 512 emprunteurs dans 25 États nigérians et dans le Territoire de la capitale fédérale, Abuja, d’après les chiffres communiqués en septembre 2026.
Un mécanisme conçu pour élargir l’accès au financement
La NCGC ne distribue pas directement la totalité des fonds. Elle fournit plutôt une garantie partielle aux établissements financiers. Cette couverture prend en charge une partie des pertes éventuelles si certains crédits ne sont pas remboursés.
Le principe est simple. Une banque conserve la responsabilité d’étudier le dossier, de fixer les conditions du prêt, de suivre l’emprunteur et de récupérer les échéances. La garantie publique réduit cependant son exposition au risque. Elle peut ainsi accepter des profils jusque-là écartés en raison d’un manque de garanties ou d’antécédents bancaires.
Au cours de sa première année d’activité, la NCGC a engagé 21,59 milliards de nairas en garanties. Les établissements partenaires ont accordé 46,95 milliards de nairas de crédits, soit environ 2,17 nairas de prêts pour chaque naira couvert par le dispositif public. Ces chiffres ont été rapportés par plusieurs médias nigérians, dont Premium Times et Nairametrics.
Le dispositif travaille avec 19 institutions financières. Elles comprennent 13 banques commerciales, trois banques de microfinance et trois institutions de financement du développement. Cette combinaison doit permettre de toucher à la fois les entreprises structurées, les petites activités et les emprunteurs situés en dehors des grands centres financiers.
Plus de 22 000 premiers emprunteurs formels
L’indicateur le plus significatif ne concerne pas seulement le volume des nairas mobilisés. Il porte aussi sur les personnes qui entrent pour la première fois dans le système financier formel.
Selon les données communiquées par la présidence nigériane, 33,5 % des bénéficiaires étaient de nouveaux emprunteurs formels. Cela représente plus de 22 000 personnes. Une fois enregistré, un remboursement régulier peut contribuer à créer un historique de crédit et faciliter l’accès à d’autres financements.
Cette évolution intéresse particulièrement les micro, petites et moyennes entreprises. Beaucoup d’entre elles ont une activité réelle, des clients et parfois des commandes, mais ne disposent pas d’actifs suffisants à offrir en garantie. Le manque de données financières fiables complique aussi l’évaluation de leur solvabilité.
Le dispositif reste toutefois marqué par un déséquilibre entre les hommes et les femmes. Les Nigérianes représentent 11 374 bénéficiaires, soit environ 16,8 % du total. La NCGC a donc annoncé un effort spécifique en faveur des entreprises dirigées ou détenues par des femmes, alors que celles-ci jouent un rôle important dans le commerce, les services et l’économie informelle.
La question de l’économie informelle est centrale. Dans de nombreuses villes et régions du Nigeria, les petits commerçants, artisans, agriculteurs et prestataires travaillent avec des revenus irréguliers. Ils recourent souvent à l’épargne collective, aux prêteurs privés ou au crédit fournisseur. Ces solutions peuvent être rapides, mais elles offrent rarement les mêmes possibilités d’investissement qu’un prêt bancaire adapté.
Une pièce dans la stratégie économique de Bola Tinubu
À Abuja, le gouvernement présente la NCGC comme un élément d’une stratégie plus large visant à installer une économie davantage fondée sur le crédit. L’objectif consiste à faciliter l’achat d’équipements, le renouvellement des stocks, l’exécution de commandes et le développement des petites entreprises.
Le mécanisme complète d’autres institutions publiques. Le Nigerian Consumer Credit Corporation, ou CREDICORP, cible le crédit à la consommation. Le Nigerian Education Loan Fund, appelé NELFUND, finance les études. La Bank of Industry et la Development Bank of Nigeria interviennent, pour leur part, dans le financement des entreprises et des projets productifs.
La présidence estime que les entreprises soutenues par la NCGC représentent 661 291 emplois directs et indirects. Ce chiffre doit être lu comme une estimation de l’impact associé aux activités financées, et non comme un décompte indépendant de nouveaux postes. Il devra être suivi dans le temps pour mesurer la durée réelle des emplois concernés.
Les résultats publiés montrent aussi une évolution de la méthode de financement. La NCGC utilise des garanties individuelles, mais également des garanties de portefeuille. Cette seconde formule permet à une banque de financer un ensemble de petits emprunteurs sous une couverture commune. Elle peut réduire les coûts de traitement, mais elle exige un contrôle rigoureux du portefeuille.
Le véritable test sera la qualité des remboursements
Le premier bilan est encourageant pour l’accès au crédit. Il ne permet pas encore de mesurer la solidité du modèle. La question essentielle sera celle des remboursements. Si les défauts restent maîtrisés, les banques pourraient conserver ces nouveaux segments de clientèle après la fin ou la réduction des garanties publiques.
À l’inverse, une hausse des impayés transférerait une partie du coût vers les finances publiques. Le partage du risque ne doit donc pas devenir une prise en charge automatique des mauvaises décisions de crédit. La transparence sur les critères d’éligibilité, les secteurs financés et les pertes éventuelles sera déterminante.
Pour les emprunteurs, l’accès au crédit ne suffira pas à lui seul. Le coût des prêts, la stabilité du naira, l’énergie, les transports et la demande intérieure influencent directement la capacité des entreprises à rembourser. Un financement plus disponible doit donc s’accompagner de conditions économiques permettant aux activités de se développer.
Un enjeu qui dépasse les frontières nigérianes
Le sujet intéresse toute l’Afrique de l’Ouest. Le Nigeria pèse fortement dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui cherche à renforcer les échanges régionaux et l’intégration des marchés. Des entreprises mieux financées peuvent plus facilement produire, formaliser leurs opérations et vendre au-delà de leur marché local.
Le prochain indicateur à surveiller sera donc la capacité du programme à atteindre les régions moins bancarisées, à augmenter la part des femmes bénéficiaires et à maintenir les remboursements. Le bilan de la NCGC ne se mesurera pas uniquement au montant des garanties émises, mais à la transformation durable des pratiques de financement au Nigeria.