Pour Tullow Oil, l’amélioration des flux de trésorerie ne signifie pas encore la sortie de crise. Le groupe a retrouvé un solde positif au premier semestre 2026, mais il doit toujours composer avec une dette élevée, des frais financiers lourds et plusieurs différends fiscaux au Ghana.
Un redressement visible dans les opérations
Le groupe pétrolier a généré 4 millions de dollars de trésorerie disponible entre janvier et juin 2026. Un an plus tôt, il avait enregistré une sortie de trésorerie de 188 millions de dollars. Ce retour dans le vert intervient après plusieurs exercices semestriels déficitaires, avec des flux négatifs de 205 millions de dollars en 2022, 142 millions en 2023 et 126 millions en 2024.
La trésorerie disponible correspond ici à l’argent restant après les investissements, les intérêts, les loyers de crédit-bail et les coûts liés au refinancement. Elle constitue un indicateur central pour un groupe très endetté, car elle détermine sa capacité à financer ses activités et à honorer ses échéances.
Cette amélioration repose d’abord sur la production. Tullow a produit 43 700 barils équivalents pétrole par jour au premier semestre 2026, contre 40 600 un an auparavant. L’essentiel de cette production provient des champs offshore Jubilee et TEN, situés au large du Ghana.
Les unités flottantes de production, de stockage et de déchargement, appelées FPSO, ont aussi affiché une disponibilité supérieure à 99 %. Ces navires jouent un rôle essentiel dans l’extraction et l’expédition du pétrole produit en mer.
Le prix moyen réalisé avant couverture financière a atteint 95 dollars le baril, contre 71,4 dollars au premier semestre 2025. Le chiffre d’affaires du groupe est ainsi passé de 411 millions à 496 millions de dollars sur un an.
« Nous avons livré une performance opérationnelle exceptionnelle au premier semestre 2026 », a déclaré Ian Perks, le directeur général de Tullow Oil. Cette progression reste toutefois exposée aux variations du prix du pétrole et aux contraintes techniques propres aux installations offshore.
Le Ghana au centre de la génération de liquidités
Le Ghana occupe une place déterminante dans la trajectoire financière de Tullow. Le groupe y exploite notamment Jubilee et TEN, deux actifs qui concentrent une grande partie de sa production actuelle. Leur rendement influence directement les revenus de l’entreprise, mais aussi les recettes publiques et l’approvisionnement du marché gazier ghanéen.
Au premier semestre, Tullow a récupéré 73 millions de dollars de créances gazières antérieures à 2026 auprès du gouvernement ghanéen. L’entreprise a ensuite indiqué que le solde historique avait été recouvré au 28 septembre 2026. Ces paiements réduisent la pression sur sa trésorerie et améliorent ses relations financières avec Accra.
Le gaz occupe une place stratégique pour le Ghana. Il alimente la production d’électricité et limite, lorsqu’il est disponible, le recours à des combustibles plus coûteux. Les retards de paiement peuvent donc affecter à la fois les comptes du producteur et la stabilité du secteur énergétique national.
Pour l’ensemble de l’année 2026, Tullow prévoit désormais entre 170 et 250 millions de dollars de trésorerie disponible si le prix du pétrole se situe entre 70 et 100 dollars le baril. Cette prévision demeure conditionnée par la production, les encaissements publics et le calendrier des dépenses d’investissement.
Une dette encore lourde malgré le refinancement
Le retour à une trésorerie positive ne suffit pas à rétablir les comptes du groupe. Tullow a enregistré une perte nette de 101 millions de dollars au premier semestre 2026, contre 80 millions un an plus tôt. L’augmentation s’explique notamment par 70 millions de dollars de coûts exceptionnels liés au refinancement de la dette.
La dette nette s’élevait à 1,4 milliard de dollars au 30 juin 2026, contre 1,6 milliard un an auparavant. Cette baisse constitue un progrès, mais le niveau d’endettement reste élevé par rapport aux capacités financières du groupe.
En février 2026, Tullow a obtenu le soutien de plus de 90 % des détenteurs de ses obligations garanties. L’accord a permis de remplacer des titres arrivant à échéance en mai 2026 par de nouvelles obligations arrivant à échéance le 15 novembre 2028. Il prévoit également un remboursement d’au moins 100 millions de dollars et une nouvelle facilité de préfinancement pouvant atteindre 100 millions de dollars avec Glencore.
Ce dispositif donne du temps à Tullow. En revanche, il ne supprime pas la dette. Il repousse les échéances et réorganise les paiements afin de permettre au groupe de produire davantage, d’améliorer ses flux de trésorerie et de valoriser ses actifs ghanéens.
La situation reste donc étroitement liée au calendrier financier. Tullow devra démontrer que ses actifs au Ghana peuvent générer des liquidités suffisantes avant les prochaines échéances obligataires. La hausse de la production apporte une marge de manœuvre, mais elle ne règle pas à elle seule la question du refinancement à moyen terme.
Des différends fiscaux qui restent ouverts
Le groupe fait aussi face à plusieurs réclamations de la Ghana Revenue Authority, l’administration fiscale du pays. Tullow conteste une demande de 190,5 millions de dollars liée à la déduction d’intérêts d’emprunt pour les exercices 2010 à 2020.
Une seconde demande atteint 196,5 millions de dollars. Elle concerne le traitement fiscal de sommes reçues au titre d’une assurance contre les pertes d’exploitation entre 2016 et 2019. Tullow a engagé des procédures d’arbitrage international et affirme que ces montants ne sont pas fondés.
Ces litiges ont une portée financière et institutionnelle. Pour Accra, les contrôles fiscaux visent à garantir que les activités pétrolières contribuent aux recettes publiques. Pour Tullow, l’enjeu porte sur la prévisibilité du cadre contractuel et sur le montant des obligations susceptibles de peser sur sa trésorerie.
Les discussions entre l’entreprise et les autorités ghanéennes se poursuivent parallèlement aux procédures. Un règlement négocié allégerait l’incertitude pour les deux parties. À l’inverse, une décision défavorable pourrait modifier les besoins de financement du groupe et compliquer ses projets d’investissement.
Un enjeu qui dépasse les comptes de Tullow
La trajectoire de Tullow intéresse directement le Ghana, mais elle s’inscrit aussi dans les débats de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Dans une région confrontée à des besoins énergétiques élevés, la capacité des producteurs à maintenir leurs investissements influence la disponibilité du gaz, les recettes publiques et les emplois liés aux hydrocarbures.
À Accra, la priorité consiste à préserver les revenus tirés des ressources nationales tout en sécurisant l’approvisionnement énergétique. Pour Tullow, la priorité est de transformer la performance des champs Jubilee et TEN en liquidités durables. Pour les salariés, les sous-traitants et les entreprises locales, la stabilité des opérations conditionne une partie de l’activité économique autour du secteur pétrolier.
Le prochain test sera double : maintenir la production annoncée et convertir les recettes attendues en désendettement réel. Le groupe devra également clarifier l’issue de ses différends fiscaux et respecter le calendrier du refinancement. Le Ghana dispose ainsi d’un levier important dans les discussions, car ses paiements gaziers, ses décisions fiscales et ses accords pétroliers influencent directement l’avenir financier de l’entreprise.