À quelques semaines d’une nouvelle décision sur la mission de l’ONU au Sahara occidental, le dossier des réfugiés sahraouis de Tindouf revient au centre du débat. Leur exil dure depuis plus de cinquante ans. Pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), cette durée ne peut plus être considérée comme une situation provisoire.

Un exil installé dans la durée, mais toujours sans issue politique

Le 25 septembre 2026, le Haut-Commissaire du HCR, Barham Salih, a consacré une partie de son intervention au Conseil de sécurité aux réfugiés sahraouis accueillis dans le sud-ouest de l’Algérie. Il a décrit une situation devenue « intenable » et « insoutenable », après plusieurs décennies sans règlement définitif.

La déclaration intervenait lors d’une réunion consacrée à l’état des déplacements forcés dans le monde. Selon le texte de l’intervention du HCR, plus de 117 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées de force à l’échelle mondiale. Le Soudan, le Yémen, la République démocratique du Congo et l’Ukraine figuraient parmi les crises les plus importantes évoquées devant les quinze membres du Conseil.

Le cas sahraoui occupe une place plus réduite dans les statistiques mondiales. Il reste pourtant singulier par sa longévité. Des enfants nés dans les camps sont devenus parents, tandis que plusieurs générations ont grandi sans connaître de perspective claire de retour, d’installation durable ou de réinstallation.

Le HCR défend traditionnellement trois solutions durables pour les réfugiés : le retour volontaire, l’intégration dans le pays d’accueil ou la réinstallation dans un autre pays. Dans le cas des Sahraouis, Barham Salih a insisté sur la nécessité de faire partir toute solution de leurs propres aspirations, afin qu’ils puissent effectuer des choix « éclairés et volontaires ».

Tindouf, un dossier humanitaire directement lié au conflit

Les premiers réfugiés sahraouis sont arrivés en Algérie à partir de 1975 et 1976, après le retrait de l’Espagne et l’entrée des forces marocaines et mauritaniennes au Sahara occidental. Cinq camps portent aujourd’hui les noms de villes du territoire : Laâyoune, Smara, Dakhla, Aousserd et Boujdour.

Ces camps se trouvent sur le territoire algérien, près de Tindouf, mais leur administration relève du Front Polisario. Rabat conteste cet arrangement. Alger, de son côté, considère qu’il s’agit d’un accueil humanitaire et maintient son soutien au droit des Sahraouis à l’autodétermination.

Le nombre exact de personnes vivant dans les camps demeure disputé. Aucun recensement accepté par toutes les parties n’a permis de clore la controverse. Le Programme alimentaire mondial indique toutefois assister chaque mois plus de 133 000 personnes. Les organisations humanitaires alertent aussi sur la baisse des financements et sur la dégradation des rations alimentaires.

Ces chiffres décrivent des besoins humanitaires. Ils ne peuvent pas être utilisés automatiquement pour déterminer la composition d’un éventuel corps électoral. Cette distinction est essentielle dans un dossier où les données démographiques sont liées aux revendications politiques des deux parties.

La dépendance à l’aide internationale pèse aussi différemment selon les habitants. Dans les camps, elle touche directement les familles les plus vulnérables. Elle fragilise également les activités locales, les services sociaux et les possibilités d’emploi. Les jeunes disposent de moins de marges pour construire leur avenir sans quitter la région.

La MINURSO entre mandat renouvelé et réexamen stratégique

Le calendrier diplomatique renforce la portée du message du HCR. Le Conseil de sécurité doit examiner, d’ici au 31 octobre 2026, l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO.

La résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025 a prolongé le mandat de la mission jusqu’au 31 octobre 2026. Elle a aussi demandé au secrétaire général de présenter une revue stratégique sur l’avenir de la MINURSO, en tenant compte de l’évolution des discussions politiques.

Le texte appelle les parties à négocier sur la base de la proposition marocaine d’autonomie. Il maintient toutefois la référence à une solution politique assurant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Cette formulation nourrit des lectures opposées.

Le Maroc y voit un encouragement à son plan d’autonomie. Le Front Polisario et l’Algérie insistent, eux, sur le principe du libre choix du peuple sahraoui. La résolution ne règle donc pas la contradiction centrale entre une autonomie sous souveraineté marocaine et l’hypothèse d’un processus pouvant conduire à l’indépendance.

La discussion devant le Comité spécial de la décolonisation montre que cette ambiguïté reste au cœur des débats internationaux en 2026. Plusieurs délégations africaines continuent de rappeler que le statut final du territoire ne peut être dissocié de la volonté de sa population.

Pour l’Algérie, une question humanitaire et régionale

Alger est directement impliquée dans la crise humanitaire, puisqu’elle accueille les camps depuis un demi-siècle. Mais l’enjeu dépasse largement la relation entre l’Algérie et le Maroc.

Le conflit bloque depuis des années toute relance durable de l’Union du Maghreb arabe, organisation régionale qui réunit l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie. Il pèse aussi sur la coopération économique, la circulation régionale et la coordination sécuritaire au Maghreb.

Dans cette rivalité, les populations ne subissent pas les mêmes effets. Les responsables politiques défendent des positions de principe et des intérêts stratégiques. Les habitants des camps affrontent, eux, l’incertitude quotidienne. Dans les territoires administrés par le Maroc, les investissements et les infrastructures structurent un autre modèle de développement, mais le statut politique du territoire reste contesté.

La question des ressources naturelles ajoute une dimension économique au dossier. Les phosphates de Bou Craa, la pêche atlantique et les activités agricoles autour de Dakhla sont présentés par Rabat comme des leviers de développement des « provinces du Sud ». Le Front Polisario et ses soutiens contestent l’exploitation de ces ressources sans consentement explicite du peuple sahraoui.

En octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a annulé les accords de pêche et d’agriculture conclus entre l’Union européenne et le Maroc concernant le Sahara occidental. Les juges ont distingué la population vivant sur le territoire du peuple du Sahara occidental, dont une partie importante demeure en dehors du territoire, notamment dans les camps de Tindouf.

Le prochain vote devra relier protection et solution politique

Le message de Barham Salih ne constitue pas un plan de règlement. Il fixe plutôt une limite : une solution qui laisserait durablement des dizaines de milliers de personnes dépendantes de l’aide ne pourrait pas être qualifiée de durable.

Le prochain renouvellement de la MINURSO sera donc observé au-delà de son aspect technique. Il dira si le Conseil de sécurité entend maintenir le statu quo, renforcer la pression diplomatique ou préciser le rôle futur de la mission.

Pour les Sahraouis de Tindouf, l’enjeu ne se réduit pas à la poursuite de l’aide. Il concerne aussi le droit de participer à une décision sur leur avenir. Pour l’Algérie, il touche à la sécurité du Maghreb et à la cohérence de son soutien à l’autodétermination. Pour l’Union africaine, il rappelle qu’un conflit de décolonisation non réglé continue de peser sur l’intégration régionale.

Le vote attendu avant le 31 octobre 2026 ne suffira pas à résoudre le conflit. Il permettra toutefois de mesurer si la communauté internationale traite encore les camps comme une urgence humanitaire isolée ou comme l’un des éléments centraux d’un règlement politique.