À Libreville, l’accès aux produits bancaires ne suffit plus. Encore faut-il comprendre les frais, les risques, les mécanismes d’épargne et les possibilités d’investissement. C’est sur ce terrain que le Collectif des Salariés Actionnaires du Groupe BGFIBank et l’Association Gabonaise des Usagers des Banques et Services Financiers veulent rapprocher leurs démarches.
Une rencontre autour de la culture financière
Les deux organisations ont tenu une séance de travail le 24 septembre 2026. D’après les éléments communiqués à l’issue de cette rencontre, leurs échanges ont porté sur l’éducation financière, la protection des usagers et la participation du plus grand nombre au financement de l’économie.
Le Collectif des Salariés Actionnaires du Groupe BGFIBank représente les collaborateurs détenant des parts du groupe bancaire. Il entend renforcer leur information, leur participation aux débats liés à la gouvernance et leur compréhension de l’actionnariat salarié.
L’Association Gabonaise des Usagers des Banques et Services Financiers intervient, pour sa part, sur le terrain de la défense des consommateurs. Son approche repose sur la sensibilisation, la médiation, l’information sur les produits financiers et le dialogue avec les établissements bancaires.
Cette différence de positionnement peut devenir un atout. Le CSA se situe du côté des salariés investisseurs. L’AGUB porte la voix des usagers et des consommateurs. Leur rapprochement ouvre donc un espace de discussion entre ceux qui détiennent des titres, ceux qui utilisent les services financiers et les institutions qui les proposent.
Le Gabon face au défi de l’inclusion financière
Au Gabon, comme dans d’autres économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, l’inclusion financière ne se résume pas à l’ouverture d’un compte. Elle suppose aussi que les clients puissent comparer les offres, comprendre leurs engagements et exercer leurs droits.
Le sujet concerne plusieurs publics. Les salariés cherchent à mieux organiser leur épargne. Les petites entreprises ont besoin de solutions adaptées à leur trésorerie. Les travailleurs de l’économie informelle doivent pouvoir accéder à des services sûrs et compréhensibles. Dans les régions éloignées de Libreville, la distance avec les agences et le manque d’information peuvent encore compliquer ces démarches.
La pédagogie financière répond également à un enjeu de confiance. Un client qui comprend les conditions d’un crédit, le fonctionnement d’un compte ou la différence entre une action et un placement à revenu fixe prend des décisions plus éclairées. De même, un investisseur mieux informé mesure plus clairement les gains possibles, les frais et les risques de perte.
Dans cette perspective, l’AGUB met en avant ses actions de vulgarisation, ses enquêtes de satisfaction et le Salon de l’Éducation Financière organisé au Gabon. L’association souhaite ainsi rendre les mécanismes financiers moins complexes pour le public.
La BVMAC donne une actualité particulière aux échanges
La rencontre intervient alors que BGFI Holding Corporation poursuit son ouverture du capital sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale, la BVMAC. La première phase a conduit à la première cotation de la holding le 7 mai 2026 à Douala. Selon les données publiées par la BVMAC, cette opération a porté la capitalisation du marché de 479,4 milliards à environ 1 710 milliards de francs CFA.
Une deuxième phase a été lancée le 15 septembre 2026. Elle prévoit l’émission de 1 006 975 actions nouvelles au prix de 80 000 francs CFA par action, pour une période de souscription allant jusqu’au 15 octobre 2026. Cette opération vise à accroître la part du capital détenue par le public.
Les informations disponibles indiquent que la première phase avait permis de mobiliser plus de 45,3 milliards de francs CFA auprès de plusieurs milliers de souscripteurs. La nouvelle tranche doit, elle, contribuer à faire progresser la participation du public au capital de BGFI Holding Corporation. Ces données ont été relayées par la BVMAC, le groupe BGFIBank et plusieurs médias économiques de la sous-région.
Le contexte donne une portée concrète au projet de partenariat entre le CSA et l’AGUB. Une opération boursière ne peut atteindre un large public que si les investisseurs comprennent les modalités de souscription, la nature des titres, les risques liés au marché et les droits attachés aux actions.
Former avant d’investir
Les deux organisations envisagent des actions communes de sensibilisation, de formation et de partage d’expertise. Elles pourraient notamment organiser des sessions consacrées au fonctionnement de la BVMAC, à l’actionnariat salarié et aux obligations des prestataires de services financiers.
La priorité sera de distinguer l’information financière de la promotion commerciale. Une séance d’éducation financière doit présenter les opportunités, mais aussi les limites et les risques. Elle doit expliquer qu’une action n’offre pas un rendement garanti et que sa valeur peut évoluer à la hausse comme à la baisse.
Le même principe vaut pour le crédit. Les usagers doivent connaître le coût total d’un emprunt, les pénalités éventuelles, les garanties demandées et les conséquences d’un défaut de paiement. Cette transparence protège les clients et contribue, à terme, à une relation plus saine avec les banques.
Pour les salariés actionnaires, l’enjeu est double. Ils peuvent participer à la croissance du groupe auquel ils appartiennent. Toutefois, ils doivent aussi éviter de concentrer toute leur épargne sur un seul titre ou sur un seul secteur. La diversification reste une règle centrale de la gestion du risque.
Un partenariat à inscrire dans la durée
À l’issue des échanges, le CSA et l’AGUB ont exprimé leur volonté de formaliser un cadre de coopération. Les prochaines étapes devraient préciser les thèmes de formation, les publics visés, les intervenants et le calendrier des activités.
Le résultat se mesurera moins au nombre de réunions qu’à la capacité de ces initiatives à atteindre les usagers. Les salariés des banques ne sont pas les seuls concernés. Les étudiants, les petites entreprises, les associations, les commerçants et les épargnants des villes secondaires doivent également pouvoir accéder à une information claire.
À l’échelle de la CEMAC, cette démarche accompagne la montée en puissance du marché financier régional. La BVMAC cherche à attirer davantage d’émetteurs et d’investisseurs. Pour y parvenir, elle doit disposer d’un public capable de comprendre les instruments proposés et de suivre la vie des sociétés cotées.
Le calendrier de la deuxième phase de l’ouverture du capital de BGFI Holding Corporation, qui court jusqu’au 15 octobre 2026, constituera un premier rendez-vous. Il permettra d’observer la profondeur de la demande et la capacité des acteurs gabonais à élargir l’accès à l’investissement. Au-delà de cette opération, le véritable enjeu reste la construction d’une confiance durable entre banques, investisseurs et usagers.