Sur le lac Kivu, le trajet quotidien entre l’île d’Idjwi et les rives du Sud-Kivu peut rapidement devenir une épreuve de survie. Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 septembre 2026, une embarcation motorisée a sombré alors qu’elle transportait des passagers, des marchandises et des vendeurs de petits poissons. Au moins douze corps ont été repêchés. Plusieurs personnes restent recherchées.

À Idjwi, un bilan encore incomplet

Le naufrage s’est produit dans le groupement de Nyakalengwa, dans le territoire d’Idjwi, au Sud-Kivu. L’embarcation venait de Bukavu et se dirigeait vers le nord de l’île, selon des informations recueillies par Actualite.cd.

Le bilan communiqué reste provisoire. Bienfait Shamanvu, membre du mouvement citoyen OBAPG, a fait état d’au moins douze morts. L’administrateur du territoire d’Idjwi, Pascal Ntambuka, a confirmé ce décompte. Des sources locales mentionnent aussi cinq rescapés, tandis qu’un reportage de l’Associated Press évoque une quinzaine de personnes secourues.

Cette différence ne permet pas encore d’établir le nombre exact de passagers à bord. Les autorités ne disposent pas, à ce stade, d’une liste complète des occupants. Dans ce type d’accident, le bilan évolue souvent au fil des recherches, de l’identification des corps et des témoignages des survivants.

Les opérations de secours se poursuivent sur le lac. Des habitants, des pêcheurs et des proches participent aux recherches. Sur les berges, l’attente reste particulièrement difficile pour les familles qui ignorent encore si leurs parents ont survécu, disparu ou figurent parmi les victimes repêchées.

Des causes encore à établir

Les circonstances précises du naufrage n’ont pas encore été établies. Des témoignages locaux évoquent l’état de l’embarcation et de fortes vagues après une pluie. Ces éléments restent à vérifier par une enquête officielle.

La surcharge constitue toutefois un risque régulièrement signalé sur les voies navigables de la République démocratique du Congo. Les bateaux transportent souvent des passagers, des sacs de marchandises et des produits de pêche dans un espace limité. Le port du gilet de sauvetage demeure également irrégulier, tandis que les contrôles avant le départ ne couvrent pas toujours l’état de la coque, la capacité de charge ou la présence d’un manifeste fiable.

Ces failles ne relèvent pas seulement du comportement des transporteurs. Elles renvoient aussi au manque d’infrastructures portuaires, à l’insuffisance des moyens de surveillance et à l’absence d’alternatives terrestres dans plusieurs zones riveraines. Pour les habitants d’Idjwi, le lac Kivu est à la fois une voie commerciale, un espace de pêche et le principal lien avec Bukavu ou les autres centres urbains du Sud-Kivu.

Une interdiction générale de naviguer ne réglerait donc pas le problème. Elle risquerait surtout d’isoler les populations insulaires et de renchérir le transport des produits alimentaires. L’enjeu consiste plutôt à rendre les traversées plus sûres, avec des embarcations adaptées, des contrôles réguliers, des équipements de secours et une information météo accessible aux équipages.

Le lac Tanganyika touché quelques jours plus tôt

Le drame d’Idjwi survient moins d’une semaine après le naufrage du MV MJP, le mercredi 23 septembre 2026, sur le lac Tanganyika. Le navire effectuait la liaison entre Kigoma, en Tanzanie, et Kalemie, dans la province congolaise du Tanganyika.

Le bateau a chaviré près de Mapera, au large de Kabimba. Selon 7sur7.cd, le ministre provincial des Transports a ensuite fait état de 43 rescapés et de 41 personnes portées disparues. Un premier bilan, communiqué dans les heures précédentes, mentionnait 36 survivants et 39 disparus.

Cette évolution illustre la difficulté d’établir rapidement un décompte fiable lorsque le manifeste de bord est incomplet ou que des passagers ne sont pas enregistrés. Elle rappelle aussi le rôle essentiel des pêcheurs locaux, souvent parmi les premiers à intervenir lorsque les moyens spécialisés de secours sont éloignés.

Le MV MJP assurait une liaison transfrontalière importante entre la Tanzanie et la République démocratique du Congo. Le lac Tanganyika ne sépare pas seulement des territoires. Il relie des marchés, des familles et des réseaux d’approvisionnement entre plusieurs pays de la région des Grands Lacs. Un accident sur cette route affecte donc les échanges au-delà de la seule province du Tanganyika.

Un problème national, avec des effets très concrets

Les naufrages récents sur le lac Kivu, le lac Tanganyika, le Kwilu et d’autres cours d’eau congolais montrent une vulnérabilité qui dépasse le seul Sud-Kivu. En avril 2026, un accident sur le lac Kivu avait déjà fait au moins deux morts et une vingtaine de disparus, selon des informations rapportées par la presse locale. La même période avait été marquée par un autre naufrage meurtrier sur le lac Tanganyika.

Chaque accident produit des conséquences qui vont au-delà du bilan humain. Les familles perdent parfois leur principal soutien économique. Les commerçants voient disparaître leurs marchandises. Les pêcheurs interrompent leur activité. Dans les zones rurales, une traversée interrompue peut aussi retarder l’accès aux soins, à l’école ou aux marchés.

Les femmes qui vendent du poisson et des produits agricoles sont particulièrement exposées lorsque les cargaisons disparaissent. Les petits transporteurs, eux, supportent directement le coût des réparations ou du remplacement d’une embarcation. Dans les capitales provinciales, ces drames restent souvent perçus comme des accidents isolés. Sur les rives, ils bouleversent pourtant toute une économie locale.

La société civile congolaise et plusieurs médias alertent depuis des années sur les mêmes facteurs : surcharge, navigation nocturne, équipements de sécurité insuffisants, contrôles irréguliers et conditions météorologiques difficiles. La répétition de ces alertes pose désormais la question du suivi des recommandations et de la responsabilité des services chargés de la navigation intérieure.

La sécurité des lacs, un enjeu régional

La République démocratique du Congo appartient à l’espace des Grands Lacs, où les frontières administratives ne correspondent pas aux routes de transport. Le lac Kivu concerne aussi le Rwanda. Le lac Tanganyika relie la RDC, la Tanzanie, le Burundi et la Zambie. La sécurité des embarcations exige donc une coopération entre autorités locales, services portuaires et pays riverains.

Pour Kinshasa, la priorité consiste à renforcer les règles nationales sans couper les populations de leurs moyens de déplacement. Cela suppose notamment des registres de passagers mieux tenus, des inspections avant départ, des gilets disponibles à bord et des procédures de secours coordonnées entre provinces.

Le naufrage d’Idjwi remet ainsi en lumière une urgence très concrète : sur les lacs congolais, la mobilité quotidienne ne peut plus dépendre uniquement de la prudence individuelle. Tant que les recherches resteront limitées par le manque de moyens et que les embarcations partiront sans contrôle suffisamment rigoureux, chaque traversée continuera de porter un risque disproportionné pour les Congolais qui n’ont souvent pas d’autre itinéraire.