Au Mali, la question n’est plus seulement de savoir si l’armée peut reprendre une position. Elle est désormais de mesurer sa capacité à la conserver, à protéger ses soldats et à maintenir les axes qui relient les régions à Bamako.

Les attaques de septembre 2026 dans le centre du pays ont remis cette difficulté au premier plan. En quelques jours, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, ou JNIM, a frappé une base à Dioura, des positions à Konna et l’aéroport militaire de Sévaré. Cette séquence intervient après la perte de Kidal au printemps et alors que les forces maliennes combattent avec l’appui de l’Africa Corps russe.

Une série d’attaques contre les points d’appui du centre

Le 10 septembre, des combattants du JNIM ont attaqué le camp militaire de Dioura, dans la région de Mopti. L’armée malienne a confirmé l’opération et annoncé une riposte aéroterrestre. Elle n’a toutefois pas publié de bilan détaillé de ses pertes.

Des sources militaires, sécuritaires et locales citées par plusieurs médias font état d’au moins 100 soldats maliens tués. Cinq membres de l’Africa Corps auraient également péri, selon des informations rapportées par l’Agence France-Presse. L’Associated Press a confirmé la gravité de l’attaque, tout en soulignant que les chiffres avancés par les différents camps ne pouvaient pas être vérifiés de manière indépendante.

Le JNIM revendique un bilan plus élevé et affirme avoir capturé des dizaines de militaires. Le groupe a diffusé des images montrant des prisonniers et du matériel présenté comme saisi dans la base. Ces déclarations relèvent de sa communication de guerre. Elles ne peuvent donc pas être considérées comme un bilan établi.

Le fait le mieux documenté reste l’ampleur du revers. La garnison a été submergée et une partie de son armement aurait été emportée. Les images diffusées montrent notamment des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des mortiers, des lance-roquettes, des munitions et des véhicules. Cette perte dépasse le simple incident tactique. Elle touche la capacité de l’armée à tenir une position isolée dans une zone rurale difficile à ravitailler.

Quatre jours plus tard, le JNIM a visé Konna et l’aéroport de Sévaré. Cette infrastructure constitue un important nœud militaire du centre du Mali. Des aéronefs maliens y sont stationnés. Des éléments de l’Africa Corps y sont également présents.

Les attaques auraient impliqué des drones chargés d’explosifs et des tirs visant le secteur de l’aéroport. Des sources citées par la presse internationale ont fait état de militaires maliens et de combattants russes blessés. Le JNIM a, de son côté, revendiqué des pertes importantes infligées aux forces présentes à Sévaré et Konna. Là encore, les chiffres avancés par le groupe restent invérifiables.

Le partenariat avec Moscou confronté à l’épreuve du terrain

Depuis 2021, les autorités de transition maliennes ont progressivement renforcé leur coopération militaire avec la Russie. Le départ des forces françaises, puis celui de la Mission des Nations unies, a laissé l’armée malienne au centre du dispositif sécuritaire. Wagner a ensuite été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous la tutelle du ministère russe de la Défense.

Ce changement devait offrir à Bamako un soutien plus intégré. L’Africa Corps apporte du personnel, de la formation, des moyens aériens, des blindés et de l’artillerie. Des estimations citées par plusieurs analyses évaluent sa présence au Mali à environ 2 000 ou 2 500 hommes.

Pourtant, l’équipement ne règle pas à lui seul le problème du contrôle territorial. Les attaques de Dioura et de Sévaré montrent que le JNIM conserve une capacité de concentration, de renseignement et de mobilité. Le groupe peut frapper une garnison, attaquer un site aérien et se replier dans un environnement où l’État reste peu présent.

La situation rappelle aussi la fragilité des gains militaires annoncés. En novembre 2023, la reprise de Kidal avait été présentée comme un symbole du retour de l’autorité de Bamako dans le nord. En avril 2026, la ville est repassée sous le contrôle du Front de libération de l’Azawad, dans le cadre d’une offensive menée avec le JNIM contre les positions gouvernementales.

Le retrait d’un important contingent de l’Africa Corps de Kidal a renforcé la portée politique de cet épisode. Il montre qu’une victoire militaire peut rester réversible lorsque les forces déployées ne disposent pas de relais administratifs, de soutien local durable et de lignes logistiques suffisamment protégées.

Les civils au centre d’un autre bilan

La question de l’efficacité sécuritaire ne se limite pas aux pertes militaires. Elle concerne aussi la protection des habitants dans les zones d’opérations.

Human Rights Watch affirme que neuf civils, dont quatre enfants, ont été tués à Bombori, dans la région de Mopti, lors d’une opération menée en juillet par des membres de l’Africa Corps accompagnés de soldats maliens. L’organisation dit avoir interrogé des témoins, des responsables communautaires et des acteurs de la société civile. Selon ces témoignages, des habitants auraient été abattus, battus ou déplacés, tandis que des maisons auraient été incendiées.

Dans un autre dossier, l’organisation affirme que huit civils, dont trois enfants, ont été tués le 15 juin à Kyrnia par une frappe aérienne. Des éléments recueillis par Human Rights Watch, notamment des images satellites, indiquent l’impact de munitions larguées par avion. L’organisation identifie l’appareil comme un Soukhoï Su-24 utilisé par l’Africa Corps, tout en rappelant que des combattants du JNIM se trouvaient dans la zone.

Ces accusations doivent être examinées par des enquêtes indépendantes. Elles illustrent toutefois un risque majeur pour Bamako. Une campagne de reconquête ne peut produire une autorité durable si les populations associent les opérations de l’État à l’insécurité, aux abus ou à l’absence d’information.

Une crise qui dépasse les frontières maliennes

Le JNIM ne cherche pas seulement à attaquer des camps. Depuis plusieurs années, le groupe exerce aussi une pression sur les routes commerciales et les corridors reliant le Mali aux ports de la façade atlantique.

Cette dynamique concerne directement la Côte d’Ivoire. Le corridor Abidjan-Bamako transporte des carburants, des produits alimentaires et des marchandises importées. Il dessert une économie malienne largement dépendante des échanges régionaux. Toute perturbation durable renchérit les coûts dans les villes, ralentit l’activité des entreprises et affecte aussi les commerçants et transporteurs de l’économie informelle.

La dégradation sécuritaire intéresse donc la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ou CEDEAO, même si le Mali s’en est retiré avec le Burkina Faso et le Niger pour former l’Alliance des États du Sahel. Les frontières politiques n’effacent ni les flux commerciaux ni la circulation des groupes armés.

Pour Bamako, le prochain enjeu sera de transformer les moyens militaires disponibles en contrôle durable. Cela suppose de sécuriser les bases, les routes et les populations. Les attaques de septembre montrent surtout qu’une présence étrangère plus importante ne garantit pas, à elle seule, la stabilité du territoire malien.