À Ekurhuleni, dans le Gauteng, les familles attendent des réponses tandis que les enquêteurs tentent de comprendre une série de morts qui inquiète toute l’Afrique du Sud. Un nouveau corps retrouvé à Tembisa, à l’est de Johannesburg, pourrait porter à dix le nombre de femmes découvertes mortes dans cette municipalité depuis juillet 2026.
Une enquête élargie dans l’est de Johannesburg
La police sud-africaine a confirmé la découverte d’un corps samedi à Tembisa. La porte-parole de la police, la brigadière Brenda Muridili, a indiqué que les équipes chargées de la scène de crime se trouvaient sur place. Elle n’a pas communiqué l’identité de la victime ni les circonstances précises de sa mort.
Des médias locaux ont rapporté que le corps aurait été retrouvé dans un cimetière et partiellement dévêtu. Ces éléments doivent toutefois encore être établis par les enquêteurs et les examens médico-légaux. La police n’a pas confirmé publiquement l’ensemble de ces détails.
Cette découverte intervient après une série de neuf morts déjà recensées à Ekurhuleni depuis juillet. Les victimes, pour la plupart âgées d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, ont été retrouvées dans plusieurs secteurs de la municipalité, notamment à Kempton Park, Olifantsfontein, KwaThema et Boksburg.
Les autorités examinent les similitudes entre les dossiers. Plusieurs corps ont été découverts dans des espaces ouverts, parfois près d’axes routiers. Dans certains cas, les victimes étaient dénudées ou portaient des traces de violences. Ces ressemblances ont conduit la police à vérifier l’hypothèse d’un lien entre les affaires, sans conclure à ce stade à l’existence d’un tueur en série.
Des arrestations, mais aucun lien établi entre les affaires
La première victime de cette série a été retrouvée le 17 juillet, nue et attachée avec des liens en plastique, selon les informations communiquées par la police. Un homme présenté comme proche de la victime a été arrêté dans le cadre de cette affaire. Les enquêteurs n’ont cependant pas établi de relation entre ce dossier et les autres décès.
Dans une autre affaire, deux femmes âgées de 31 et 38 ans ont comparu devant le tribunal de première instance de Boksburg le 21 septembre. Elles sont poursuivies pour le meurtre d’une femme dont le corps avait été découvert à Dawn Park, dans la municipalité d’Ekurhuleni.
Un troisième homme interpellé au même moment a ensuite été libéré sans être inculpé. La police a précisé que les deux femmes poursuivies n’étaient pas, à ce stade, reliées aux huit autres décès examinés dans la région. La justice doit encore se prononcer sur leur demande de remise en liberté.
Les enquêteurs privilégient dans ce dossier une piste liée à un différend sentimental. Cette hypothèse concerne une affaire précise. Elle ne permet pas d’expliquer l’ensemble des morts recensées à Ekurhuleni.
Le ministre sud-africain de la Police, Firoz Cachalia, a déclaré qu’aucune preuve concluante ne permettait encore d’affirmer qu’un tueur en série était à l’œuvre. Les services spécialisés dans l’analyse psychologique des crimes violents participent néanmoins aux investigations. Cette mobilisation traduit la gravité des inquiétudes, sans préjuger de l’issue judiciaire.
La violence contre les femmes reste une urgence nationale
En Afrique du Sud, cette série ravive une question déjà ancienne : celle de la sécurité des femmes dans les espaces publics, les quartiers résidentiels et les transports. Les proches des victimes dénoncent souvent des recherches trop lentes, une coordination insuffisante et un manque d’informations pendant les premières heures suivant une disparition.
Le phénomène touche différemment les habitants. Dans les zones urbaines fortement peuplées, les familles disposent parfois de réseaux communautaires capables de diffuser rapidement un signalement. Dans les quartiers plus éloignés ou moins desservis, l’accès aux commissariats, aux transports et aux services d’urgence peut être plus difficile.
Les violences concernent aussi bien les ménages modestes que les catégories plus aisées. Toutefois, les femmes qui dépendent des transports collectifs, travaillent de nuit ou vivent dans des secteurs mal éclairés sont davantage exposées à certains risques. Les restrictions imposées par la peur pèsent ensuite sur l’accès à l’emploi, aux études et aux activités sociales.
Le gouvernement sud-africain a déjà présenté plusieurs plans contre les violences fondées sur le genre et le féminicide. En novembre 2025, les autorités ont classé ces violences comme une catastrophe nationale. Cette décision a renforcé la pression sur les institutions, mais elle n’a pas supprimé les difficultés liées aux enquêtes, au dépôt de plainte et à la protection des victimes.
Les organisations de défense des droits des femmes demandent notamment un meilleur suivi des plaintes, des services médico-légaux plus rapides et une prise en charge durable des survivantes. Elles rappellent aussi que les homicides ne représentent qu’une partie du problème. Les agressions sexuelles, les violences conjugales et les disparitions non résolues forment un continuum qui exige des réponses judiciaires et sociales.
Un enjeu pour Ekurhuleni et pour l’Afrique australe
Ekurhuleni est l’une des grandes métropoles industrielles du Gauteng. Elle se trouve dans une région densément peuplée, connectée à Johannesburg et à Pretoria par de nombreux axes routiers. Cette proximité facilite les déplacements, mais elle complexifie aussi le travail des enquêteurs lorsque plusieurs scènes de crime se trouvent dans des zones différentes.
La municipalité est intégrée à l’espace de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui regroupe plusieurs pays de la région autour de la coopération économique et politique. La lutte contre les violences faites aux femmes dépasse donc le cadre sud-africain. Elle concerne également les politiques de prévention, l’échange de pratiques judiciaires et la protection des personnes qui se déplacent entre les pays d’Afrique australe.
Pour les habitants, la priorité reste immédiate : identifier les victimes, informer les familles et déterminer les responsabilités dans chaque dossier. La police devra aussi préciser si les dix morts signalées relèvent d’une même série ou de crimes distincts.
Les prochaines étapes seront suivies de près : résultats des examens médico-légaux, nouvelles arrestations, décisions des tribunaux et éventuelle publication d’un bilan consolidé par les autorités. Tant que ces éléments ne sont pas établis, parler d’un tueur en série serait prématuré. Mais l’accumulation des décès impose déjà une réponse coordonnée, transparente et centrée sur la sécurité des femmes.