À Tema, le principal centre portuaire du Ghana, la question n’est plus seulement de savoir comment une cargaison de cocaïne a quitté le pays. Elle porte désormais sur les contrôles, la coordination entre services et la capacité de l’État à empêcher que ses infrastructures commerciales soient utilisées par des réseaux transnationaux.

Une saisie en France qui ramène l’enquête à Tema

Le 7 septembre 2026, les douanes françaises ont découvert près de 3,9 tonnes de cocaïne dans un conteneur arrivé au port de Dunkerque. La marchandise était dissimulée dans des déchets plastiques. Les agents ont trouvé 167 ballots, pour une valeur estimée à environ 225 millions d’euros sur le marché illicite.

Le conteneur provenait du Ghana. Il devait ensuite rejoindre la Belgique, avec le port d’Anvers comme destination annoncée. La saisie a été confirmée par le parquet national français chargé de la criminalité organisée et par les services douaniers français. Les premières informations françaises sur la saisie à Dunkerque évoquent une opération menée après le ciblage du conteneur par un chien spécialisé, puis par un scanner mobile à rayons X.

Au Ghana, l’enquête s’est rapidement concentrée sur la préparation et le passage du conteneur. Plusieurs personnes ont été interpellées. La matière judiciaire disponible fait état de six prévenus présentés devant la justice, dont quatre agents rattachés aux services douaniers. Les responsabilités individuelles devront toutefois être établies par le tribunal. Une arrestation ou une mise en accusation ne constitue pas une condamnation.

Les avocats des suspects affirment que leurs clients ont coopéré avec les enquêteurs. Ils ont demandé leur remise en liberté. La justice ghanéenne doit examiner cette demande le 29 septembre 2026, selon les éléments transmis dans le dossier.

Le contrôle des conteneurs au centre du débat

Le dossier relance une controverse sur le rôle de la Narcotics Control Commission, connue sous le sigle NACOC. Cette institution ghanéenne est chargée de lutter contre le trafic et la consommation de stupéfiants. Elle dispose notamment d’unités présentes dans les ports, aux frontières et dans les aéroports.

La NACOC indique officiellement participer aux opérations portuaires à travers plusieurs dispositifs. Ils comprennent l’unité du port de Tema et une unité de contrôle conjoint, chargée de travailler avec d’autres administrations. La présentation officielle des opérations de la NACOC dans les ports décrit un système fondé sur le renseignement, la surveillance et les contrôles ciblés.

James Agalga, chef de la majorité parlementaire, affirme cependant qu’une décision prise en 2018 a réduit la participation systématique de la NACOC aux inspections physiques des conteneurs. Selon lui, cette évolution aurait créé une faille dans la chaîne de contrôle. Il soutient que la commission a depuis été réintégrée dans les inspections conjointes menées dans les ports.

Cette version doit encore être documentée par les conclusions de l’enquête et par les décisions administratives concernées. Elle met néanmoins en lumière un problème classique dans la lutte contre le trafic maritime : la multiplication des services ne garantit pas, à elle seule, une meilleure sécurité. Tout dépend du partage de l’information, de la traçabilité des décisions et de l’indépendance des agents chargés des vérifications.

Le gouvernement mise sur des effectifs supplémentaires

Face aux interrogations sur les contrôles portuaires, la majorité parlementaire a annoncé que le président John Mahama avait autorisé le recrutement de 1 200 agents supplémentaires pour renforcer la NACOC. Cette annonce n’a pas encore été accompagnée, dans les sources consultées, d’un calendrier public détaillé, d’un budget précis ou d’une répartition officielle des postes.

Le renforcement des effectifs peut répondre à un besoin réel. Les ports ghanéens traitent un volume important de marchandises et constituent des points de passage essentiels pour l’économie nationale. Mais le nombre d’agents ne suffira pas si les scanners ne sont pas disponibles, si les images ne sont pas correctement exploitées ou si les alertes ne déclenchent pas une inspection complémentaire.

Le débat porte aussi sur la justice. James Agalga a évoqué la création d’une juridiction spécialisée dans les affaires de drogue. Un tel dispositif pourrait accélérer le traitement des dossiers complexes. Il devra toutefois garantir les droits de la défense, la protection des témoins et l’examen contradictoire des preuves, notamment dans les affaires impliquant des agents publics.

Un enjeu qui dépasse les frontières ghanéennes

Le Ghana occupe une position importante dans les échanges maritimes du golfe de Guinée. Tema est relié à des chaînes logistiques qui desservent l’Afrique de l’Ouest et les marchés européens. Cette ouverture commerciale soutient les importations et les exportations. Elle expose aussi les infrastructures à des réseaux qui cherchent à dissimuler des produits illicites dans des cargaisons ordinaires.

La saisie de Dunkerque illustre cette dimension régionale. Le produit a été chargé au Ghana, intercepté en France et devait rejoindre la Belgique. L’enquête implique donc plusieurs administrations nationales et exige des échanges rapides entre services douaniers, police judiciaire et autorités portuaires.

Pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui coordonne une partie des politiques régionales, le dossier rappelle l’importance du partage de renseignements entre ports et frontières. Les réseaux criminels utilisent les différences de procédures entre pays. Les États de la région ont donc intérêt à harmoniser les contrôles sans ralentir inutilement le commerce légal.

Pour les Ghanéens, l’enjeu est double. Il s’agit de protéger la réputation des ports et la confiance dans les institutions. Il faut aussi éviter que la réponse publique se limite à une démonstration sécuritaire. Les contrôles doivent viser les réseaux, leurs financements et leurs complicités éventuelles, tout en distinguant les agents mis en cause des administrations auxquelles ils appartiennent.

Les prochaines étapes seront décisives : décisions judiciaires concernant les prévenus, résultats des investigations sur les images des scanners de Tema, clarification du recrutement annoncé et éventuelle création d’une juridiction spécialisée. Elles permettront de mesurer si l’affaire débouche sur une réforme durable ou sur une réaction limitée à une saisie spectaculaire.