À Bacongo, dans le sud de Brazzaville, un bâtiment doit bientôt devenir l’un des points sensibles de la transformation numérique du Congo. Sa mission sera simple en apparence : conserver, protéger et traiter les données de l’État sur le territoire national. Mais son calendrier montre aussi les difficultés concrètes d’un grand chantier numérique, entre financement, énergie et exigences techniques.

Un chantier stratégique pour le Congo

Le data center national est construit dans le cadre du projet Central Africa Backbone, ou CAB. Cette initiative vise à renforcer les liaisons numériques en Afrique centrale grâce à la fibre optique et à des infrastructures capables d’héberger les services numériques.

Dans sa composante congolaise, le projet représente un financement global de 66,55 millions d’euros. La Banque africaine de développement apporte 52,47 millions d’euros, tandis que l’État congolais contribue à hauteur de 14,5 millions d’euros. Environ 13,8 millions d’euros sont destinés à la construction et à l’opérationnalisation du data center national.

Le projet comprend également plus de 600 kilomètres de fibre optique. Ces liaisons relient le Congo au Cameroun et à la République centrafricaine. Elles forment un corridor numérique régional, auquel le centre de données doit apporter un point d’hébergement national.

Le site de Bacongo occupe l’ancien emplacement de l’Union africaine des postes et télécommunications. Le bâtiment compte trois niveaux et un sous-sol. Il doit accueillir des salles de serveurs, des espaces de contrôle et de supervision, ainsi que les équipements nécessaires à l’alimentation électrique et au refroidissement.

Des échéances repoussées à plusieurs reprises

Le calendrier initial prévoyait une livraison en décembre 2024, alors que l’avancement du génie civil atteignait environ 60 % en mai de la même année, selon la Banque africaine de développement.

La mise en service a ensuite été annoncée pour novembre 2025. Le chantier a toutefois pris du retard. Les difficultés ont notamment concerné la mobilisation de la dernière tranche de financement et l’installation des équipements indispensables au fonctionnement du site.

En juin 2025, la Banque africaine de développement indiquait que les travaux avaient atteint 90 %. Le coordonnateur du projet CAB, Michel Ngakala, précisait alors que les générateurs, les transformateurs et les régulateurs de tension étaient installés. Les salles de serveurs et une partie du génie civil restaient à finaliser.

Le 22 septembre 2026, le vice-Premier ministre Jean-Jacques Bouya a de nouveau visité le chantier. L’Agence congolaise d’information a rapporté un taux d’exécution de 82 %, un chiffre qui contraste avec l’estimation de 90 % communiquée par la BAD en juin 2025. Cette différence peut s’expliquer par des méthodes de calcul distinctes ou par la prise en compte de travaux techniques supplémentaires.

Les autorités congolaises annoncent désormais une mise en service avant la fin de 2026. Cette échéance doit encore être distinguée d’une inauguration officielle. Un bâtiment achevé ne devient pleinement opérationnel qu’après les tests des serveurs, de la climatisation, de la sécurité incendie, de la redondance électrique et des systèmes de supervision.

Héberger les données publiques sur le territoire national

Le futur centre doit centraliser l’hébergement des données numériques publiques et des applications utilisées par l’administration. Il ne s’agit donc pas seulement d’un bâtiment rempli de serveurs. C’est une infrastructure destinée à soutenir les services de l’État, les échanges entre administrations et la conservation de données sensibles.

Le Congo possède déjà des installations informatiques rattachées à certaines administrations, notamment dans le secteur des finances. Le site de Bacongo doit cependant avoir une vocation nationale. Il pourra servir d’infrastructure de référence pour plusieurs ministères et institutions publiques.

Cette centralisation peut réduire la dépendance à des serveurs situés hors du pays. Elle peut aussi faciliter la maîtrise des accès, la sauvegarde des informations et la continuité des services publics. Toutefois, la souveraineté numérique ne dépend pas uniquement de la localisation des machines. Elle repose également sur la gouvernance des données, la cybersécurité, les compétences locales et la maintenance des équipements.

Pour les administrations, l’enjeu sera donc de définir des règles claires. Quelles données doivent être hébergées au Congo ? Qui peut y accéder ? Comment les sauvegardes seront-elles protégées ? Quels prestataires assureront l’exploitation et la maintenance ? Ces questions pèseront autant que l’achèvement du bâtiment.

L’énergie, condition de la mise en service

Un data center fonctionne en continu. Il doit rester alimenté même en cas de coupure du réseau national. La question énergétique est donc au cœur des derniers travaux à Bacongo.

Les équipes étudient une combinaison entre le réseau électrique national et une source solaire. Cette solution doit renforcer la stabilité de l’alimentation et limiter le risque d’interruption des services numériques.

Le site s’inscrit dans un environnement où les infrastructures énergétiques se développent rapidement. Le champ solaire de Kintélé, près de Brazzaville, compte plus de 19 000 panneaux pour une capacité annoncée de 12 mégawatts. Son raccordement à plusieurs infrastructures de la capitale alimente la réflexion sur des solutions de résilience énergétique pour le data center.

Cette articulation entre numérique et énergie concerne directement les usagers. Une panne prolongée peut perturber les services administratifs, les paiements, les échanges de données ou les plateformes utilisées par les entreprises. La fiabilité du centre aura donc des effets au-delà du secteur technologique.

Un maillon du réseau numérique de l’Afrique centrale

Le projet dépasse le cadre de Brazzaville. Le Congo appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, qui regroupe six pays partageant notamment des mécanismes économiques et monétaires communs. Dans cet espace, les infrastructures numériques restent inégalement réparties.

Les liaisons du projet CAB vers le Cameroun et la République centrafricaine donnent au data center une dimension régionale. La fibre transporte les données entre les pays. Le centre fournit, lui, une capacité nationale de stockage et de traitement. Les deux éléments sont complémentaires.

À terme, cette infrastructure pourrait soutenir les échanges entre administrations, entreprises et opérateurs de la sous-région. Elle ne suffira pas, à elle seule, à créer un marché numérique intégré. Il faudra aussi harmoniser les règles sur les données, sécuriser les interconnexions et développer des compétences techniques disponibles localement.

La prochaine étape sera donc double. Le Congo devra achever les travaux et démontrer la stabilité technique du site. Il devra aussi préciser le modèle d’exploitation du centre, ses utilisateurs prioritaires et ses mécanismes de sécurité. C’est à ces conditions que le chantier de Bacongo pourra devenir un véritable outil de transformation numérique pour le pays et un point d’appui pour l’Afrique centrale.