En Algérie, le téléphone mobile ne sert plus seulement à communiquer. Il devient progressivement une porte d’entrée vers les services financiers. L’autorisation accordée à Djezzy Payment Services marque une nouvelle étape dans cette transformation, alors que les paiements numériques gagnent du terrain auprès des ménages, des commerçants et des entreprises.
Un nouvel acteur dans un marché en accélération
Le Conseil monétaire et bancaire a autorisé, le mercredi 23 septembre 2026, Djezzy Payment Services à se constituer comme prestataire de services de paiement. Cette filiale d’Optimum Telecom Algérie devra toutefois obtenir un agrément de la Banque d’Algérie avant de commencer ses activités.
La décision ne constitue donc pas encore un lancement commercial. Elle ouvre d’abord une procédure réglementaire. Djezzy Payment Services dispose d’un délai maximal de douze mois, à compter de la notification de l’autorisation, pour déposer sa demande d’agrément auprès de la Banque d’Algérie.
Le futur prestataire pourra potentiellement proposer plusieurs services. Le cadre algérien prévoit notamment l’ouverture de comptes de paiement, l’exécution de transferts de fonds, le traitement d’opérations électroniques et les services destinés aux commerçants. Le périmètre exact de l’offre de Djezzy reste cependant à préciser.
Le statut de prestataire de services de paiement a été créé par la loi monétaire et bancaire n° 23-09 du 21 juin 2023. Le règlement n° 25-02, adopté le 14 avril 2025, fixe ensuite les conditions de constitution, d’agrément et d’exercice de ces nouveaux acteurs. La Banque d’Algérie présente ce dispositif comme un moyen de diversifier les instruments de paiement et de renforcer l’inclusion financière.
Les usages numériques progressent, mais les habitudes évoluent par étapes
Le contexte de marché explique l’intérêt de Djezzy. À la fin du premier semestre 2026, l’Algérie comptait 1 004 commerçants raccordés à la plateforme de paiement en ligne, contre 644 un an auparavant. Cette progression de 55 % élargit le nombre de points de vente capables d’accepter des règlements à distance.
Sur la même période, 15,43 millions de transactions ont été réalisées sur Internet. Le volume a augmenté de 52 % en un an, selon les données du Groupement d’intérêt économique de la monétique, l’organisme qui coordonne une partie de l’écosystème national des paiements électroniques. La valeur de ces opérations avoisinait 346 milliards de dinars.
Le paiement de proximité suit également cette trajectoire. Plus de huit millions d’opérations ont été effectuées au premier semestre 2026 via des terminaux de paiement électronique, ou TPE. Ces appareils permettent aux clients de régler leurs achats par carte ou par d’autres moyens numériques chez les commerçants équipés. Le nombre de transactions a progressé de 81 % sur un an, pour une valeur supérieure à 82 milliards de dinars.
Les paiements interbancaires par téléphone mobile et par QR code se développent aussi. Cependant, les retraits d’espèces restent très importants. Cette coexistence montre que la transition numérique algérienne est réelle, mais qu’elle n’a pas encore remplacé les usages traditionnels. Les consommateurs adoptent les nouveaux outils selon les secteurs, les territoires et la confiance accordée aux plateformes.
Pour Djezzy, une diversification appuyée sur une large base de clients
Cette entrée dans les services de paiement élargit le positionnement de Djezzy au-delà des télécommunications. L’opérateur dispose déjà d’une base importante pour tester, à terme, des services numériques associés au mobile, sous réserve de l’agrément bancaire et des règles de protection des utilisateurs.
Djezzy comptait 18,1 millions d’abonnés à la fin du mois de juin 2026, soit une hausse de 4,2 % sur un an. L’entreprise a également déclaré un chiffre d’affaires de 62,2 milliards de dinars au premier semestre, en progression de 8,8 %. Ces résultats donnent à l’opérateur une capacité commerciale et technologique utile pour développer de nouvelles activités.
Cette base ne garantit toutefois pas le succès d’une offre financière. Les services de paiement exigent des dispositifs solides de sécurité, de vérification des clients, de protection des données et de lutte contre la fraude. Ils nécessitent aussi une relation de confiance avec les banques, les commerçants et les autorités de supervision.
Pour les utilisateurs urbains, l’arrivée d’un opérateur télécom dans ce secteur pourrait simplifier l’accès aux paiements mobiles. Elle pourrait aussi favoriser des services destinés aux petites entreprises et aux travailleurs indépendants. Dans les zones moins bien desservies par les agences bancaires, le téléphone peut devenir un relais pratique, à condition que la connexion, l’assistance et l’accès aux comptes restent suffisamment fiables.
Une concurrence appelée à s’intensifier
Djezzy n’entre pas dans un espace vide. Les banques, Algérie Poste et les acteurs déjà engagés dans le paiement mobile poursuivent eux aussi leurs investissements. Le lancement de DZ Mob Pay, fondé sur l’interopérabilité entre établissements, a renforcé les possibilités de paiement par téléphone. L’enjeu consiste désormais à transformer cette infrastructure en usages réguliers.
La concurrence ne portera donc pas uniquement sur le nombre d’abonnés. Elle concernera la simplicité des applications, la rapidité des transactions, les commissions facturées aux commerçants et la capacité à résoudre rapidement les incidents. Pour les petites activités commerciales, le coût d’acceptation du paiement électronique sera déterminant. Pour les clients, la sécurité et la possibilité de récupérer leur argent en cas d’erreur pèseront dans le choix d’une solution.
Le défi concerne aussi la formalisation de l’économie. Des paiements électroniques mieux tracés peuvent faciliter la gestion des entreprises et élargir l’accès aux services financiers. Mais une transition trop coûteuse ou trop complexe pourrait décourager les petits commerçants, notamment ceux qui travaillent principalement en espèces.
Un enjeu qui dépasse le seul marché algérien
La trajectoire algérienne s’inscrit dans un mouvement plus large en Afrique du Nord. Dans la région de l’Union du Maghreb arabe, les marchés restent organisés selon des cadres nationaux distincts, mais les opérateurs télécoms et les banques cherchent partout à capter la croissance des services numériques. À l’échelle continentale, les paiements mobiles constituent également un outil majeur pour réduire les distances entre les populations, les entreprises et les institutions financières.
Pour l’Algérie, la prochaine étape sera l’examen de la demande d’agrément de Djezzy Payment Services. Cette procédure permettra de connaître les services réellement proposés, les conditions d’utilisation et le calendrier de lancement. Elle dira aussi si le nouvel acteur contribuera à élargir durablement l’accès au paiement électronique ou s’il se concentrera d’abord sur les clients déjà connectés aux services numériques.