À Kampala, la question n’est pas seulement de produire davantage de peinture. Elle touche aussi à la capacité de l’Ouganda à créer des emplois qualifiés, à renforcer ses fournisseurs locaux et à servir un marché régional en croissance.

Le groupe indien DG Paint Ltd prévoit d’investir 25 millions de dollars dans une unité intégrée de fabrication de peintures en Ouganda. Le projet pourrait créer environ 200 emplois directs et près de 2 000 emplois indirects, selon les éléments présentés par l’entreprise et les autorités ougandaises.

Une usine pensée pour le marché local

Le projet a été discuté le 22 septembre 2026 entre une délégation de DG Paint Ltd, conduite par son directeur Goswami D. Giri, et Aminah Mukalazi, ministre d’État ougandaise chargée des Finances. L’Uganda Investment Authority, l’organisme public chargé de faciliter les investissements, a également pris part aux échanges.

L’installation devrait produire plusieurs familles de revêtements. La gamme annoncée comprend des peintures émulsionnées et brillantes, des revêtements texturés, des peintures industrielles et des apprêts. Ces produits sont utilisés dans le bâtiment, l’entretien des infrastructures, l’industrie et l’aménagement des logements.

La capacité initiale est estimée à 7 800 tonnes par an. Elle pourrait atteindre 13 000 tonnes annuelles à partir de la cinquième année. Ces volumes restent toutefois liés à la réalisation effective du projet, à l’obtention des autorisations et au calendrier de construction de l’usine.

La ministre Aminah Mukalazi a associé l’investissement à la formation de travailleurs ougandais et au transfert de compétences technologiques. Elle a aussi appelé l’entreprise à utiliser rapidement et de manière productive tout terrain public qui lui serait attribué.

Un enjeu d’emploi bien plus large que l’industrie

Les 200 emplois directs annoncés ne suffiront pas à absorber la pression qui s’exerce sur le marché du travail. La National Planning Authority estime qu’environ 700 000 personnes entrent chaque année sur le marché du travail ougandais. L’institution souligne cependant que seule une partie d’entre elles accède à un emploi productif et stable.

Les dernières données disponibles de l’Uganda Bureau of Statistics donnent une mesure plus précise de la situation. En 2025, le chômage concernait 12,2 % des personnes âgées de 15 ans et plus. Chez les 15-24 ans, le taux atteignait 17,9 %. Le chômage des jeunes était plus élevé en ville, à 18,7 %, qu’en zone rurale, à 17,2 %.

La même source estime à 4 millions le nombre de jeunes de 15 à 24 ans qui n’étaient ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation. Pour les 18-30 ans, cette situation concernait plus de 5,2 millions de personnes. Ces chiffres montrent pourquoi chaque investissement industriel est observé à la fois comme une opération commerciale et comme une réponse à un défi social.

Les emplois indirects annoncés par DG Paint Ltd pourraient concerner les transporteurs, les distributeurs, les grossistes, les applicateurs, les techniciens de maintenance et les fournisseurs d’emballages. Leur matérialisation dépendra toutefois du niveau d’activité de l’usine et de la part des achats confiée à des entreprises établies en Ouganda.

La fabrication locale au cœur de la stratégie économique

Le projet s’inscrit dans la volonté de Kampala d’augmenter la production manufacturière et de limiter les importations de produits finis. Le programme Buy Uganda Build Uganda, connu sous l’acronyme BUBU, vise notamment à donner davantage de place aux biens et services fabriqués dans le pays.

Cette orientation répond à un problème concret. Une économie peut attirer des capitaux sans créer suffisamment de valeur locale si elle importe l’essentiel de ses matières premières, de ses équipements et de ses services spécialisés. Pour que l’usine de peintures ait un effet durable, l’enjeu sera donc de développer autour d’elle un réseau de fournisseurs ougandais.

Les retombées pourront aussi dépendre de la formation. La production de peintures exige des compétences en formulation chimique, en contrôle qualité, en sécurité industrielle, en gestion des stocks et en maintenance. Ces savoir-faire peuvent ensuite servir à d’autres entreprises du secteur manufacturier.

L’impact ne sera pas identique pour tous les travailleurs. Les techniciens formés pourraient accéder à des emplois plus stables et mieux rémunérés. Les petits distributeurs et les artisans, eux, dépendront surtout de la régularité des approvisionnements, des prix et des conditions de crédit. Dans les zones rurales, les effets passeront davantage par le commerce et le transport que par les postes industriels directs.

Une implantation qui dépasse les frontières ougandaises

L’Ouganda appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est, ou EAC, une organisation régionale qui réunit huit États, dont le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud et la Somalie. Cette communauté cherche à renforcer les échanges, la production et la valeur ajoutée dans la région.

La stratégie industrielle de l’EAC prévoit une montée en puissance de la fabrication régionale et une diversification des produits. L’organisation estime que l’industrie manufacturière doit contribuer davantage à l’emploi, aux exportations et à la transformation économique de l’Afrique de l’Est.

Dans ce cadre, une usine située en Ouganda pourrait viser le marché national, mais aussi des débouchés au Kenya, au Rwanda, au Soudan du Sud, en Tanzanie et en République démocratique du Congo. La position de Kampala au centre des corridors commerciaux de la région constitue un avantage. Elle impose aussi de rester compétitif face aux producteurs déjà installés dans ces pays.

La réussite du projet dépendra donc de plusieurs étapes à surveiller : la décision finale d’investissement, le choix du site, le début des travaux, le recrutement des équipes et le lancement effectif de la production. Au-delà de l’annonce, le véritable bilan se mesurera à la capacité de l’usine à fournir régulièrement le marché, à former des Ougandais et à faire émerger une chaîne de valeur locale.