À Kempton Park, dans la municipalité d’Ekurhuleni, des familles vivent depuis plusieurs semaines avec la même inquiétude : une disparition peut-elle annoncer une nouvelle découverte macabre ? Neuf femmes ont été retrouvées mortes en l’espace d’environ deux mois dans l’est de Johannesburg. Les enquêteurs cherchent désormais à établir si ces affaires relèvent d’un même scénario ou de crimes distincts.

Une série de découvertes qui dépasse Kempton Park

Les corps ont été retrouvés dans plusieurs secteurs d’Ekurhuleni, notamment à Kempton Park, Rhodesfield, Pomona, Clayville, Olifantsfontein, KwaThema et Dawn Park. Cette répartition élargit le périmètre de l’enquête. Elle rappelle aussi que les lieux de découverte ne correspondent pas nécessairement aux endroits où les victimes ont été tuées.

La police sud-africaine a d’abord signalé quatre corps découverts autour de Kempton Park sur une période d’environ deux mois. Elle avait relevé des similitudes préoccupantes : plusieurs femmes avaient été retrouvées partiellement dévêtues, avec des traces visibles de violences, dans des zones relativement proches. À ce stade, les autorités n’avaient toutefois pas confirmé l’existence d’un tueur en série.

La découverte d’une neuvième victime, le jeudi 17 septembre 2026, a renforcé la pression sur les enquêteurs. Les services médico-légaux doivent encore déterminer les causes précises des décès et établir les liens éventuels entre les différentes affaires. Une équipe réunissant plusieurs unités travaille sur le dossier.

Le communiqué de la police sud-africaine souligne que les ressemblances observées justifient une intensification des investigations. Il précise également que la police n’a pas, à ce stade, attribué officiellement les meurtres à un seul auteur.

Des arrestations, mais pas encore de réponse complète

Le lundi 21 septembre, deux femmes ont comparu devant le tribunal de première instance de Boksburg dans le cadre du meurtre d’une des victimes. La police a indiqué qu’un troisième suspect, un homme, avait également été arrêté. Les deux femmes, âgées de 31 et 38 ans selon les éléments communiqués au parquet, font face à des accusations de meurtre, d’entrave à la justice et de possession d’une arme dangereuse.

Le dossier a été renvoyé au 1er octobre 2026, date prévue pour l’examen d’une éventuelle demande de liberté sous caution. Ces arrestations concernent une affaire précise. Elles ne permettent donc pas encore d’affirmer que les suspects sont liés aux huit autres décès recensés dans la région.

Cette distinction est essentielle. Dans une enquête criminelle, la proximité géographique, la période et certaines ressemblances peuvent orienter le travail des policiers. Elles ne constituent pas, à elles seules, une preuve judiciaire. La police sud-africaine doit encore comparer les autopsies, les analyses ADN, les images de vidéosurveillance, les communications téléphoniques et les déplacements des victimes.

Les autorités ont appelé les habitantes de Kempton Park et des quartiers voisins à la prudence. Elles ont notamment recommandé une vigilance accrue lors des déplacements à pied ou des activités sportives isolées. Des opérations de sécurisation et des barrages ont aussi été signalés dans certains secteurs.

Une peur qui s’inscrit dans une crise plus large

La série de Kempton Park ne crée pas à elle seule la question des violences faites aux femmes en Afrique du Sud. Elle la rend plus visible et plus localisée. Dans le pays, les associations de défense des droits des femmes dénoncent depuis longtemps les difficultés rencontrées par les victimes pour signaler les violences, obtenir une protection et accéder rapidement à la justice.

Le débat ne porte donc pas uniquement sur l’hypothèse d’un tueur en série. Il concerne aussi la capacité des institutions à détecter les disparitions, à partager les informations entre commissariats et à identifier rapidement les victimes. Pour les familles, chaque heure compte. Pour les enquêteurs, les premières alertes peuvent fournir des éléments décisifs sur les itinéraires, les fréquentations et les derniers contacts d’une personne disparue.

L’organisation sud-africaine Missing In Southern Africa, qui accompagne les familles confrontées aux disparitions, rappelle qu’il n’existe pas de délai d’attente obligatoire avant de signaler une personne portée disparue. Ce rappel vise particulièrement les proches qui hésitent parfois à se rendre immédiatement dans un commissariat.

Le Parlement sud-africain a également demandé une réponse accélérée face aux neuf décès recensés dans la province du Gauteng. Dans une déclaration publiée le 21 septembre, sa commission chargée du contrôle de la présidence a insisté sur la nécessité de transformer les plans publics contre les violences fondées sur le genre en mesures concrètes. La question est désormais celle de l’exécution : présence policière, soutien aux familles, analyses médico-légales et suivi judiciaire.

Les quartiers populaires face à un risque inégal

La peur ne se répartit pas de manière uniforme. Les femmes qui se déplacent tôt le matin vers une gare, un arrêt de taxi ou leur lieu de travail peuvent être davantage exposées dans les zones mal éclairées et peu fréquentées. Les travailleuses de l’économie informelle, souvent contraintes à des horaires variables, ne disposent pas toujours d’alternatives sûres.

Dans les quartiers résidentiels, les familles peuvent modifier les trajets, limiter les sorties ou organiser des accompagnements. Mais ces solutions individuelles ont leurs limites. Elles ne remplacent ni des transports fiables, ni des espaces publics sécurisés, ni une réponse judiciaire rapide. Elles peuvent aussi déplacer la charge de la prévention vers les femmes elles-mêmes, alors que la responsabilité première reste celle des auteurs et des institutions chargées de protéger la population.

Un dossier suivi au-delà du Gauteng

L’affaire est nationale parce qu’elle touche à la confiance dans la police et dans la justice. Elle est aussi régionale. L’Afrique du Sud occupe une place centrale en Afrique australe et au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit plusieurs pays autour de coopérations politiques et économiques.

Les autorités devront donc éviter deux écueils. Le premier serait de confirmer trop vite l’existence d’un tueur en série, au risque de fragiliser l’enquête et de nourrir des accusations sans preuve. Le second serait de traiter ces décès comme une simple succession de faits divers, sans examiner les éventuels dysfonctionnements communs.

Les prochaines étapes seront déterminantes : résultats des autopsies, identification des victimes encore inconnues, décision du tribunal de Boksburg le 1er octobre et éventuelles nouvelles arrestations. Pour les familles, l’enjeu dépasse le nombre de dossiers ouverts. Il s’agit de savoir si chaque disparition a été prise au sérieux, si chaque victime sera identifiée et si les responsabilités pourront être établies devant la justice.