À Marrakech, la campagne électorale se joue aussi sur un visage. Celui de Fatima Ezzahra El Mansouri, à la fois ministre, maire et cadre dirigeante du Parti authenticité et modernité (PAM). Le 23 septembre 2026, elle sollicite de nouveau les électeurs de la circonscription Médina-Sidi Youssef Ben Ali. Son duel local dépasse toutefois les limites de la ville ocre.

Le scrutin doit renouveler la Chambre des représentants, la chambre basse du Parlement marocain. Il intervient après cinq années de gouvernement dirigé par le Rassemblement national des indépendants (RNI), en coalition avec le PAM et le Parti de l’Istiqlal. Pour cette majorité, l’élection constitue un test politique. Pour El Mansouri, elle mesure aussi la solidité d’un ancrage construit depuis plus d’une décennie.

Une trajectoire forgée entre Marrakech et Rabat

Née à Marrakech le 3 janvier 1976, Fatima Ezzahra El Mansouri est avocate de formation. Elle est diplômée en droit de l’université de Montpellier. Son parcours politique s’est développé au sein du PAM, fondé en 2008 et devenu l’une des principales formations du paysage marocain.

En juin 2009, elle est élue à la tête de la commune de Marrakech. Elle devient alors la première femme à diriger la ville. Son premier mandat s’achève en 2015. Six ans plus tard, elle retrouve la présidence du conseil communal après les élections locales du 8 septembre 2021.

Cette implantation municipale lui donne une expérience directe des dossiers urbains. Logement, mobilité, équipements collectifs et aménagement des quartiers occupent une place centrale dans les attentes des habitants. La mairie offre aussi une visibilité politique particulière dans une ville dont l’économie repose largement sur le tourisme, les services, l’artisanat et les activités liées aux grands événements.

En octobre 2021, le roi Mohammed VI la nomme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement d’Aziz Akhannouch. Elle cumule ainsi une fonction exécutive nationale et un mandat local. Cette double position nourrit sa force politique, mais expose également son bilan à une évaluation sur plusieurs fronts.

Le portail officiel du gouvernement marocain présente El Mansouri parmi les membres de l’exécutif. De son côté, la plateforme électorale du PAM rappelle qu’elle a déjà été élue députée lors de plusieurs législatures, notamment en 2011, 2016 et 2021.

Le PAM veut convertir son expérience gouvernementale

Depuis 2024, le PAM est dirigé par une direction collégiale. Fatima Ezzahra El Mansouri en coordonne les travaux avec Mohamed Mehdi Bensaïd et Fatima Saadi. Cette organisation a suivi le départ d’Abdellatif Ouahbi de la direction du parti.

La campagne de 2026 lui a donc donné un rôle national. Elle a défendu le programme du PAM dans plusieurs villes, dont Marrakech, Tanger, Berkane, Dakhla et Benguérir. Le parti présente son projet comme une feuille de route de cinq ans, centrée sur le pouvoir d’achat, l’emploi, le logement et les services publics.

Le PAM annonce cinq pactes et vingt engagements. La formation chiffre à 350 milliards de dirhams les dépenses supplémentaires envisagées entre 2027 et 2031, dont 150 milliards destinés au pouvoir d’achat. Elle promet également la création d’au moins un million d’emplois nets au cours de la prochaine législature.

Ces montants relèvent du programme politique du parti. Leur réalisation dépendra du résultat électoral, de la formation de la prochaine majorité et de la capacité de l’État à financer les mesures annoncées. Le débat ne porte donc pas seulement sur les promesses. Il concerne aussi leur calendrier, leurs sources de financement et leur traduction dans la vie quotidienne.

À Marrakech, les électeurs peuvent comparer les annonces nationales avec les transformations visibles dans leur commune. Les projets d’infrastructures et de rénovation urbaine constituent des arguments pour la majorité municipale. En revanche, les difficultés d’accès au logement, les écarts entre quartiers et la pression sur les services publics offrent à ses adversaires des angles de critique.

Une candidature locale sous forte pression nationale

La circonscription Médina-Sidi Youssef Ben Ali est le point de départ du scrutin pour El Mansouri. Elle y a été élue en 2016 et en 2021. La conservation de ce siège représente un enjeu immédiat. Une défaite fragiliserait sa capacité à parler au nom du PAM au lendemain du vote.

La campagne a aussi ravivé une hypothèse suivie par les observateurs marocains : celle d’une première femme nommée à la tête du gouvernement. El Mansouri possède le profil institutionnel et partisan qui alimente cette perspective. Elle reste cependant une possibilité politique, et non une candidature officielle à la Primature.

Le cadre constitutionnel limite d’ailleurs les scénarios individuels. L’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants, au regard de ses résultats. Le nom du prochain chef de l’exécutif dépendra donc d’abord de l’ordre d’arrivée des formations et des rapports de force qui suivront.

El Mansouri a par ailleurs déclaré, à titre personnel, qu’elle ne participerait pas à un gouvernement dirigé par le RNI si celui-ci arrivait en tête. Cette position ouvre une question sur les alliances possibles après le scrutin. Elle rappelle aussi que la coalition sortante n’est pas nécessairement appelée à se reconduire dans les mêmes conditions.

Le PAM devra enfin répondre aux critiques visant son passage au gouvernement. Comme les autres partis de la majorité, il est associé aux décisions prises depuis 2021. Les électeurs peuvent distinguer l’action municipale, le bilan ministériel et les responsabilités collectives de la coalition. Cette distinction sera particulièrement importante dans les grandes villes, où les attentes sociales sont fortes et immédiatement visibles.

Un scrutin suivi au-delà du Maroc

Le vote du 23 septembre s’inscrit dans une trajectoire nationale, mais ses effets dépasseront les frontières marocaines. Le Maroc joue un rôle actif dans les échanges africains, les investissements, les infrastructures et les partenariats économiques. La stabilité de ses institutions et l’orientation de sa prochaine majorité seront donc observées par ses partenaires du continent.

Pour le PAM, l’objectif est de transformer sa présence gouvernementale et municipale en progression électorale. Pour El Mansouri, il s’agit de démontrer qu’un ancrage local à Marrakech peut soutenir une ambition nationale. Pour les électeurs, le choix portera surtout sur la crédibilité des engagements et sur la capacité des partis à répondre aux problèmes concrets.

La soirée électorale apportera deux réponses. Elle dira d’abord si Fatima Ezzahra El Mansouri conserve son siège à Marrakech. Elle indiquera ensuite si le PAM peut modifier l’équilibre de la majorité et peser sur la désignation du prochain chef du gouvernement. C’est à cette échelle, locale et nationale, que se joue son rendez-vous politique du 23 septembre 2026.