Au Maroc, le scrutin du mercredi 23 septembre 2026 se joue aussi dans un espace moins visible que les meetings : celui de la confiance. Les jeunes de 18 à 24 ans représentent seulement 4 % des électeurs inscrits. Ce chiffre ne mesure pas leur présence dans les bureaux de vote. Il montre d’abord leur faible inscription sur les listes électorales.
Une élection nationale dans un royaume à pouvoirs partagés
Près de 15,8 millions de Marocains sont inscrits pour élire les 395 membres de la Chambre des représentants. Vingt-huit partis, une alliance constituée pour ce scrutin et deux listes indépendantes se disputent les sièges, selon les données publiées par les autorités marocaines.
Le vote doit permettre de former la prochaine majorité parlementaire et le prochain gouvernement. Dans le système constitutionnel marocain, le roi conserve toutefois un rôle central. Il nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête à la Chambre des représentants. Le souverain dispose également de prérogatives importantes dans les domaines stratégique, religieux, sécuritaire et diplomatique.
Les députés n’ont donc pas la même marge de manœuvre que dans une république parlementaire classique. Ils votent les lois, contrôlent l’action gouvernementale et participent à l’élaboration du budget. Cependant, les grands choix de l’État s’inscrivent dans un cadre institutionnel où le palais demeure un centre de décision majeur.
Cette réalité nourrit une question simple chez de nombreux jeunes Marocains : quelle différence concrète leur bulletin peut-il produire sur l’emploi, l’école, la santé ou le coût de la vie ?
Le paradoxe de la jeunesse électorale
Les chiffres officiels montrent un électorat plus âgé que la structure démographique du pays. Les personnes âgées de 60 ans et plus représentent plus de 29 % des inscrits. Les 25-34 ans comptent pour 15 %. Les 18-24 ans, eux, ne pèsent que 4 %.
Cette situation s’explique en partie par le fonctionnement de l’inscription électorale. L’accès à la majorité ne conduit pas automatiquement à l’inscription sur les listes. Le citoyen doit effectuer une démarche administrative dans les délais prévus. Une partie des jeunes reste donc à l’écart avant même le jour du scrutin.
Le chiffre de 4 % ne signifie pas que seulement 4 % des jeunes voteront. Il ne correspond pas non plus à un taux d’abstention. Il désigne la part des électeurs inscrits âgés de 18 à 24 ans. Cette distinction est essentielle pour comprendre la participation politique au Maroc.
Le décalage reste néanmoins significatif. Les jeunes occupent une place importante dans la population et dans les mobilisations numériques. Ils sont beaucoup moins présents dans les structures partisanes et dans les listes électorales. Cette faible représentation réduit mécaniquement le poids des sujets qui les concernent directement.
Emploi, services publics et coût de la vie au cœur des attentes
La campagne s’est déroulée sur fond de chômage, de hausse des dépenses quotidiennes et d’inégalités territoriales. À Rabat, Casablanca ou Tanger, les diplômés évoquent l’accès au premier emploi et la précarité des contrats. Dans les zones rurales, les attentes portent davantage sur les transports scolaires, les soins de proximité, l’eau et les infrastructures.
Les difficultés ne touchent donc pas tous les jeunes de la même manière. Un diplômé d’une grande ville ne rencontre pas les mêmes obstacles qu’un jeune sans qualification dans une province éloignée. De même, l’économie informelle offre parfois un revenu immédiat, mais rarement une protection sociale comparable à celle de l’emploi formel.
Cette diversité complique le discours politique. Une promesse nationale sur l’emploi peut sembler abstraite dans un quartier urbain marqué par les loyers élevés. Elle peut aussi paraître éloignée des priorités d’une famille rurale qui cherche d’abord un accès régulier à l’école ou au dispensaire.
La défiance ne signifie pas nécessairement un désintérêt pour la politique. Elle peut traduire une autre manière de participer. Réseaux sociaux, associations, mobilisations locales et débats universitaires constituent aussi des espaces d’expression. Le vote reste un canal institutionnel parmi d’autres.
Des partis nombreux, mais une offre jugée peu lisible
Le scrutin rassemble 7 288 candidatures au niveau national, soit plus de 18 candidatures en moyenne pour chaque siège. Cette abondance ne garantit pas une meilleure lisibilité pour les électeurs. Dans plusieurs circonscriptions, les programmes restent peu différenciés ou centrés sur des promesses difficiles à vérifier.
La Chambre des représentants compte également 235 députés sortants candidats à leur réélection. Cette continuité peut rassurer les électeurs qui privilégient l’expérience. Elle peut aussi renforcer le sentiment d’une classe politique éloignée du renouvellement attendu par une partie de la jeunesse.
La représentation des femmes constitue un autre enjeu. Les autorités recensent 2 658 candidatures féminines, dont 1 783 dans 235 listes régionales réservées aux femmes. Ces dispositifs améliorent l’accès des femmes au Parlement, mais la question demeure celle de leur influence réelle dans les appareils partisans et les commissions parlementaires.
Pour les jeunes Marocains, la question n’est donc pas seulement de voir davantage de candidats de leur âge. Ils attendent aussi des élus capables de défendre des politiques publiques mesurables, avec des calendriers, des budgets et des résultats contrôlables.
Un scrutin suivi au-delà des frontières marocaines
Le vote du 23 septembre dépasse le seul cadre institutionnel marocain. Le Maroc n’appartient pas à une communauté économique régionale active comparable à la CEDEAO ou à la SADC. Il évolue cependant au cœur de l’Afrique du Nord, dans un espace marqué par les tensions de l’Union du Maghreb arabe et par des relations économiques croissantes avec le reste du continent.
Rabat cherche depuis plusieurs années à renforcer ses liens avec l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Les choix économiques, sociaux et diplomatiques du prochain gouvernement auront donc des effets sur les investissements, les échanges et les mobilités régionales.
Le résultat sera également observé à l’aune de la stabilité institutionnelle. Le Maroc combine une monarchie exécutive, un pluralisme partisan et des élections régulières. Le défi consiste désormais à transformer cette architecture en confiance politique durable, notamment auprès des nouvelles générations.
La première donnée à surveiller sera la participation globale. La seconde concernera la composition de la future majorité. La troisième portera sur la capacité du gouvernement à répondre aux attentes territoriales sans creuser davantage les écarts entre les grandes villes et les régions moins dotées.
Pour la jeunesse marocaine, l’enjeu ne se résume donc pas à entrer dans un bureau de vote. Il consiste à peser sur les décisions qui déterminent l’accès au travail, aux services publics et à une vie autonome. Les élections diront si les partis ont réussi à convertir cette attente en participation politique.