Au Maroc, le scrutin législatif du mercredi 23 septembre 2026 ne se joue pas seulement dans les bureaux de vote. Il se joue aussi dans la relation fragile entre une génération nombreuse, connectée et exigeante, et des partis qui peinent à transformer les promesses en résultats visibles.

Le pays renouvelle les 395 sièges de la Chambre des représentants. Plus de 15,8 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes électorales. Pourtant, les Marocains âgés de 18 à 24 ans ne représentent que 4 % de ce corps électoral, alors qu’ils occupent une place bien plus importante dans la population. Ce décalage résume l’un des principaux enjeux du scrutin : faire de la jeunesse un acteur politique durable, et non un simple thème de campagne.

Un scrutin national sous pression sociale

Les élections interviennent après une année de mobilisations de jeunes Marocains. À partir de septembre 2025, le mouvement GenZ 212 a porté dans plusieurs villes des revendications liées à la santé publique, à l’éducation, à la corruption et à l’emploi. Ces rassemblements ont rappelé que les grands projets nationaux ne suffisent pas toujours à convaincre lorsque les services essentiels restent difficiles d’accès.

Les mobilisations ont notamment mis en lumière un sentiment de distance entre les priorités affichées par les institutions et les préoccupations quotidiennes. Dans les quartiers populaires comme dans les villes moyennes, la qualité des soins, le coût de la vie, l’accès à une école performante et la possibilité de trouver un emploi pèsent davantage que les annonces générales sur la croissance.

Le chômage des jeunes reste ainsi un point de tension majeur. Les données publiées en 2025 faisaient état d’un taux particulièrement élevé chez les 15-24 ans. Ce phénomène touche différemment les territoires : les diplômés des grandes villes affrontent la concurrence sur un marché formel limité, tandis que les jeunes des régions moins favorisées dépendent davantage de l’économie informelle, de la mobilité ou de l’émigration.

Dans ce contexte, la tentative d’afflux vers Ceuta, en juillet 2025, avait également révélé une frustration sociale. Elle ne peut pas être réduite à une question migratoire. Elle exprimait, pour une partie des jeunes, l’impression que les perspectives restent plus accessibles ailleurs que dans leur propre environnement.

Des chiffres qui mesurent aussi la distance aux urnes

Les chiffres officiels du scrutin montrent une participation inégale des générations. Les électeurs âgés de 25 à 34 ans représentent 15 % des inscrits, tandis que les 18-24 ans ne comptent que pour 4 %. Cette faible présence peut s’expliquer par plusieurs facteurs : l’inscription sur les listes, la défiance envers les partis, l’impression que le vote ne modifie pas suffisamment la vie quotidienne et le faible renouvellement des visages politiques.

La question ne se limite donc pas à savoir combien de jeunes voteront. Elle porte aussi sur les conditions qui leur permettraient de se reconnaître dans l’offre électorale. Une génération peut suivre les débats politiques sur les réseaux sociaux tout en refusant les formes traditionnelles de participation. Elle peut manifester, interpeller les responsables publics ou organiser une campagne numérique sans rejoindre un parti.

Cette évolution oblige les formations politiques à revoir leurs méthodes. Les discours généraux sur la modernisation ne suffisent plus. Les électeurs demandent des engagements vérifiables sur l’emploi, la santé, l’enseignement, le logement et la transparence de la gestion publique.

Selon les données communiquées par les autorités marocaines, 28 partis, une alliance constituée pour ce scrutin et deux listes de candidats indépendants se disputent les 395 sièges. La pluralité des candidatures offre un choix réel aux électeurs. Toutefois, elle peut aussi rendre la lecture du scrutin plus difficile et renforcer le sentiment d’éparpillement chez ceux qui attendent des réponses simples à des problèmes concrets.

Le défi des partis après les mobilisations

La campagne place les partis face à une contradiction. Ils cherchent à mobiliser une jeunesse qui les juge souvent éloignés de ses préoccupations, mais ils restent les principaux instruments de représentation parlementaire. Le prochain gouvernement devra donc répondre à une double exigence : préserver la continuité des politiques publiques et corriger leurs effets les plus inégalitaires.

Le Maroc poursuit de grands investissements dans les infrastructures, les transports et les équipements sportifs, notamment en préparation de la Coupe du monde 2030 organisée avec l’Espagne et le Portugal. Ces projets peuvent soutenir l’activité économique, améliorer la mobilité et créer des emplois. Cependant, leur acceptation dépendra de leur capacité à produire des bénéfices visibles pour les habitants, y compris en dehors de Rabat, Casablanca et des grands pôles économiques.

La même question se pose pour les réformes de la santé et de l’éducation. Le débat ne porte pas uniquement sur les budgets. Il concerne aussi la répartition des médecins, la qualité des établissements ruraux, les délais d’accès aux soins, les conditions de travail des enseignants et les écarts entre régions. Les résultats seront jugés au niveau local, dans les centres de santé, les écoles et les administrations.

La confiance dépendra également de la capacité des élus à rendre des comptes. Les jeunes électeurs veulent savoir qui décide, avec quels moyens et selon quel calendrier. Ils attendent moins de slogans et davantage d’indicateurs publics sur les engagements pris.

Une portée qui dépasse le scrutin marocain

Le cas marocain rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains : les jeunes constituent la majorité démographique, mais restent souvent minoritaires dans les institutions et dans les structures partisanes. Cette situation crée un décalage entre le poids social de la jeunesse et sa représentation politique.

Au Maghreb comme dans le reste du continent, les mobilisations récentes montrent que la participation ne disparaît pas. Elle change de forme. Les citoyens peuvent se détourner des urnes tout en restant très actifs dans l’espace public, sur les réseaux sociaux ou dans les mouvements locaux. Pour les institutions, le risque n’est donc pas seulement l’abstention. C’est l’installation durable d’une représentation politique jugée étrangère aux attentes sociales.

À court terme, l’attention se portera sur la participation du 23 septembre, la répartition des sièges et la capacité de la majorité issue des urnes à former un gouvernement cohérent. À plus long terme, le véritable test sera ailleurs : les nouvelles institutions parviendront-elles à convertir les revendications de 2025 en politiques publiques mesurables ?

Pour le Maroc, la réponse déterminera la solidité du lien entre les jeunes citoyens et la politique. Elle dira aussi si les grands projets nationaux peuvent avancer de pair avec une amélioration concrète des services publics et des perspectives économiques.