Au Sénégal, la diphtérie ne se concentre plus dans un seul foyer. En moins de trois semaines, le nombre de cas confirmés est passé de 57 à 114. La maladie touche désormais 31 districts sanitaires dans 12 régions, avec 11 décès enregistrés au 20 septembre 2026.
Le bilan a été communiqué le lundi 21 septembre par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique. Il confirme une extension nationale de l’épidémie, alors que les autorités renforcent la vaccination, la surveillance des contacts et la sensibilisation dans les communautés.
Une progression rapide depuis le premier cas confirmé
Le premier cas de l’épidémie actuelle a été confirmé le 1er août 2026. Le point publié le 4 septembre faisait état de 34 cas et de six décès. Cinq jours plus tard, le bilan atteignait 57 cas et huit décès. Au 20 septembre, il s’établit donc à 114 cas et 11 décès.
Cette évolution ne signifie pas nécessairement que toutes les contaminations sont apparues au même moment. Les investigations menées dans plusieurs zones peuvent aussi identifier des cas passés inaperçus. À Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, les services sanitaires ont ainsi conduit des recherches rétrospectives après plusieurs alertes concernant des enfants.
La région de Kédougou reste le principal foyer recensé. Elle compte 33 cas, répartis entre les districts de Kédougou, avec 23 cas, de Saraya, avec huit, et de Salémata, avec deux. La zone est frontalière du Mali et de la Guinée. Cette position rend la surveillance locale particulièrement importante, notamment dans les espaces où les populations circulent entre plusieurs territoires.
Louga arrive au deuxième rang avec 16 cas. Huit ont été signalés à Darou-Mousty, six à Kébémer, un à Sakal et un dans le district de Louga. La gouverneure Ndèye Nguénar Mbodji a confirmé ce bilan le 21 septembre, lors d’un comité régional de gestion des épidémies.
À Dakar, 15 cas ont été recensés. Guédiawaye en compte sept et Keur Massar trois. Les autres cas sont répartis entre Dakar-Ouest, Dakar-Nord, Dakar-Sud, Pikine et Sangalkam. La présence de cas dans l’agglomération dakaroise rappelle que l’épidémie concerne à la fois les zones rurales, les villes secondaires et la capitale.
Diourbel totalise 13 cas, dont 12 à Touba. Thiès en compte 12, principalement à Mbour, avec 11 cas. Le bilan mentionne aussi six cas à Matam, cinq à Kaolack, cinq à Tambacounda, quatre à Kolda, deux à Saint-Louis, deux à Ziguinchor et un à Fatick.
À Louga, rapprocher la vaccination des populations
Dans la région de Louga, la réponse repose sur trois axes : vacciner, informer et détecter plus tôt. Des rencontres doivent se tenir dans les trois départements de la région. Les autorités veulent également associer les sous-préfets, les collectivités territoriales et les relais communautaires.
L’objectif est de rapprocher les équipes de vaccination des habitants. Cette stratégie peut faciliter le rattrapage des doses manquantes, surtout pour les enfants qui vivent loin des structures de santé ou dont le suivi vaccinal est incomplet.
La gouverneure a aussi signalé des difficultés liées à la circulation de l’information sanitaire. Elle a regretté que certains prestataires tardent à transmettre les données disponibles. Or, un signalement rapide permet de rechercher les personnes exposées, d’organiser leur suivi et d’adapter la riposte dans les quartiers ou les villages concernés.
La diphtérie est une infection contagieuse qui peut provoquer une atteinte de la gorge et gêner la respiration. La vaccination constitue le principal moyen de prévention. Le ministère invite les parents à vérifier le carnet de vaccination de leurs enfants et à compléter les doses prévues par le Programme élargi de vaccination.
Les autorités recommandent de consulter rapidement une structure de santé en cas de mal de gorge, de fièvre, de difficultés à avaler, d’enrouement ou d’apparition de dépôts blanchâtres dans la gorge. Une gêne respiratoire, un gonflement du cou, un écoulement nasal ou des saignements de nez doivent également conduire à demander un avis médical sans attendre.
Ces signes ne suffisent pas à établir un diagnostic. Ils justifient cependant une évaluation par un professionnel de santé. L’automédication peut retarder la prise en charge et compliquer le suivi des personnes ayant été en contact avec un cas confirmé.
Un enjeu de santé publique qui dépasse les foyers locaux
La répartition des cas change la nature de l’alerte. Le Sénégal ne fait pas face à un épisode limité à Kédougou. Douze régions sont désormais concernées. Les services sanitaires doivent donc maintenir une réponse nationale tout en adaptant les actions aux réalités de chaque territoire.
Les besoins ne sont pas identiques partout. Dans les zones rurales, l’accès aux postes de santé et la distance peuvent retarder la vaccination ou la consultation. Dans les villes, la densité de population et les déplacements quotidiens compliquent l’identification des contacts. À Dakar, l’enjeu est aussi de suivre rapidement les cas dans des départements très peuplés.
La progression impose également une coordination entre les niveaux national, régional et local. Les directions de la santé, les collectivités, les établissements scolaires et les relais communautaires doivent partager les informations utiles. Cette organisation est essentielle pour éviter qu’un cas isolé ne devienne un foyer plus large.
Le contexte régional compte aussi. Le Sénégal est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Les échanges de personnes entre pays voisins rendent nécessaire une surveillance coordonnée des maladies transmissibles, en particulier dans les régions frontalières comme Kédougou.
Pour les autorités sénégalaises, la prochaine étape sera de mesurer l’effet des opérations de vaccination et de vérifier si le nombre de nouveaux cas ralentit. Il faudra aussi suivre l’évolution dans les districts déjà touchés, identifier rapidement les chaînes de transmission et maintenir une information accessible aux familles.
Le bilan arrêté au 20 septembre constitue donc un signal d’alerte, mais pas un bilan définitif de l’épidémie. La vaccination, la qualité des données et la rapidité de la prise en charge détermineront la capacité du Sénégal à contenir la circulation de la diphtérie dans les prochaines semaines.
Le point régional communiqué à Louga et le bilan national arrêté au 20 septembre confirment l’ampleur actuelle de la mobilisation sanitaire au Sénégal.