Une transition encore fragile dans un pays où la jeunesse a pesé sur le tempo politique
À Antananarivo, la question n’est plus seulement de savoir qui gouverne Madagascar. Elle est aussi de savoir quand les Malgaches retrouveront un vote qui tranche clairement, sans prolonger l’incertitude. Après la chute du gouvernement en octobre 2025, la transition conduite par le colonel Michaël Randrianirina s’est installée dans le temps long, avec un calendrier qui vise une refondation institutionnelle avant le retour aux urnes.
Ce basculement s’inscrit dans une séquence entamée par la mobilisation de jeunes manifestants à Antananarivo, excédés par la dégradation du quotidien et par des promesses publiques jugées sans suite. La Haute Cour constitutionnelle a ensuite constaté la vacance du pouvoir présidentiel, puis l’autorité militaire a été appelée à exercer les fonctions de chef de l’État dans l’attente d’un nouvel ordre politique.
La SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, suit de près ce dossier. Dès décembre 2025, ses chefs d’État ont demandé aux autorités malgaches un rapport sur l’état de préparation au dialogue et une feuille de route nationale, tout en réaffirmant leur attachement au retour à l’ordre constitutionnel.
Du dialogue national au référendum : le calendrier malgache se précise
Le point central, désormais, tient à la séquence électorale. Les signaux accumulés depuis le début de l’année 2026 convergent vers un référendum constitutionnel attendu en juin 2027, avant une présidentielle à l’automne 2027 selon plusieurs éléments du calendrier publié par la CENI et repris dans la presse régionale. La Commission électorale nationale indépendante de Madagascar a, de son côté, engagé la refonte totale des listes électorales et du registre national, une étape indispensable avant tout scrutin crédible.
Cette mécanique n’est pas qu’administrative. Elle dit quelque chose de la manière dont Madagascar cherche à sortir d’une crise politique classique dans la région : un pouvoir contesté, une armée qui arbitre, puis un effort de normalisation institutionnelle sous regard régional. La CENI a rappelé que l’objectif de la refondation est de garantir des scrutins crédibles et pacifiques. La SADC, elle, a insisté sur un dialogue inclusif, porté par les Malgaches, et sur la participation possible des exilés politiques.
Le pouvoir de transition a aussi cherché à donner des gages à l’extérieur. En février 2026, Michaël Randrianirina a été reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron. Le communiqué conjoint a confirmé un horizon de vingt-quatre mois fixé par les autorités malgaches pour la refondation, ainsi qu’un appui français présenté comme compatible avec un calendrier d’élections libres et transparentes.
Ce rendez-vous franco-malgache compte, mais il ne suffit pas à lui seul à stabiliser le processus. Dans un pays insulaire confronté à des fragilités économiques, climatiques et sociales, la sortie de crise dépend d’abord de la confiance entre institutions, partis, société civile et électeurs. L’enjeu est moins la date d’un scrutin que la capacité à faire accepter ses règles.
Ce que cette séquence change pour Madagascar et pour la région australe
Pour les Malgaches, le calendrier annoncé pèse différemment selon les milieux. Dans la capitale, les débats portent sur la Constitution, la transition et la place de l’armée. Dans les régions, la priorité reste souvent plus concrète : l’accès à l’eau, à l’électricité, aux routes, aux soins et au revenu. La jeunesse urbaine, à l’origine du mouvement de rupture de 2025, attend des réponses rapides. Les administrations, elles, doivent remettre en marche un État affaibli sans donner l’impression de prolonger une transition devenue routine.
La dimension régionale est tout aussi importante. Madagascar appartient à la SADC, qui a fait de la stabilité politique, de l’intégration régionale et des chaînes de valeur un axe de travail central. Lors de ses sommets de 2026, l’organisation a continué de suivre le dossier malgache, tout en rappelant son intérêt pour la résilience, l’industrialisation et la transition énergétique dans l’espace australe. Pour Antananarivo, cela signifie que la transition n’est pas seulement l’affaire d’un gouvernement provisoire : elle conditionne aussi la crédibilité du pays auprès de ses voisins et de ses partenaires financiers.
Le dossier malgache résonne enfin à l’échelle continentale. L’Union africaine et la SADC observent ce type de transition avec prudence, car il existe toujours un risque de précédent : si la feuille de route est claire, inclusive et tenue dans les délais, le retour à l’ordre constitutionnel peut être consolidé. Si les échéances glissent, la transition peut se figer et nourrir de nouvelles tensions. Madagascar se trouve donc à un point d’équilibre. Le pays peut encore transformer une rupture politique en recomposition institutionnelle. Mais cela suppose que le référendum de 2027 ne soit pas seulement annoncé : il faudra qu’il soit préparé, débattu et accepté, du centre d’Antananarivo jusqu’aux périphéries du territoire malgache.