Une mine marocaine qui pèse désormais sur le marché de l’argent

Dans les hautes terres de l’Anti-Atlas, un site minier marocain s’est hissé au centre d’un marché mondialisé. Zgounder n’est pas seulement une mine de plus. C’est désormais un actif stratégique, parce qu’il concentre à lui seul une part décisive de la production d’argent du Royaume et du portefeuille d’un groupe canadien coté à Toronto et au Nasdaq.

Cette montée en puissance change le regard porté sur le secteur minier marocain. Le Maroc n’est plus seulement un pays de phosphates et de métaux de base. Il s’affirme aussi comme un pôle argentifère majeur en Afrique du Nord, avec des retombées industrielles, financières et fiscales qui dépassent le seul périmètre du site.

Rabat, ONHYM et un actif minier au cœur d’une chaîne de valeur internationale

Le dossier Zgounder s’inscrit dans un cadre marocain bien balisé. L’Office national des hydrocarbures et des mines, basé à Rabat, a longtemps gardé un lien avec le gisement. Ses documents publics indiquent qu’il détenait 15 % de la société d’exploitation Zgounder Millennium Silver Mining avant la cession de cette participation à Aya Gold & Silver en 2022. L’Office conserve toutefois une redevance économique sur la production, ce qui distingue la propriété de l’actif et la capture de sa valeur.

Autour de la mine, l’actionnariat se lit à travers Aya Gold & Silver, et non directement sur le site marocain. Les données publiées par le groupe montrent que Zgounder est détenue à 100 % par la société canadienne. Le capital d’Aya est donc le vrai lieu de diffusion du risque et du rendement. Les investisseurs institutionnels cités par les données de marché exposent leurs portefeuilles à la performance du complexe marocain, sans détenir pour autant l’exploitation elle-même.

Une production qui a bondi en 2025

Le fait marquant est là. Aya Gold & Silver a indiqué avoir produit 4,829,151 onces d’argent à Zgounder en 2025, soit environ 4,8 millions d’onces. Le groupe a aussi précisé que cette performance découlait du redémarrage en vitesse de croisière du site après l’agrandissement de l’usine de traitement, mise en service fin 2024.

Dans ses communications du début de 2026, la société a annoncé un objectif compris entre 5,2 et 5,8 millions d’onces d’argent pour Zgounder sur l’année 2026. Elle vise, plus largement, une production consolidée de 6,2 à 6,8 millions d’onces équivalent argent, en ajoutant le potentiel de Boumadine, autre projet marocain du groupe. Aya a aussi signalé que la vie de mine de Zgounder court désormais jusqu’en 2036, avec une moyenne annuelle d’environ 6 millions d’onces sur la durée du plan minier.

Cette trajectoire explique pourquoi Zgounder a changé de statut dans la cartographie africaine du métal blanc. La production 2025 du site dépasse les volumes annoncés pour Imiter, l’autre grand nom de l’argent au Maroc, exploité par Managem via sa filiale SMI. Les documents de Managem confirment qu’Imiter reste un centre historique de production, mais la hiérarchie de 2025 place Zgounder devant.

Ce que cette bascule change pour le Maroc

Pour l’économie marocaine, l’enjeu dépasse le seul volume extrait. Une mine plus productive, c’est davantage de ventes, de devises et de flux fiscaux, mais aussi une pression accrue sur l’énergie, l’eau, la logistique et la stabilité opérationnelle. Dans un pays où les chaînes minières restent très concentrées autour de quelques bassins, la performance de Zgounder renforce la place de l’Anti-Atlas comme zone minière d’intérêt national.

Pour l’État marocain, le dossier est aussi une affaire de souveraineté économique. La mine reste contrôlée par un groupe étranger, mais l’écosystème local en tire des emplois, des sous-traitances et une rente indirecte via la redevance conservée par l’ONHYM. Le modèle illustre une réalité fréquente dans les industries extractives africaines : l’actif peut être privé, tandis que l’ancrage territorial, réglementaire et fiscal demeure public.

Le signal compte aussi pour les populations et les territoires voisins. Une montée en cadence rapide bénéficie d’abord aux actionnaires et aux bilans du groupe. Mais elle peut ensuite soutenir les services locaux, les transports, les achats de biens et l’activité des prestataires marocains. L’enjeu est donc moins la mine en elle-même que sa capacité à diffuser une valeur durable hors du périmètre industriel.

Un indicateur à suivre au-delà du Maroc

Zgounder a une portée continentale parce qu’elle se situe à l’intersection de plusieurs dynamiques africaines : montée en puissance d’un opérateur canadien dans le Royaume, consolidation d’un champion minier marocain, et repositionnement de l’Afrique du Nord dans la carte de l’argent mondial. Le Silver Institute a d’ailleurs relevé que la production africaine d’argent a progressé en 2025, portée surtout par le Maroc.

Pour la région, le dossier illustre une réalité connue mais souvent sous-estimée : les grands projets miniers africains sont de plus en plus structurés par des capitaux transnationaux, tout en restant arrimés à des institutions nationales fortes. Au Maroc, cet équilibre passe par Rabat, l’ONHYM et les règles du secteur minier. Dans les mois à venir, il faudra surtout suivre la tenue des objectifs 2026, l’exécution industrielle de Zgounder et la montée en valeur de Boumadine, qui pourrait élargir encore le poids marocain dans le portefeuille d’Aya.