Un partenariat encore jeune, mais déjà très politique

À Gaborone, la visite d’un chef d’État du Golfe ne se lit pas seulement comme un geste diplomatique. Pour le Botswana, elle dit surtout une chose : la diversification économique n’est plus un slogan, mais une urgence concrète. Le pays reste fortement dépendant des diamants, tandis que ses dirigeants cherchent de nouveaux leviers dans l’énergie, les mines, la logistique et les services.

Dans ce cadre, le rapprochement avec Oman prend une valeur stratégique. Le Botswana appartient à la SADC, la communauté d’Afrique australe qui regroupe 16 États membres et dont le secrétariat est installé à Gaborone. Cette position régionale compte : elle place le pays au cœur des discussions sur l’intégration économique, les corridors de transport et la sécurité énergétique en Afrique australe.

Les relations diplomatiques entre Gaborone et Mascate ont été établies le 14 octobre 2025, selon le ministère botswanais des Affaires internationales. Le calendrier a ensuite accéléré : le président Duma Boko a effectué des déplacements à Oman en octobre 2025 puis en avril 2026, avant que le sultan Haitham bin Tariq n’entame, ce 16 septembre 2026, une visite d’État au Botswana, la première de son règne dans le pays.

Des accords déjà passés du niveau des intentions à celui des chantiers

La séquence n’est pas théorique. Le 16 avril 2026, les deux pays ont lancé à Maun un projet solaire de 500 MW couplé à un système de stockage par batteries de 500 MWh. Le gouvernement botswanais présente ce chantier comme l’un des plus ambitieux de son histoire énergétique. La coopération est portée par un partenariat gouvernement à gouvernement avec Oman, mis en œuvre par la Botswana Power Corporation et Okavango Solar.

Au-delà du solaire, les accords signés à Mascate couvrent aussi l’exploration minière, le stockage de produits pétroliers et des pistes de coopération en sécurité d’approvisionnement. Le ministère omanais des Affaires étrangères a confirmé que des mémorandums avaient été conclus entre OQ Group et Botswana Oil Limited, entre O-Green et la Botswana Power Corporation, ainsi qu’entre Oman Mining Development Company et l’Exploration Investment Company Botswana.

Les deux capitales ont également fixé un cap plus large. Les sources officielles parlent d’un cadre élargi de coopération énergétique de 3 000 MW, dont le projet de Maun constitue la première réalisation commerciale complète. Le Botswana, de son côté, vise 50 % d’électricité issue des renouvelables d’ici 2030, contre une base d’environ 8 % dans les documents gouvernementaux cités au printemps 2026.

Ce que cela change pour le Botswanais ordinaire, pour l’État et pour la région

L’enjeu le plus immédiat est la sécurité énergétique. Le Botswana importe encore une partie de son électricité, ce qui pèse sur l’industrie, les services et les ménages. Un projet solaire de 500 MW avec stockage peut, à terme, réduire les coupures, lisser la production en soirée et diminuer la facture d’importation. Pour l’État, il s’agit aussi d’un instrument de souveraineté économique, à un moment où les recettes minières sont fragilisées par la faiblesse du marché mondial du diamant.

La portée va au-delà de l’énergie. La coopération avec Oman touche aussi les minerais, le carburant, la logistique et la santé. Cela correspond à une logique claire : le Botswana veut sortir d’une dépendance excessive à une seule rente, tandis qu’Oman cherche à projeter ses groupes publics et son capital d’investissement vers l’Afrique australe. Pour les entreprises locales, cela peut ouvrir des contrats, des transferts de compétences et des chaînes de valeur nouvelles. Pour les travailleurs, l’effet dépendra cependant de la vitesse d’exécution, de l’ancrage local des sous-traitants et de la capacité du pays à transformer ces projets en emplois durables.

Le geste diplomatique a aussi une dimension pratique pour les mobilités. Oman a indiqué le 23 août 2026 que les détenteurs de passeports omanais pouvaient entrer au Botswana sans visa pour des séjours allant jusqu’à 90 jours. Dans l’autre sens, Gaborone a fait savoir qu’une ambassade serait ouverte à Mascate. Les visas ne sont pas un détail : dans les relations économiques entre deux États, ils conditionnent la circulation des cadres, des investisseurs, des techniciens et des opérateurs du secteur privé.

Une relation bilatérale à suivre dans le contexte africain

Ce dossier intéresse aussi l’échelle continentale. Il montre qu’un État d’Afrique australe peut nouer un partenariat structurant avec un acteur arabe sans passer par les canaux classiques des anciennes puissances tutélaires. Il illustre également le rôle croissant des fonds souverains et des groupes publics du Golfe dans le financement des infrastructures africaines, au moment où plusieurs pays du continent cherchent des capitaux plus rapides, plus ciblés et moins conditionnés aux schémas d’aide traditionnels.

Reste la question décisive : la vitesse d’exécution. Les annonces de 2025 et 2026 sont déjà nombreuses, mais le test réel se jouera sur le terrain, à Maun et dans les autres projets promis. C’est là que se dira si ce rapprochement devient un partenariat de transformation, ou seulement une belle séquence diplomatique. Pour le Botswana, le prochain point de vigilance n’est donc pas la signature de plus d’accords, mais leur traduction en capacités installées, en stockage, en transfert de savoir-faire et en recettes nouvelles pour Gaborone et pour les régions concernées.