Un métal convoité, mais une filière encore trop concentrée
En République démocratique du Congo, l’or attire à nouveau les capitaux. La dynamique est logique : quand les cours restent élevés et que les grands actifs déjà en production dominent un marché, les investisseurs cherchent des relais de croissance ailleurs. Le vrai enjeu n’est donc pas seulement de “trouver de l’or”, mais de savoir qui contrôle la valeur, qui finance les infrastructures et combien de retombées restent dans le pays.
Cette question compte particulièrement en RDC, où la filière aurifère reste très concentrée autour de Kibali, dans le nord-est du pays. Le ministère des Mines indique que, pour l’exercice 2025, la production industrielle d’or a atteint 28,2 tonnes, avec une part écrasante de Kibali Gold et une contribution marginale des autres opérateurs industriels. Autrement dit, la diversification annoncée ne relève pas du confort politique ; elle touche à l’équilibre même du secteur.
La RDC pousse plusieurs chantiers en parallèle
Le 4 septembre 2026, Louis Watum Kabamba, ministre des Mines, a reçu une délégation de la Société minière de Kilo-Moto, ou SOKIMO, l’entreprise publique qui détient des intérêts historiques dans le nord-est du pays. La rencontre portait sur le projet de Mongbwalu, en Ituri, présenté comme un chantier porté par une association entre SOKIMO et Shari Minerals, filiale congolaise d’Horizon Corporation. Le projet prévoit une usine et un démarrage de production visé pour septembre 2027.
Mongbwalu n’est pas un simple prospect. Horizon Corporation affirme avoir lancé les grands travaux de terrassement le 30 juin 2026, après le défrichage du site et l’enlèvement de la terre végétale. Le groupe dit aussi avoir avancé sur les routes d’accès, les installations de camp et les zones techniques. À ce stade, la société présente encore le calendrier comme un chantier en cours, avec une première production ciblée à mi-2027.
Dans le même temps, DRC Gold a annoncé un accord d’option sur le projet Giro, dans la ceinture de Kilo-Moto, avec l’objectif d’obtenir une participation initiale de 55 %. L’actif se trouve en Haut-Uélé, à environ 35 kilomètres à l’ouest de la mine Kibali, et le dossier reste soumis aux approbations réglementaires et actionnariales. De son côté, Avanti Gold a relevé à 45 millions de dollars canadiens son financement privé destiné à Misisi, dans le Sud-Kivu, pour préparer un programme de forage de 42 000 mètres et avancer vers une première évaluation économique du gisement.
Ce que cherchent les investisseurs : du potentiel, mais surtout de la visibilité
La montée des prix de l’or change l’équation. Le World Gold Council rappelle que 2026 a commencé avec des records, l’once dépassant 5 500 dollars en janvier avant de refluer ensuite. Quand le métal reste à des niveaux historiquement élevés, les projets marginaux deviennent plus bancables, à condition que les permis, la route, l’énergie et la sécurité suivent. C’est là que la RDC joue une partie plus large que la seule géologie.
Pour l’État congolais, l’intérêt est double. D’abord, réduire la dépendance à un petit nombre de mines industrielles déjà matures. Ensuite, capter davantage de valeur locale par l’emploi, la sous-traitance, les taxes et les services. Le discours officiel insiste d’ailleurs sur ce point : la SOKIMO présente Mongbwalu comme un actif structurant pour l’Ituri, avec la promesse d’un développement durable et de standards sociaux plus clairs. Dans les faits, ce type de promesse se juge sur la durée, pas sur une annonce.
Le contraste est net entre l’économie formelle du projet industriel et l’économie informelle qui continue de peser sur l’or congolais. Là où une mine industrielle promet des emplois qualifiés et une chaîne logistique, l’exploitation artisanale alimente souvent des revenus immédiats, mais plus fragiles, avec moins de visibilité fiscale et davantage de risques de fuite de valeur. La bataille n’oppose donc pas seulement des entreprises ; elle oppose aussi plusieurs modèles de développement minier.
Ituri, Sud-Kivu, Haut-Uélé : la sécurité reste le test décisif
Le principal frein n’est pas financier. Il est aussi sécuritaire. En Ituri, plusieurs sites miniers ont déjà été touchés par des attaques armées. MCC Resources a par exemple suspendu ses activités après une attaque survenue dans la nuit du 11 au 12 mars 2026 à Muchacha et Mavuvu. Dans une province où la MONUSCO continue de signaler des attaques contre les civils, un chantier minier ne se résume jamais à des bulldozers et des forages ; il dépend aussi de la capacité de l’État à sécuriser les axes, les villages et les zones de travail.
Cette réalité touche directement les investisseurs. Un projet peut afficher un potentiel de plusieurs millions d’onces et rester vulnérable si les accès sont coupés, si les communautés locales ne voient pas les bénéfices ou si les autorisations prennent du retard. Mongbwalu, Giro et Misisi avancent donc dans un environnement où la géologie est favorable, mais où la gouvernance, la transparence et la sécurité déterminent la vitesse réelle de mise en production.
À l’échelle régionale, le dossier dépasse la RDC. La ceinture aurifère de Kilo-Moto est un couloir minier d’Afrique centrale et de l’Est, connecté aux marchés du Soudan du Sud, de l’Ouganda et des circuits internationaux de raffinage et de négoce. Si Kinshasa parvient à faire passer plusieurs projets du stade des accords à celui de la production, le pays enverra un signal utile à toute la région : celui d’un sous-sol immense, mais mieux structuré, où l’investissement privé ne remplace pas l’État, mais peut fonctionner avec lui.