À Conakry, l’opposition cherche encore de l’espace politique
En Guinée, la bataille politique ne se joue plus seulement dans les urnes. Elle se joue aussi dans les marges laissées aux partis, dans la liberté de circuler et dans la possibilité même de contester le pouvoir sans être neutralisé. C’est dans ce climat qu’a resurgi la voix de Cellou Dalein Diallo, en exil depuis plusieurs années, au moment où son parti reste frappé par la décision des autorités de transition.
Le pays sort lentement d’une transition ouverte après le coup d’État du 5 septembre 2021. Le Comité national du rassemblement pour le développement, qui a pris le pouvoir à l’époque, a ensuite engagé une refonte du cadre politique, avec une charte de la transition et une nouvelle loi sur les partis. Mais cette remise en ordre institutionnelle s’est accompagnée d’un resserrement net du champ politique, dans un pays où la CEDEAO a suivi de près le calendrier de retour à l’ordre constitutionnel.
Ce que dit le dossier UFDG
Le 6 mars 2026, les autorités guinéennes ont annoncé la dissolution de 40 partis politiques, dont l’UFDG, le RPG et l’UFR, au motif de manquements aux obligations légales. Cette décision a été présentée comme l’aboutissement d’un processus d’évaluation administrative. L’UFDG, principal parti d’opposition, a dénoncé une mesure injuste et un pas supplémentaire vers un « parti-État », selon les termes relayés par la presse guinéenne.
Cette séquence n’est pas sortie de nulle part. Dès août 2025, les autorités avaient suspendu plusieurs formations d’opposition, dont l’UFDG, pour 90 jours, en invoquant déjà la conformité à la charte des partis. Des organisations de défense des libertés ont alors alerté sur un espace civique qui se rétrécissait à l’approche du référendum constitutionnel. Plus tard, en juillet 2026, la Guinée a aussi achevé l’installation d’une nouvelle Assemblée nationale issue d’un double scrutin largement contesté par l’opposition.
Dans ce contexte, Cellou Dalein Diallo a maintenu sa ligne. Depuis l’étranger, il a dénoncé la disparition de l’espace démocratique et refusé de considérer la séquence institutionnelle comme un retour normal à l’ordre constitutionnel. En mars 2026, à la suite de la dissolution des partis, il a affirmé que le pouvoir ajoutait à son bilan les restrictions des libertés publiques et les violations des droits humains. Sa position est claire : l’UFDG, même affaiblie dans ses structures, continue d’exister comme force politique et comme point de ralliement d’une opposition dispersée.
La découverte d’Allassoyah, un signal plus large
Au même moment, un autre dossier a traversé l’opinion guinéenne. Le 24 août 2026, six corps non identifiés ont été retrouvés dans une fosse commune à Sabakhouré, dans la sous-préfecture d’Allassoyah, près de Forécariah. Selon les premières constatations rapportées par la presse locale, les victimes avaient les mains ligotées et les yeux bandés. Les dépouilles ont été transférées à l’hôpital préfectoral de Forécariah pour des examens médico-légaux, et les autorités ont parlé, à ce stade, d’une enquête ouverte sans conclure sur les circonstances exactes.
Cet épisode a pesé dans l’entretien donné par Cellou Dalein Diallo, qui y voit la confirmation d’un problème plus vaste : la question des droits humains en Guinée ne se limite pas aux arrestations politiques ou aux suspensions de partis. Elle touche aussi la sécurité des citoyens, la confiance dans l’enquête judiciaire et la capacité de l’État à établir les faits sans ambiguïté. La Commission nationale de défense et de sécurité a d’ailleurs demandé de ne tirer aucune conclusion définitive à ce stade, preuve que le dossier reste ouvert et sensible.
Pour les Guinéens, l’enjeu est concret. Dans la capitale, Conakry, les partis cherchent encore comment exister sous surveillance. Dans les régions, les familles veulent des réponses sur les disparitions, les arrestations et les violences. Pour les autorités, la priorité affichée est la mise en conformité du paysage politique et l’organisation des échéances électorales. Pour l’opposition, la question est différente : comment participer à un jeu électoral si les principaux acteurs sont dissous, suspendus ou poussés dehors ?
Une affaire guinéenne, mais aussi ouest-africaine
La portée dépasse Conakry. La Guinée reste l’un des dossiers sensibles de la CEDEAO, car la transition y a servi de test pour la crédibilité régionale en matière de retour à l’ordre constitutionnel. Si les autorités disent remettre de l’ordre dans la vie publique, leurs opposants y lisent plutôt une fermeture durable de l’espace politique. Cette tension intéresse aussi l’Union africaine, souvent confrontée au même dilemme : accompagner une transition sans légitimer l’écrasement du pluralisme.
La suite dépendra des enquêtes ouvertes sur le dossier d’Allassoyah, mais aussi des prochains arbitrages politiques à Conakry. Entre la discipline institutionnelle revendiquée par le pouvoir et la dénonciation d’un verrouillage par l’opposition, la Guinée continue d’avancer sur une ligne de crête. Et c’est précisément là que se joue, aujourd’hui, la crédibilité de sa transition.