Une indemnisation qui dépasse le simple versement d’argent

À Tanda, dans l’est ivoirien, l’enjeu ne se résume pas à un chèque. Il touche à la manière dont un grand projet minier entre sur un territoire, compense les pertes et laisse une trace durable dans les économies locales. En Côte d’Ivoire, où la capitale est Yamoussoukro mais où Abidjan concentre la finance et une grande partie des services, la question de l’indemnisation minière est aussi une question de confiance.

Le dossier Assafo-Dibibango s’inscrit dans une séquence déjà bien avancée. Endeavour Mining a obtenu l’autorisation environnementale pour le projet en 2025, puis a présenté en avril 2026 les résultats d’une étude de faisabilité définitive pour Assafou, sur la propriété Tanda-Iguela. La compagnie parle d’un projet appelé à devenir l’un de ses actifs majeurs en Côte d’Ivoire.

Ce que prévoit l’accord signé à Abidjan

Le 26 août 2026, AFG Bank Côte d’Ivoire et la Société des Mines d’Assafo-Dibibango, filiale locale d’Endeavour Mining, ont signé à Abidjan une convention pour organiser le circuit bancaire de paiement des indemnités dues aux populations affectées par le projet. Le dispositif concerne plus de 1 150 bénéficiaires et porte sur une enveloppe supérieure à 28 milliards de FCFA.

Selon les éléments publiés sur le projet, la banque doit ouvrir des comptes dédiés, sécuriser les flux et tracer les paiements. Cette architecture vise à réduire les risques liés aux versements en espèces, tout en facilitant l’accès aux fonds pour des ménages souvent éloignés des services bancaires classiques. AFG Bank dit vouloir contribuer à la bancarisation d’une population encore partiellement en marge du système financier.

Du côté d’Endeavour, le partenariat est présenté comme une façon de mieux accompagner les communautés de Tanda avec un acteur bancaire national disposant d’un maillage territorial important. AFG Bank Côte d’Ivoire met en avant 88 points de présence et une stratégie de digitalisation, héritées de l’absorption des activités de l’ex-Banque Populaire de Côte d’Ivoire.

Pourquoi la bancarisation change la nature de la compensation

Le choix du paiement bancaire n’est pas un détail technique. Il transforme la compensation en opération financière structurée. Pour les bénéficiaires, cela peut faciliter la traçabilité, limiter les erreurs de distribution et ouvrir un premier accès aux services bancaires. Pour les entreprises, cela renforce la conformité et l’image de responsabilité sociale. Pour l’État, cela permet de mieux suivre un flux qui dépasse ici 28 milliards de FCFA.

Mais le sujet reste sensible. Dans les zones minières, les attentes portent sur la vitesse du paiement, la clarté des critères d’éligibilité et la prise en compte des personnes déplacées, des exploitants agricoles et des activités informelles. Le plan de réinstallation et de compensation évoqué par la SMAD doit précisément répondre à ces fragilités. Tant que le détail des montants individuels et du calendrier n’est pas rendu public, la transparence réelle dépendra de la qualité de l’exécution sur le terrain.

Le territoire de Tanda, dans la région du Gontougo, se trouve ainsi au croisement de plusieurs logiques. Il y a la logique industrielle, avec un projet aurifère présenté comme l’un des plus ambitieux du pays. Il y a la logique locale, avec des villages, des terres et des revenus agricoles potentiellement affectés. Et il y a la logique institutionnelle, car l’étude d’impact a été approuvée par le ministère de l’Environnement, avec supervision de l’Agence nationale de l’Environnement, ce qui inscrit le projet dans le cadre réglementaire ivoirien.

Un signal pour le secteur aurifère ivoirien et pour la région

En Côte d’Ivoire, l’or est devenu un marqueur majeur de la diversification économique. La montée en puissance d’Assafo-Dibibango montre que le pays cherche à articuler extraction, conformité environnementale et intégration financière locale. Le message vaut au-delà de Tanda : les grands projets miniers sont désormais jugés autant sur leur capacité à produire que sur leur capacité à compenser, documenter et redistribuer.

La portée est aussi régionale. Endeavour Mining est déjà actif au Sénégal, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, trois pays d’Afrique de l’Ouest liés par les chaînes d’approvisionnement minières, les mobilités de travail et les débats sur la valeur locale créée par les ressources extractives. Dans cet espace, les dispositifs d’indemnisation et de bancarisation deviennent des références comparables, surtout quand les populations veulent voir plus clairement où vont les revenus du sous-sol.

La suite se jouera dans l’exécution. Le calendrier de décaissement, la qualité de l’accompagnement bancaire, la gestion des cas litigieux et la capacité à maintenir le dialogue avec les communautés diront si ce partenariat relève d’un simple mécanisme de paiement ou d’un modèle de gouvernance locale plus robuste. À l’échelle ivoirienne comme à l’échelle ouest-africaine, c’est souvent là que se joue la crédibilité des grands projets miniers.