Quand la terre se dégrade, ce sont les champs, l’eau et les revenus qui vacillent
Dans plusieurs régions ivoiriennes, la même scène revient: une parcelle retournée, un cours d’eau trouble, des terres agricoles amputées. Derrière ces traces, il n’y a pas seulement un problème d’ordre public. Il y a une pression directe sur les récoltes, sur l’eau potable, sur la santé des villages et sur les économies locales. C’est ce lien entre sol, survie et souveraineté que la Côte d’Ivoire a voulu porter à la tribune de la COP17 sur la désertification, à Oulan-Bator, en Mongolie.
La Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification se tient du 17 au 28 août 2026 et réunit les États autour d’un enjeu devenu central: restaurer les terres, renforcer la résilience à la sécheresse et préserver les systèmes agropastoraux. L’ONU rappelle qu’environ 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées, avec des effets directs sur la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau.
Abidjan transforme l’orpaillage illégal en sujet continental
À Oulan-Bator, la délégation ivoirienne a choisi de ne pas parler seulement de restauration des sols en général. Elle a mis en avant l’orpaillage illégal, présenté par Abou Bamba comme une menace majeure pour les terres africaines. Le ministre ivoirien de l’Environnement et de la Transition écologique, nommé en janvier 2026, a porté une initiative de coalition africaine contre l’exploitation minière illégale et la dégradation des terres.
Ce choix n’est pas symbolique. En Côte d’Ivoire, les autorités disent désormais disposer d’un arsenal juridique, institutionnel et opérationnel renforcé. Elles citent notamment la Brigade de Répression des Infractions au Code Minier et le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal. Le gouvernement affirme aussi que 29 des 31 régions du pays sont touchées par le phénomène. Ce chiffre doit être lu comme une estimation administrative, mais il montre l’ampleur du défi.
Depuis le début de l’année 2026, l’exécutif ivoirien a multiplié les opérations de terrain et les campagnes de sensibilisation. À Tiapoum, sur le front des lagunes, le gouvernement a relié l’orpaillage illégal à la contamination des eaux et au remblayage anarchique de certains plans d’eau. À Daoukro, il a lancé le volet consacré à la réhabilitation des terres dégradées. À Séguéla, il a aussi cherché à mobiliser les communautés locales.
Un enjeu économique, mais aussi social et sécuritaire
L’intérêt d’Abidjan à internationaliser le sujet est clair. L’orpaillage illégal ne détruit pas seulement les sols. Il fragilise aussi les chaînes agricoles, fait reculer les surfaces cultivables et alimente des économies parallèles difficilement contrôlables. Dans plusieurs régions, les autorités évoquent aussi l’insécurité, les conflits fonciers et la pression sur les communautés riveraines.
La Côte d’Ivoire n’est pas seule dans ce cas. À l’échelle africaine, l’exploitation minière illégale suit les mêmes logiques: extraction rapide, faible traçabilité, pollution des eaux, déforestation et perte de revenus publics. Une lecture régionale s’impose donc. En Afrique de l’Ouest, les routes de l’or illicite franchissent souvent les frontières. Elles dépassent la seule question minière et touchent à la gouvernance, au contrôle territorial et à la coopération entre États de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Dans ce cadre, la stratégie ivoirienne vise aussi à déplacer le centre de gravité du débat. Plutôt que de réduire l’orpaillage illégal à une affaire de police, Abidjan le présente comme un problème de dégradation des terres, donc comme un sujet de développement. Ce glissement compte, car il permet de relier l’environnement à l’agriculture, aux finances publiques et à la stabilité locale.
Ce que la Côte d’Ivoire cherche à peser à l’échelle africaine
La coalition africaine annoncée par la Côte d’Ivoire veut faire entrer l’exploitation minière illégale dans le champ des priorités collectives du continent. L’idée est simple: un pays seul peut fermer un site, mais il lui est plus difficile d’endiguer des filières qui s’adaptent, circulent et se déplacent. Une réponse coordonnée peut mieux relier prévention, traçabilité, restauration des sites et partage d’expérience entre États.
Cette approche rejoint les débats plus larges de la diplomatie environnementale africaine. À l’Union africaine, la lutte contre la dégradation des terres, la sécheresse et les activités extractives non maîtrisées s’inscrit désormais dans les discussions sur la sécurité alimentaire, les emplois ruraux et la résilience climatique. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de protéger l’environnement, mais de protéger les bases matérielles de la croissance.
Pour la Côte d’Ivoire, la séquence est aussi politique. Le pays cherche à montrer qu’il peut porter une proposition concrète au moment où l’Afrique réclame davantage de moyens pour restaurer ses terres. La suite se jouera dans la capacité à transformer cette annonce en mécanisme durable: coopération régionale, financement, suivi des sites dégradés et participation des communautés. C’est là que l’enjeu se déplacera, de la tribune internationale vers le terrain ivoirien.