À Niamey, la souveraineté minière se joue aussi dans les contrats
Dans le nord du Niger, l’uranium n’est pas qu’une ressource. C’est un levier de négociation, de recettes publiques et de visibilité stratégique. À Arlit, dans la région d’Agadez, chaque permis raconte désormais quelque chose de plus large que la seule géologie : la manière dont l’État nigérien veut reprendre la main sur une filière longtemps structurée par des partenaires étrangers.
Cette séquence s’inscrit dans une trajectoire ouverte après le changement de pouvoir du 26 juillet 2023 à Niamey. Depuis, les autorités ont multiplié les décisions touchant les actifs miniers, dans un contexte de rupture avec plusieurs partenaires occidentaux et de redéfinition des alliances régionales. Le pays reste lié à son environnement ouest-africain, mais il a aussi fait évoluer sa relation avec la CEDEAO, dont les sanctions avaient accompagné la crise de 2023, avant un climat plus pragmatique sur certains dossiers économiques.
Ce qui a été décidé pour Madaouela I
Le 21 août 2026, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret réattribuant le permis de grande exploitation d’uranium « Madaouela I » à Madaouela Mining Company, ou MAMICO, dans la commune urbaine d’Arlit, région d’Agadez. Le lendemain, le communiqué officiel du gouvernement précisait que le permis avait été retiré en juillet 2024 et était revenu dans le domaine public de l’État par décret du 31 juillet 2024.
Le même communiqué détaille les termes de la nouvelle étape : une redevance initiale forfaitaire de 10 millions de dollars, des engagements en matière de contenu local, environ 1 000 emplois pour les jeunes Nigériens, et une priorité donnée aux entreprises locales pour les prestations et fournitures liées au projet. Le texte ajoute que la société devra aussi contribuer au renforcement des capacités des agents des mines et au développement local des collectivités concernées.
Sur le plan capitalistique, la structure annoncée marque un changement net par rapport à l’époque GoviEx. La société australienne, devenue Atomic Eagle après sa reprise, obtient 60 % du projet et le contrôle opérationnel, tandis que l’État nigérien détient 40 %. Cette répartition a été reprise par plusieurs médias financiers spécialisés à partir des informations de l’entreprise et des autorités nigériennes.
Le montage prévoit aussi des dispositions financières importantes. L’État dispose d’un crédit de 40 millions de dollars pour couvrir ses contributions futures, sans dilution immédiate, tandis qu’Atomic Eagle doit verser 10 millions de dollars pour le permis. À cela s’ajoutent des droits de commercialisation partagée sur la production, avec des mécanismes de préemption ou de réquisition encadrés, dans la limite de 50 % de la production.
Un compromis après un bras de fer long de deux ans
Le dossier n’a pas avancé d’un bloc. En juin 2026, Reuters signalait déjà que des discussions techniques et juridiques avaient été engagées à Niamey entre la société et le ministère des Mines pour préparer une nouvelle convention minière. Un mois plus tôt, la compagnie indiquait avoir demandé la cessation temporaire de l’arbitrage international lancé après le retrait du permis en 2024, le temps de négocier une issue amiable avec l’État nigérien.
Le litige initial remonte à juillet 2024, quand les autorités nigériennes ont retiré le permis de Madaouela I à GoviEx, alors estimant que le développement du projet avançait trop lentement. D’après les documents financiers de l’entreprise, ce retrait a déclenché une procédure d’arbitrage international fondée sur la convention minière signée en 2007. Le projet demeure pourtant l’un des plus importants gisements d’uranium du pays, avec une ressource historique annoncée à 116,5 millions de livres d’U3O8.
Cette issue diffère de celle d’autres dossiers miniers nigériens. Dans le cas d’Orano, les autorités ont retiré le permis d’Imouraren en juin 2024, puis engagé une reprise en main plus franche de l’outil industriel uranifère. Orano indique dans son rapport annuel 2024 que ses filiales nigériennes ont été déconsolidées, et que le permis d’Imouraren a été retiré le 19 juin 2024. Le dossier reste contentieux. À l’inverse, Madaouela débouche sur une convention renégociée, ce qui montre qu’à Niamey la souveraineté minière ne passe pas toujours par la même méthode.
Ce contraste est important pour le Niger, mais aussi pour le marché mondial de l’uranium. L’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE rappelle que le pays a longtemps porté une part notable de l’offre africaine, et que le développement de nouvelles mines comme Madaouela pourrait de nouveau accroître l’emploi et la capacité de production du secteur. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de renégocier un permis. Il est de transformer un gisement en levier industriel, fiscal et social durable.
Ce que l’accord change pour le Niger et pour la région
Pour l’État nigérien, le nouvel accord combine trois objectifs rarement faciles à tenir ensemble : récupérer davantage de valeur, sécuriser les investissements et conserver une marge de contrôle sur une ressource sensible. Le gouvernement cherche aussi à montrer qu’il peut négocier sans renoncer à ses lignes rouges. C’est une manière de dire aux opérateurs miniers que le Niger reste ouvert, mais selon des règles réécrites à Niamey, pas ailleurs.
Pour la population d’Arlit et plus largement pour Agadez, l’effet attendu concerne d’abord l’emploi, les sous-traitances et les recettes locales. Mais la promesse reste liée à la vitesse d’exécution. Le communiqué gouvernemental parle d’une période de dix ans renouvelable par tranches de cinq ans, d’études de faisabilité à actualiser sous deux ans, et de la nécessité de réunir le financement avant le lancement réel des travaux. Tant que la mine n’est pas construite, l’impact reste suspendu entre annonce politique et chantier à financer.
À l’échelle continentale, ce dossier rejoint une tendance plus large : plusieurs États africains veulent augmenter leur part dans les chaînes de valeur minières, sans fermer la porte aux capitaux étrangers. Le Niger, membre de la CEDEAO mais désormais en recomposition politique après la crise de 2023, montre qu’un pays peut chercher une voie intermédiaire entre nationalisation, partenariat et contrôle accru des revenus. Pour les autres capitales africaines, Madaouela servira de test : la souveraineté minière peut-elle produire un projet vite, avec du financement, des emplois et des recettes, sans rallonger indéfiniment les délais ?
La suite dépendra de la capacité de MAMICO et de l’État nigérien à passer du compromis juridique à l’exécution industrielle. Les deux prochaines années seront décisives pour l’actualisation des études, la sécurisation des fonds et la mise en cohérence d’un projet qui doit désormais répondre à une attente simple : prouver que la reprise en main des ressources peut aussi devenir une création de valeur tangible pour les Nigériens.