À Lusaka, une victoire électorale ne suffit pas à calmer le jeu

En Zambie, une élection ne se lit pas seulement dans les pourcentages. Elle se mesure aussi à la liberté de campagne, à la manière dont la police agit, et à la confiance que gardent les électeurs après le dépouillement. C’est précisément là que le scrutin de la semaine dernière laisse des traces, alors que le président Hakainde Hichilema vient d’obtenir un second mandat dans un climat tendu.

Le pays, capitale Lusaka, reste l’un des espaces politiques les plus suivis d’Afrique australe. La Zambie appartient à la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, qui envoie des missions d’observation lors des élections. L’Union européenne a aussi déployé une mission à l’invitation des autorités zambiennes. Ces présences rappellent qu’à Lusaka, la compétition électorale dépasse la seule scène intérieure. Elle engage l’image d’une démocratie qui a longtemps été perçue comme stable dans la région.

Le scrutin, la proclamation et les accusations

Selon les résultats proclamés mardi par la commission électorale, Hakainde Hichilema a recueilli environ 60 % des voix, contre près de 38 % pour son principal adversaire, Brian Mundubile, chef de l’opposition. Le vote du 13 août 2026 concernait la présidence, mais aussi le Parlement et les collectivités locales, dans un pays qui organise ses élections générales tous les cinq ans.

L’annonce n’a pas mis fin aux contestations. Le vote s’est déroulé globalement sans chaos généralisé, mais le processus a été marqué par des restrictions dénoncées par l’opposition, et relevées par les observateurs européens. Ces derniers ont estimé que le cadre électoral s’était déroulé dans un environnement qui limitait les libertés fondamentales, avec des conditions de campagne inégales et des incertitudes juridiques tardives.

La séquence la plus sensible est venue après un raid de la police sur une propriété où se trouvait Brian Mundubile. Les autorités disent avoir interpellé onze responsables de l’opposition, après des échanges de tirs et la découverte présumée d’armes lourdes et de munitions. L’opposition rejette cette version. Mundubile affirme qu’il n’était pas armé et qu’il se trouvait sous protection pour des raisons de sécurité.

La commission électorale a par ailleurs suspendu le dépouillement pendant plusieurs heures, vendredi, en évoquant des attaques contre des agents électoraux et le vol de bulletins ou d’urnes. Cette pause a conduit au déploiement de l’armée dans certaines zones de la capitale, un signal inhabituel dans un pays qui a généralement gardé les transitions politiques dans un cadre civil.

Ce que dit l’ONU, et pourquoi cela compte

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a dit mercredi être préoccupé par les informations faisant état d’arrestations de membres de l’opposition avant et après le scrutin. Il a appelé les autorités à mettre fin aux arrestations arbitraires et à respecter la procédure régulière pour toute personne détenue. Même sans verdict judiciaire, ce rappel place la question au cœur du débat : un scrutin ne vaut pas seulement par le nombre de voix, mais aussi par les garanties offertes aux concurrents.

Cette alerte onusienne résonne avec un précédent récent. En 2021 déjà, la Zambie sortait d’une campagne où les observateurs européens avaient relevé des conditions inégales et des restrictions aux libertés publiques. Depuis, Hichilema a gouverné dans un contexte de redressement macroéconomique, après le défaut de paiement de 2020 et la restructuration de la dette. Mais la stabilisation de la monnaie, la baisse de l’inflation et les efforts sur la dette n’ont pas effacé, pour une partie des Zambiens, le coût de la vie ni les coupures d’électricité.

Le contraste est net entre les équilibres macroéconomiques et la vie quotidienne. Dans la capitale, les arbitrages politiques se jouent à haut niveau. Dans les provinces, l’accès à l’électricité, les prix des denrées et l’emploi pèsent davantage que les grands discours sur la réforme. Hichilema a mis en avant un plan de reprise et une ambition forte pour le cuivre, ressource stratégique pour la Zambie et convoitée par plusieurs partenaires étrangers. Mais l’opposition a capitalisé sur le sentiment que les gains économiques ne sont pas encore répartis de manière visible.

Les observateurs de la SADC ont aussi été mobilisés, ce qui montre que le dossier n’est pas seulement national. Dans la région, une élection contestée en Zambie peut peser sur les standards démocratiques que les États membres disent vouloir défendre. La SADC a rappelé, en lançant sa mission, son attachement à des élections crédibles, pacifiques et conformes à ses principes de gouvernance démocratique.

Une portée régionale au-delà des chiffres

La Zambie reste un pays de poids en Afrique australe, à la fois par sa position géographique et par son rôle dans les chaînes de valeur du cuivre. Un scrutin contesté à Lusaka a donc une portée qui dépasse les frontières nationales. Les partenaires régionaux et internationaux suivent deux choses en parallèle : la solidité du résultat et la manière dont les autorités traiteront les opposants arrêtés.

Pour les institutions zambiennes, l’enjeu est clair : éviter qu’une victoire arithmétique se transforme en crise de légitimité. Pour l’opposition, la bataille porte sur la capacité à contester sans basculer dans l’affrontement. Pour la population, l’attente demeure plus concrète : des prix supportables, des services plus fiables et un climat politique où la compétition ne se joue pas sous la menace.

La suite se jouera dans les tribunaux, dans les déclarations des missions d’observation et dans la gestion des détenus issus de l’opposition. En Zambie, la vraie question n’est pas seulement de savoir qui a gagné. Elle est de savoir si le pays peut conserver sa réputation électorale tout en faisant respecter les règles du jeu.