Une carte réseau qui dépasse la simple couverture

Au Mozambique, la question n’est plus seulement de savoir qui possède un téléphone. Elle est de savoir qui peut vraiment se connecter, apprendre, vendre, travailler et accéder aux services publics depuis son quartier, son village ou son école. Dans un pays où l’Internet mobile reste encore loin d’être universel, chaque nouvelle antenne, chaque salle de classe raccordée et chaque point d’accès public pèse bien plus qu’une promesse technique. C’est une pièce de plus dans la construction d’une économie numérique qui ne laisse pas la campagne à la marge.

La cible annoncée par les autorités mozambicaines est claire : étendre les services de télécommunications à au moins 300 localités dans les prochaines années. Le ministère des Communications et de la Transformation numérique place cette ambition dans la continuité du programme national d’inclusion numérique, avec une priorité affichée pour les zones rurales et les écoles. Le gouvernement dit déjà avoir relié 149 localités à Internet et connecté 418 écoles, tandis que la feuille de route évoque jusqu’à 4 000 écoles raccordées et environ 10 000 nouveaux points d’accès en 4G et 5G.

Le contexte mozambicain : un territoire vaste, une fracture persistante

Le Mozambique avance avec une contrainte structurelle connue : la population est dispersée sur un territoire immense, et une large part vit hors des centres urbains. La Banque mondiale estime qu’en 2024, 61 % des Mozambicains vivaient en milieu rural. Dans le même temps, les données de l’Union internationale des télécommunications indiquent que seulement 20,5 % de la population utilisait Internet cette année-là. Autrement dit, le pays n’a pas un simple problème de débit ; il fait face à un problème d’accès réel, d’abord géographique, puis économique et social.

Le régulateur national, l’INCM, a déjà posé plusieurs briques. En avril 2026, il a lancé la phase pilote du roaming national, un dispositif qui permet à un client de passer sur le réseau d’un autre opérateur quand son propre signal manque. Le texte réglementaire précise que l’objectif est de répondre aux zones à couverture insuffisante, notamment rurales. En parallèle, le Fonds de service d’accès universel finance des projets de connectivité rurale et des infrastructures dans les écoles. Ces outils montrent une stratégie plus large : mutualiser l’infrastructure là où le marché seul ne va pas assez vite.

Ce que change l’annonce du 17 août

L’annonce du 17 août ne sort pas de nulle part. Elle prolonge le lancement officiel du projet « Internet Para Todos », présenté le 28 mars 2025 à Nacala-Porto. Ce programme vise une couverture plus large d’ici 2030, avec des objectifs de densité mobile, d’extension du réseau et d’ouverture à de nouveaux acteurs, y compris les opérateurs satellitaires à orbite basse et les sociétés d’infrastructures télécoms. Le gouvernement veut aussi accélérer la fibre optique et améliorer la qualité de service dans les zones où le réseau existe, mais reste fragile.

Les chiffres rappellent toutefois que la couverture ne suffit pas. En 2024, l’UIT estimait que 79,9 % de la population possédait un téléphone mobile, mais que le taux de pénétration d’Internet restait à 20,5 %. Cette différence dit beaucoup : avoir un appareil ne veut pas dire disposer d’une connexion régulière, abordable et utile. La Banque mondiale montre aussi que la part de la population vivant en zone rurale et la faiblesse de l’inclusion financière entretiennent un cercle de contraintes. L’accès dépend encore du prix des terminaux, du coût des données, de l’électricité, et des compétences numériques.

Des enjeux très concrets pour les ménages, les écoles et les opérateurs

Pour les ménages, la question est celle du coût. Selon l’indice de connectivité mobile de la GSMA, le Mozambique n’obtenait en 2024 qu’un score de 30,1 sur 100 pour l’accessibilité financière des téléphones mobiles, et 18,3 pour les 40 % les plus pauvres. Ce niveau reste insuffisant pour transformer la couverture en usage massif. Sans terminaux adaptés, sans données à prix supportable et sans littératie numérique, la nouvelle antenne ne change pas la vie quotidienne autant qu’annoncé.

Pour les écoles, en revanche, l’impact peut être plus immédiat. Le gouvernement affirme avoir déjà connecté 418 établissements et prépare un raccordement de grande ampleur. Dans un pays où l’école rurale manque souvent de ressources, Internet peut servir à la formation des enseignants, à l’accès aux contenus pédagogiques et aux démarches administratives. Mais là encore, l’effet dépend de la stabilité électrique, de l’entretien des équipements et de la formation du personnel. Une connexion posée sans accompagnement risque de rester sous-utilisée.

Pour les opérateurs, enfin, l’État pousse à une logique de partage et de densification. Le roaming national, les stations rurales financées par le FSAU, les points d’accès 4G et 5G et l’ouverture annoncée à de nouveaux fournisseurs dessinent un marché où la rentabilité ne se limite plus aux capitales provinciales. C’est un signal important pour Maputo, mais aussi pour les opérateurs présents dans les provinces de Cabo Delgado, Nampula, Zambézia, Tete, Sofala ou Inhambane, où la demande existe, mais reste coûteuse à servir.

Une portée régionale dans l’espace de la SADC

Le Mozambique n’agit pas en vase clos. Son choix s’inscrit dans une tendance plus large de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, où la connectivité est devenue un levier de productivité, d’éducation et de souveraineté économique. Le pays cherche à réduire l’écart entre Maputo, les villes intermédiaires et les districts les plus isolés. C’est un enjeu régional, car les chaînes logistiques, les services financiers mobiles et les échanges transfrontaliers se numérisent eux aussi.

La portée continentale est la même : l’inclusion numérique n’est plus un luxe, mais une condition d’accès à la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine. Sans réseau fiable, sans compétences numériques et sans tarifs supportables, les petites entreprises, les écoles et les administrations locales restent à distance de l’intégration africaine qui se construit. Au Mozambique, le prochain test sera donc concret : la promesse de 300 localités connectées devra se traduire, dans les faits, par davantage d’élèves en ligne, de services accessibles et d’activités économiques mieux reliées au reste du pays.