Le football féminin africain a changé d’échelle, mais le Cameroun doit encore rattraper le train

Sur le papier, le dernier grand rendez-vous continental a raconté une histoire simple : plus d’équipes, plus de matchs serrés, plus d’enjeu sportif. Dans les faits, il a aussi rappelé une réalité moins confortable pour le football camerounais : quand le niveau monte, l’absence d’une sélection se voit immédiatement. Le Cameroun n’a pas pris part à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations féminine CAF TotalEnergies, organisée au Maroc en juillet 2025 après un report de calendrier décidé par la CAF.

Ce tournoi a confirmé deux dynamiques fortes en Afrique. D’abord, le Maroc s’est installé comme place forte de l’organisation du football féminin sur le continent. Ensuite, la compétition féminine est devenue un véritable test de profondeur pour les fédérations. La CAF a maintenu un format à 16 équipes, après l’avoir annoncé dans son calendrier officiel, et cette évolution a ouvert la porte à davantage de nations.

Le cadre régional : la CEMAC observe un continent plus structuré

Pour le Cameroun, pays d’Afrique centrale membre de la CEMAC, l’enjeu dépasse le seul résultat sportif. La région regarde aussi la capacité de ses fédérations à bâtir des équipes féminines régulières, encadrées et compétitives. À l’échelle africaine, la CAF pousse vers une professionnalisation plus nette, avec des calendriers mieux définis, des primes relevées et une visibilité accrue. La prime du vainqueur de la WAFCON 2024 a été doublée, pour atteindre 1 million de dollars, tandis que l’enveloppe globale a augmenté de 45 %.

Dans ce contexte, le Maroc sert de vitrine, mais aussi de référence logistique. Le royaume a accueilli les trois dernières éditions citées par la CAF et a confirmé sa montée en puissance dans le football féminin, sous la direction de Jorge Vilda. L’organisation, les stades et le calendrier ont donné à cette compétition une stabilité que beaucoup de tournois africains n’avaient pas toujours connue.

Les faits : un tournoi plus dense, plus ouvert, et moins prévisible

Le grand enseignement sportif est là. La WAFCON 2024, jouée en 2025 au Maroc, a été remportée par le Nigeria, qui a battu le Maroc 3-2 en finale à Rabat et a décroché sa 10e couronne continentale. La CAF a confirmé ce résultat et a rappelé que le Nigeria restait le recordman du tournoi, devant l’Afrique du Sud et la Guinée équatoriale.

Le format élargi à 16 équipes a aussi produit une compétition plus ouverte. La CAF a relevé que le tournoi avait généré davantage de surprises, plus de buts et plus de matchs disputés. Le bilan officiel fait état de 90 buts en 32 rencontres, pour une moyenne de 2,81 buts par match. Cela marque une progression par rapport à l’édition précédente.

Dans le même temps, la compétition a révélé de nouvelles forces. Le Malawi, invité au plus haut niveau continental, a créé la sensation. La Tanzanie a aussi bousculé les hiérarchies. Et plusieurs équipes ont montré que l’écart entre les meilleures et le reste du continent se resserre. La CAF a d’ailleurs consacré plusieurs articles à ces évolutions, signe que le niveau général progresse.

Le cas camerounais : une absence qui dit beaucoup

Le Cameroun, lui, n’était pas dans le tableau final. C’est un fait majeur. La sélection féminine a été éliminée par le Kenya lors des qualifications de 2023, aux tirs au but, après un score cumulé de 1-1. La CAF a explicitement indiqué que les Lionnes indomptables ne participeraient pas au tournoi au Maroc.

Cette absence pèse davantage qu’un simple rendez-vous manqué. Elle révèle une fragilité de continuité. Le Cameroun reste une nation importante du football féminin africain, mais son rang historique ne suffit plus. À date, la FIFA classe encore l’équipe du Cameroun au 71e rang mondial chez les femmes, avec une meilleure position historique à la 41e place. Le statut compte, mais il ne garantit rien sans programme, rythme de matchs et stabilité technique.

L’épisode a aussi confirmé une autre réalité : les places continentales se gagnent désormais autant sur le terrain que dans la préparation. Les sélections qui avancent combinent structuration locale, repérage des joueuses, encadrement technique stable et calendrier clair. Le Cameroun, lui, a trop souvent alterné les cycles de relance et les phases d’attente. Dans un tournoi à 16, cette irrégularité coûte cher.

Un enjeu plus large que le score : concurrence, financement et calendrier

Le football féminin africain entre dans une phase où les écarts se réduisent, mais où les moyens restent très inégaux. La CAF a relevé la dotation de la WAFCON et elle a inscrit la compétition dans une logique de développement plus ambitieuse. Pourtant, les obstacles persistent : déplacements coûteux, visas, stades peu remplis hors pays hôte et calendrier international parfois mal aligné. La CAF elle-même a reconnu qu’il fallait encore trouver une place viable pour cette compétition dans le calendrier mondial.

Le Cameroun est directement concerné par cette bataille d’organisation. Quand les compétitions féminines se densifient, les sélections qui n’ont pas de championnat régulier ou de projet pérenne prennent du retard très vite. Ce retard touche les joueuses, mais aussi les clubs locaux, les encadrements techniques et, plus largement, la capacité du pays à nourrir sa propre sélection. À court terme, l’absence en phase finale prive le public camerounais d’exposition. À moyen terme, elle réduit la visibilité des joueuses et la pression utile pour investir.

Ce que cela annonce pour l’Afrique centrale et pour la route vers 2027

Le prochain horizon n’est pas seulement continental. Il est aussi mondial. La CAF a ouvert le chantier des qualifications africaines pour la Coupe du monde féminine 2027, avec un système où les équipes qualifiées par la WAFCON et les barrages avancent vers les places mondiales. La FIFA a confirmé que le Cameroun figurait parmi les nations engagées dans ce processus africain. L’enjeu est donc clair : il faut revenir dans le cycle fort, pas seulement exister à la marge.

Pour l’Afrique centrale, le signal est important. La région a besoin de sélections féminines visibles, constantes et capables de rivaliser sans attendre un coup de pouce du calendrier. Pour le Cameroun, la leçon est directe : le prestige historique ne remplace ni la planification ni la compétition régulière. Et dans un continent où le football féminin avance vite, rester à la bonne place exige désormais de construire sans pause.