Une reprise qui avance, mais sans accélération durable

À Tunis, les chiffres du deuxième trimestre 2026 racontent une économie qui tient, mais qui ne s’emballe pas. Le produit intérieur brut de la Tunisie a progressé de 2,3 % sur un an, selon l’Institut national de la statistique, après 2,6 % au premier trimestre et 3,2 % au deuxième trimestre 2025. La dynamique reste positive. Mais elle confirme aussi un ralentissement déjà perceptible depuis plusieurs trimestres.

Ce type de trajectoire compte bien au-delà des tableaux macroéconomiques. En Tunisie, pays où les services pèsent lourd dans l’emploi et où l’agriculture reste un stabilisateur social dans plusieurs régions, une croissance plus lente peut vite se sentir dans la consommation, l’investissement et les marges de manœuvre budgétaires. Elle dit aussi quelque chose de la capacité du pays à transformer ses points forts en reprise plus solide.

L’agriculture et les services portent l’activité, les mines freinent

Le détail sectoriel est éclairant. L’agriculture a enregistré une hausse de 5,5 %, les services ont progressé de 1,9 % et la construction de 3,6 %. À l’inverse, le bloc énergie-mines-eau-assainissement-déchets s’est contracté de 1,7 %, sous l’effet d’un recul des activités minières de 9,6 % et de l’extraction de pétrole et de gaz naturel de 1,1 %. Le trimestre a donc été sauvé par des moteurs internes, mais pénalisé par des secteurs extractifs qui continuent de peser sur l’ensemble.

Cette configuration n’a rien d’anodin pour la Tunisie. L’agriculture reste sensible à l’eau, aux aléas climatiques et à la saisonnalité. Les services, eux, absorbent une large part de l’activité urbaine, du commerce au transport, en passant par le tourisme et les communications. Quand ces deux piliers avancent, l’économie respire. Mais quand les hydrocarbures et les mines reculent, le pays perd une part de recettes, d’emplois induits et de devises. C’est l’un des ressorts du ralentissement observé au printemps 2026.

Le contraste avec les trimestres précédents confirme ce mouvement. Au premier trimestre 2026, la croissance était déjà ressortie à 2,6 %, et l’INS avait signalé une progression trimestrielle limitée à 1,4 % par rapport au trimestre précédent. La hausse du deuxième trimestre n’efface donc pas le tassement : elle l’amortit seulement.

Ce que ce rythme dit des marges de manœuvre tunisiennes

Le ralentissement intervient dans un contexte financier toujours étroit. Les discussions entre Tunis et le Fonds monétaire international sont bloquées depuis 2023, après l’échec d’un accord de financement de 1,9 milliard de dollars lié à des réformes jugées politiquement sensibles, notamment sur les subventions et certaines entreprises publiques. Depuis, la Tunisie avance sans filet externe de grande ampleur, en cherchant à préserver ses équilibres budgétaires et ses importations essentielles.

Dans ce cadre, chaque point de croissance compte. Une activité plus lente réduit les recettes fiscales potentielles, complique le financement de l’État et limite la capacité à investir dans les infrastructures, l’eau, l’énergie ou les transports. À l’inverse, une agriculture plus vigoureuse et des services plus dynamiques apportent un soutien immédiat aux ménages et aux petites entreprises. Mais cette base reste fragile tant que l’industrie extractive ne se redresse pas durablement et que les conditions de financement demeurent serrées.

Le tableau social mérite aussi d’être lu de près. Dans la capitale, les effets se lisent surtout à travers l’activité commerciale, les prix, l’emploi qualifié et la demande de services. Dans l’intérieur du pays, l’agriculture et certains sites miniers pèsent davantage sur les revenus locaux. Quand l’eau, les mines ou les hydrocarbures ralentissent, les écarts territoriaux se creusent plus vite qu’ils ne se referment. C’est une réalité économique, mais aussi une question d’équilibre territorial.

Un signal à surveiller pour l’Afrique du Nord et l’espace africain

Pour l’Afrique du Nord, la Tunisie reste un cas utile à observer. Le pays cherche à conjuguer stabilité macroéconomique, relance productive et transition vers un modèle moins dépendant des chocs climatiques et des importations énergétiques. Cette question dépasse ses frontières. Elle touche aussi les pays voisins, dans une région où les chaînes logistiques, les flux de touristes, les échanges commerciaux et les tensions sur l’énergie se répondent vite.

À l’échelle continentale, le signal est clair : la croissance tunisienne ne manque pas de ressort, mais elle reste incomplète tant que les secteurs à forte valeur ajoutée, l’investissement et le financement extérieur ne se réalignent pas. La Zone de libre-échange continentale africaine, qui vise à élargir les débouchés intra-africains, offre justement un cadre où une économie comme celle de la Tunisie peut chercher plus de profondeur régionale. Encore faut-il que la production locale, la logistique et la confiance des acteurs suivent.

Le prochain indicateur à surveiller sera donc moins la seule hausse du PIB que sa composition. Si l’agriculture reste solide, si les services confirment leur progression et si l’énergie-mines cesse de reculer, la Tunisie pourra consolider sa reprise. Sinon, le pays risque de rester dans une croissance correcte, mais trop étroite pour changer rapidement le quotidien économique des Tunisiennes et des Tunisiens.