Deux outsiders ont bousculé l’ordre établi
Dans un tournoi continental souvent dominé par les mêmes puissances, les demi-finales ont offert un rappel utile : le football féminin africain ne se limite plus aux favoris annoncés. Le Malawi a signé le type de victoire qui change une histoire sportive nationale. Le Cameroun, de son côté, a écarté le Nigeria, référence majeure du continent, dans un match fermé où la discipline collective a pesé autant que le talent individuel. La Coupe d’Afrique des nations féminine 2026 se joue au Maroc du 26 juillet au 16 août, et cette édition compte 16 équipes pour la première fois.
Au-delà du terrain, l’enjeu est plus large. Cette CAN féminine sert aussi de qualification africaine pour la Coupe du monde féminine 2027. Dans ce format, les quatre demi-finalistes décrochent directement leur billet pour le Brésil, tandis que les deux autres places africaines passeront par le tournoi de barrage intercontinental. Le dernier carré pèse donc bien plus qu’un simple accès à la finale continentale.
Le Malawi, première participation et première bascule
Le Malawi a renversé le Ghana 2-1 en quarts de finale, après avoir été mené dès la 7e minute. Les Malawites ont d’abord recollé au score sur un but contre son camp, puis Rose Kadzere a inscrit le but décisif à la 79e minute. Ce succès prend une dimension particulière, car il intervient pour la première campagne du pays à la phase finale de la compétition. La Fédération du Malawi avait déjà souligné, lors de la qualification, qu’il s’agissait d’une première historique pour les Scorchers, obtenue après un succès 2-0 face à l’Angola.
Le signal envoyé est fort pour un pays dont le football féminin s’est construit loin des projecteurs. Le Malawi ne s’est pas contenté de participer. Il a aussi confirmé qu’une sélection issue d’un vivier encore modeste peut rivaliser quand l’organisation, la rigueur et l’intensité suivent. Pour les joueuses, ce parcours ouvre une visibilité nouvelle. Pour la fédération, il donne un argument concret en faveur d’investissements durables dans les championnats locaux, la détection et la préparation internationale.
Le Cameroun a fait tomber le tenant du titre
Le Cameroun a ensuite éliminé le Nigeria 1-0 grâce à un coup franc de Myriam Nyadjou à la 20e minute. Les Super Falcons ont dominé la possession offensive et multiplié les tirs, mais elles ont buté sur une Michaely Bihina décisive dans les cages camerounaises. Le résultat est d’autant plus remarquable que le Nigeria reste la sélection la plus titrée de l’histoire de la CAN féminine, avec dix couronnes, et un habitué des grandes phases finales mondiales.
Ce revers n’efface pas le statut nigérian, mais il rappelle une évidence : en football féminin africain, le poids du palmarès ne suffit plus. Le Cameroun avait déjà montré des signes de solidité dans sa préparation, notamment avec une victoire amicale 1-0 contre le Nigeria en février, avant le tournoi. Le succès en quarts donne du crédit au travail tactique, à la gestion des temps faibles et à la capacité à exploiter les coups de pied arrêtés, souvent décisifs dans les matches serrés.
Un dernier carré qui change la carte des rapports de force
Le calendrier est clair : les demi-finales se jouent mercredi 12 août à Rabat. Le Malawi affrontera l’Algérie, tandis que le Cameroun retrouvera le Maroc. La finale est programmée le 16 août. Ce tableau raconte déjà quelque chose de la compétition : la montée en puissance d’équipes capables de faire dérailler les hiérarchies, mais aussi la vitalité de plusieurs pôles régionaux, du Maghreb à l’Afrique centrale, en passant par l’Afrique australe.
Pour les fédérations, l’enjeu dépasse la célébration d’un soir. Un demi-finaliste ne gagne pas seulement un match. Il gagne aussi du temps médiatique, des financements potentiels, une meilleure capacité à convaincre les autorités sportives nationales et les sponsors. Dans des pays où les championnats féminins restent parfois irréguliers, une telle performance peut accélérer la structuration des compétitions domestiques. À l’inverse, pour les favoris sortis trop tôt, l’exigence remonte d’un cran : mieux former, mieux préparer, mieux intégrer les joueuses évoluant au pays comme celles de la diaspora.
Le Maroc, pays hôte, donne aussi à cette compétition une portée continentale plus large. En organisant une CAN féminine élargie et utilisée comme voie d’accès à la Coupe du monde, la CAF et ses partenaires ont placé le tournoi au cœur du calendrier mondial. La compétition devient un test sportif, mais aussi un indicateur de la place du football féminin africain dans l’économie du sport, dans les infrastructures et dans la visibilité internationale.
La suite dira si l’exploit du Malawi et la solidité camerounaise resteront des parenthèses ou le début d’un rééquilibrage plus durable. Mais une chose est déjà acquise : à Rabat, le dernier carré ne s’est pas construit sur la seule logique des réputations. Il s’est construit sur des équipes capables de tenir sous pression, de punir les erreurs et de transformer une compétition continentale en rampe vers la scène mondiale.