À Abidjan, les jeunes filles jouent bien plus qu’un tournoi

Dans un Palais des Sports de Treichville bien rempli, l’AfroBasket U18 féminin a déjà livré un premier enseignement. Les écarts sont parfois lourds, mais ils racontent surtout une chose : l’écart de maturité entre les meilleures écoles du continent et des sélections encore en apprentissage. Pour la Côte d’Ivoire, pays hôte, l’enjeu dépasse le simple tableau d’affichage.

Recevoir une compétition continentale de jeunes, c’est montrer une capacité d’organisation, mais aussi un pari sur la relève. Après la Coupe d’Afrique des nations féminine organisée à Abidjan en 2025, la capitale économique ivoirienne confirme son statut de place forte du basket africain. La FIBA a d’ailleurs attribué à la Côte d’Ivoire l’organisation des AfroBaskets U18 filles et garçons 2026, avec une phase finale féminine programmée du 5 au 16 août à Abidjan. L’épreuve sert aussi de rampe vers la Coupe du monde U19 2027, dont les deux premiers seront qualifiés. La FIBA présente ici le format et l’enjeu mondial du tournoi.

Le Mali et l’Égypte au-dessus du lot, la Côte d’Ivoire solide chez elle

Samedi 8 août, les résultats ont confirmé la hiérarchie des groupes A et B. Le Mali a surclassé le Maroc 103-30. L’Égypte a dominé le Bénin 95-48. La Côte d’Ivoire a pris le dessus sur l’Ouganda 80-44. Et le Kenya s’est relancé face à la Centrafrique, battue 74-36.

Dans le groupe B, Mali et Égypte ont validé leur billet pour les quarts de finale avec deux victoires en deux matches. Le Maroc et le Bénin, eux, sont déjà hors course pour les deux premières places. Le choc Mali-Égypte, prévu lundi, servira surtout à déterminer l’ordre d’arrivée dans le groupe, donc l’adversaire du tour à élimination directe.

Le Mali reste la référence du tournoi. Champion en titre, le pays affiche un palmarès qui pèse lourd dans le basket féminin de jeunes : neuf titres continentaux à ce niveau. Les Maliennes avaient déjà frappé fort d’entrée avec un 124-20 contre le Bénin. Face au Maroc, elles ont encore accéléré. Après un premier quart-temps plus accroché, la rencontre a vite basculé. L’écart a dépassé les 70 points. Suzane Fatoumata Dembélé s’est encore imposée comme un point d’appui majeur du collectif.

L’Égypte a, elle aussi, confirmé sa montée en puissance. Après un premier succès contre le Maroc, les Égyptiennes ont contenu le Bénin sur le même rythme, avec une défense agressive et une domination nette dans la raquette. Le Bénin a tout de même trouvé des ressources dans le dernier quart-temps, porté par Stivine Erine Fifamin Tchiakpé, mais l’écart était déjà trop important.

Du côté ivoirien, le début de tournoi reste propre. Après un succès très large sur la Centrafrique, les Ivoiriennes ont battu l’Ouganda avec sérieux. Le match a été plus disputé au départ, avant que la sélection locale ne prenne l’ascendant dès le premier quart-temps. Marlyne Esther Adahe s’est distinguée dans une équipe qui a su conserver le contrôle du rythme. Dans une compétition de ce niveau, la maîtrise émotionnelle compte autant que la qualité technique.

Ce que ces scores disent du basket féminin africain

Ces premiers écarts disent beaucoup du basket féminin africain chez les U18. D’un côté, des nations structurées comme le Mali et l’Égypte arrivent avec des repères collectifs, de l’expérience internationale et une culture de la gagne déjà installée. De l’autre, des pays comme le Maroc, le Bénin, l’Ouganda, le Kenya ou la Centrafrique viennent aussi pour apprendre, progresser et mesurer le chemin à parcourir.

Le format de la compétition accentue cet effet de contraste. Les groupes sont courts. Chaque match compte. Une mauvaise entame pèse vite sur la suite. Mais cette brutalité apparente a aussi une vertu : elle oblige les fédérations à renforcer la détection, la préparation et l’accompagnement des filles dès les catégories de base. Sans cela, l’écart se creuse tôt et se referme mal.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est double. Sportivement, il s’agit de faire bonne figure à domicile et de se hisser parmi les huit meilleures équipes pour rester dans la course aux places mondiales. Institutionnellement, Abidjan profite de cette séquence pour consolider sa place de hub du basket africain. Le siège de FIBA Afrique est installé dans la ville. La fédération internationale y multiplie aussi les signaux de confiance, après plusieurs rendez-vous organisés en Côte d’Ivoire ces derniers mois. La FIBA a confirmé la Côte d’Ivoire comme hôte des deux tournois U18 de 2026.

Cette dynamique s’inscrit dans une trajectoire plus large. En Afrique de l’Ouest, les compétitions de jeunes servent souvent de laboratoire. Elles révèlent la qualité des centres de formation, la densité du championnat local et la capacité des fédérations à faire émerger des joueuses prêtes pour le haut niveau. Le Mali, déjà installé parmi les puissances du continent, en profite pour maintenir son avance. La Côte d’Ivoire cherche à transformer l’avantage du terrain en progrès durable. Le reste du peloton, lui, tente de combler l’écart sans se contenter du seul apprentissage.

Un tournoi à suivre au-delà du parquet

La suite du championnat dira si la hiérarchie actuelle tient jusqu’au bout ou si un outsider parvient à bousculer l’ordre établi. En attendant, les quarts de finale se dessinent déjà avec une lecture claire : le Mali et l’Égypte avancent avec assurance, tandis que la Côte d’Ivoire doit confirmer à domicile pour transformer un bon départ en vraie campagne continentale.

Au-delà du résultat immédiat, la portée est panafricaine. Les U18 dessinent la prochaine génération des sélections seniors. Les joueuses vues à Abidjan aujourd’hui peuvent nourrir, demain, les équipes qui défendront les couleurs du continent dans les compétitions FIBA. C’est là que se joue une partie importante de l’avenir du basket africain : dans les salles de jeunes, dans les fédérations qui structurent, et dans les pays capables d’accueillir ces rendez-vous sans se limiter à l’événementiel.